GAZETTE DE L’AUTOFORMATION 

 

 

 

 

A-GRAF -  N°0 – 30-05-2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


SOMMAIRE

 

1.    Editorial   par Mohammed Melyani.

2.    Le point avec ….. Pierre Landry : « Autoformation, cultures et sociétés ».

3.    Thématha : « Les ruses ou l’autre face cachée de l’autoformation » par B. Courtois et M. Melyani.

4.    L’entretien : « L’autoformation vue par René Barbier » Entretien mené par C. Verrier.

5.    Portrait de Groupe : « le Groupe expérience et autoformation » par H. Bezille.

6.    L’actualité : Colloques, symposiums, publications et autres activités.

7.    Note de lecture par C. Clenet et C. Verrier

8.    GRAF en association : les statuts.

 

 

 


 

 

GAZETTE DE L’AUTOFORMATION 

 

N°0 – 30-05-2003

 

Editorial

 

 

Bonjours à tous. Ce nouveau bulletin voit le jour aujourd’hui. L’événement mérite d’être souligné car le nombre des publications dans le domaine de l’autoformation reste limité. Tous les numéros demeureront disponibles in extenso sur le site autograf et une version papier peut être envoyée à tous les abonnées et membres du GRAF en France et à l’étranger.

 

Ce bulletin donne un aperçu semestriel des activités des acteurs de l’autoformation. Il est édité par le GRAF et paraît 2 fois par an. Le bulletin de l’autoformation publie des travaux scientifiques, des informations universitaires, professionnelles et culturelles dans le domaine de l’autoformation. Les thèses originales, revues de question, élaborations théoriques, analyses historiques, comptes rendus d’ouvrages, d’articles et de colloques, publiés dans ses colonnes composent un outil d’échange et de progrès pour toutes les spécialités de l’autoformation intéressant les chercheurs et les acteurs de la vie sociale et économique.

 

Cette publication se veut également un espace de dialogue afin que les différents aspects de l’autoformation puissent être débattus. Chaque numéro comportera un point de vue (la réalité de l’autoformation et son devenir), un entretien (le rapport à l’autoformation) et le portrait d’un groupe d’acteurs de l’autoformation.

 

C’est à l’initiative de quelques membres du GRAF que cette publication doit le jour. Cependant, cette publication n’est pas l’organe « officiel » d’expression du GRAF mais se veut ouverte à tous les courants de l’autoformation dans et hors GRAF. Comme pour les autres initiatives de membres du GRAF, les choix éditoriaux de cette publication seront présentés lors du symposium annuel du GRAF.

Mohammed Melyani

   Courriel : Mohammed.Melyani@u-picardie.fr -                    

 

 

 

 

Zone de Texte: Le point avec

 

 

 

 

 

Autoformation, Cultures et Sociétés
 

 

 

Pierre LANDRY 

 

 


L’autoformation est devenue un fait social, suivant le constat de Joffre Dumazedier, et concerne toutes les sphères de la société : publique, privée, culturelle, professionnelle, politique.

 

Avec la mondialisation, toutes les cultures et toutes les sociétés sont concernées par une demande éducative en forte croissance et doivent inventer des réponses propres à leur histoire. Au delà d’un marché mondial éducatif hypothétique, la comparaison des solutions mises en place par différents pays peut conduire à des coopérations reposant sur le respect de l’autre et la réciprocité, la diversité des cultures étant la vraie richesse de l’humanité.

 

En rapport avec la problématique de la formation tout au long de la vie, il devient nécessaire de favoriser le développement des capacités d’autonomie, de réflexivité, d’auto-documentation, d’auto-direction dès l’école pour que les étudiants puis les adultes, confrontés à un monde en évolution permanente remettant en cause les savoirs acquis, puissent poursuivre leurs formations formelles et informelles et valider les acquis de leurs expériences : apprendre à se connaître pour mieux connaître les autres ; apprendre par soi-même et des autres ; apprendre pour comprendre le monde.

 

L’autoformation fait partie de ces « connaissances ordinaires », savoirs et savoir-faire résultant d’un long apprentissage des codes sociaux et culturels relatifs à une société donnée. Chacun d’entre nous, quelque soit sa culture, sa couleur, sa race ou son niveau, emploie et manipule tout au long de la journée de telles connaissances pour faire ses courses, son travail, ses devoirs, circuler (ou conduire) en ville, cuisiner, communiquer ou négocier un contrat,…L’in-dividu possède donc plusieurs compétences relatives aux savoirs de l’autoformation (réflexibilité, coopération, adaptabilité, expérience du quotidien, accountability (racontabilité), flair, capacité d’apprendre, heuristique, recherche,…). Il se prend en charge, contrôle et ajuste ses conduites. Il n’est plus rivé à un modèle de conduite uniforme, et n’endosse plus le costume social tout établit. Bref, on est devant un in-dividu qui « se cherche », « s’autoforme » et utilise son expérience mobilisée de la vie quotidienne. Aujourd’hui donc, grâçe à des courants de l’autoformation, la pensée ordinaire est en voie de réhabilitation. Et cela revient à rompre avec une conception, profondément ancrée dans la culture occidentale, qui oppose le « savant » au « populaire ». Ce découpage entre savant et populaire renvoie d’ailleurs à bien d’autres clivages : entre l’abstrait et le concret, le théorique et le pratique, le rationnel et le pythique, le savoir et les croyances, la raison et la tradition. Pour tout dire, entre le vrai et le faux.

 

 

 


Zone de Texte: THEMATA

 

 

 

 

 

Les ruses ou l’autre face caché de l’autoformation.
B. COURTOIS; M. MELYANI
 

 

 

 

 

 


La notion ruse chez les Arabes : En arabe, hila veut dire ruse, artifice, expédient, stratagème, moyen d'échapper à quelque chose ou de réaliser un dessein. Dans un sens plus technique hiyal (au pluriel) désigne l'ensemble des stratagèmes employés dans la guerre, dans le sens, maka'id. Il apparaît ainsi dans les textes d'ouvrages sur l'art militaire, dont le plus ancien est Kitab-al-hiyal, d'un certain al-Hartami al-Shacrani, qui le dédia au calife al-Ma'mun (m.833).

Dans cette perspective, se développa tout un genre de littérature dans différents domaines de la pensée islamique, décrivant les ruses et les moyens pour détourner les interdits, qu'il s'agisse des moyens de résoudre certains problèmes arithmétiques (hiyal al-jabriyya : ruses ou artifices algébriques), des voies légales pour solutionner des cas difficiles dans le domaine juridique (hiyal al-shar'iyya : ruses ou artifices juridiques, légaux), les ruses des femmes (voir Al Hawrani, A. ed. Littérature classique, 1994) et même les hiyal et trucs des mendiants et des faussaires décrits et dénoncés par al-Jahuz au Xe siècle et par al-Jawhri au XIIIe (traduction française R. Khawam. Le voile arraché. Paris, 1980).

 

A la lumière de cette analyse lexicographique, il s'avère que la tendance lourde dans la signification originelle de hala d'où provient hila (ruse) est constituée par les notions de changement, mouvement, déplacement, de vaincre un obstacle, d'artifice, de truc et intervalle de temps auxquelles peuvent être associées les idées de "machine", ou d’outils qui exécutent un travail donné en mettant en œuvre un principe d’économie qui semble aller à l'encontre des lois de la nature. Il semble donc que le mot hila (ruse) désigne "entre autre", une machine (un procédé ingénieux, une technique), en arabe classique. Cela est attesté par les écrits mêmes des mécaniciens arabes. Ainsi, les Banu Musa ont-ils intitulé leur livre de mécanique : Kitab al-hiyal (livre de machines) et le présentent comme un catalogue des machines ingénieuses.

 

Ruse au centre des conduites humaines : L’auteur du Livre des Ruses[1] précise que la ruse est le fruit de l’intelligence, elle est le propre de l’homme, en dehors des autres êtres parmi les animaux. Elle est licite car Allah qui a créé l’homme “ en lui donnant la meilleure des constitutions ”[2], lui a appris la ruse. Elle inspire la conduite des hommes qui font preuve de liberté, de maîtrise, d’imagination, d’efficacité et d’astuces, et qui font triompher la vérité ou le bon sens.

La ruse demande de l’intelligence, du discernement, du jugement, de la générosité, de la clémence, de la  décence et de l’initiative la plus forte pour atteindre les buts lointains :

 

Une initiative si développée (dit l’auteur)

Qu’on ne pouvait la prendre

Pour le terme d’une comparaison, comme si sa portée était si lointaine

Que les autres la perdaient aisément de vue.[3]

 

C’est l’art de voir clair dans les situations difficiles, l’homme de la ruse comme pourrait le dire l’auteur  :

 

On dirait que, dans une affaire difficile,

Il avait le privilège d’une façon claire

Ce qui était caché, ce qui était inaccessible

aux regards.

 

Ainsi l’homme de la ruse fait preuve d’insinuation, de persuasion et de détour pour démêler les intrigues les plus complexes et inaccessibles aux regards. Il a une force de persuasion, une bonté profonde, une élocution savoureuse, une résolution et une habilité propre dans les artifices de la pensée pour juger des événements qui frappent à sa porte.

 

Qu’il soit prophète, ange ou djinn, khalife, roi ou sultan, vizir, gouverneur ou gens de l’administration, juge, témoin ou procureur, ascèse, vagabond, mendiant, femme,… l’homme (ou la femme) de la ruse est un homme intelligent,  d’exception et de la “ situation ” : il a reçu dans sa main le sceau du pouvoir. Dire de lui qu’il met en œuvre des stratégies politiques indique la maîtrise de l’ensemble des relations humaines. L’homme intelligent (et de la ruse) dit l’auteur, s’établit solidement sur ses actions et le sot sur ses espérances ; son regard passe par son cœur et sa volonté, le regard du sot passe par son œil et l’instrument de sa vision ; l’intelligence (et la ruse) est un vêtement neuf qui ne se détériore jamais ; l’homme de l’intelligence (et de la ruse) est celui qui fait bien ce qu’il fait et applique son effort sur le point convenable ; le proverbe arabe nous enseigne que l’hostilité d’un homme intelligent est meilleure que l’amitié d’un sot,[4] car on révèle toujours le meilleur de nous dans l’adversité (surtout si on a un adversaire intelligent).

 

         Les récits du livre des ruses montrent – à mon sens – que la ruse est une voie ou un moyen employé par l’intelligence, qui tire profit de l’expérience. Elle peut aussi être caractérisée comme le moyen le plus subtil pour arriver à ses fins. La ruse des Arabes contrairement à celle des Chinois, s’appuie sur le potentiel de l’homme d’exception et pas seulement sur le potentiel de la situation. Le changement, le mouvement, le déplacement, la capacité de vaincre un obstacle, l’invention d'artifices et de trucs et la maîtrise de l’intervalle de temps où les choses basculent,…viennent de l’homme “ d’exception ” ou d’un outil inventé par lui, outil capable – par un principe d’économie – de réaliser les objectifs, ou de détourner de son but une volonté fourvoyée.

 

D’un côté la configuration de la ruse correspondrait à une démarche prospective et scientifique (collecte des données, vérification, test, invention d’outils...) :

 

1.  La ruse est créatrice, car elle possède la capacité de construire avec les données de la situation et les données de l’imagination des nouvelles représentations-solutions qui démêlent les intrigues les plus complexes et les plus inaccessibles aux regards.

2.  La ruse est le fruit d’une intelligence qui tire profit de l’expérience et d’une forte initiative.

3.  La ruse comporte une progression dans les actes minimes pour arriver au but ultime  ou le choix et l’utilisation d’un moment favorable.

4.  La ruse est technique : c’est moyen subtil ou outil capable d’exécuter un travail donné en mettant en œuvre un principe d’économie qui semble aller à l'encontre des lois de la nature.

 

De l’autre, on peut considérer les trois composantes de la ruse suivantes :

 

La situation : C’est l’homme qui va utiliser, infléchir ou changer une situation toujours en mouvement et largement imprévisible. La situation n’est pas créée par l’homme, mais la ruse permet de la maîtriser au moins pour un temps, en la connaissant dans ses “ ressorts secrets ”, non forcément apparents à tout le monde ( Alexandre se déguise pour mieux connaître la situation d’une ville, le vizir choisit un “ homme d’expérience ” pour avoir une vraie connaissance de tel personnage ou tel lieu..).

La ruse peut s’exercer aussi dans une situation perçue comme peu favorable, voire perdue : la ruse permet alors de renverser la situation : le mensonge est souvent utilisé (discours ou mise en valeur d’indices trompeurs).

L’efficacité vient donc de la connaissance approfondie de la situation; de sa transformation pour servir le but ultime, en choisissant le moment opportun (kairos), les moyens adéquats .

 

Le temps : Le temps de la ruse s’inscrit dans le rapport au temps de la culture arabe où cohabitent dans chaque homme le temps éternel (le temps de Dieu) et l’éphémère (le temps de l’homme). Les différents temps s’entrecroisent, seul le temps chronologique (le temps de l’horloge) ne semble pas jouer un rôle important.

Ainsi la ruse s’inscrit dans un temps qui peut être long ou court  : l’important est de progresser dans le changement de situation : il faut savoir attendre et progresser lentement et profiter du “ kairos ” : les ruses évoquent souvent ces moments où tout peut basculer.

 

La parole : La ruse s’inscrit là aussi dans la tradition culturelle arabe qui privilégie l’art de bien parler (choix du mot, de la formule, du niveau de langue..) cultivé à travers notamment l’art majeur de la poésie

 

 


 

Zone de Texte: L’ENTRETIEN

 

 

 

Entretien de C. Verrier

Le point de vue de René Barbier sur le thème 
de l'autoformation
 

 


[5]

 

Q : Selon toi, qu’est-ce que l’autoformation ?

 

R. Barbier : J’aimerais dire d’abord qu’il me semble s’agir de quelque chose d’essentiel, à condition de resituer l’autoformation dans l’autoéducation. Je replacerais toute de suite le mot autoformation dans l’univers plus vaste et englobant qu’est l’éducation, l’autoformation étant la voie - la voie très concrète -  par laquelle l’être humain va réaliser cette éducation « par lui-même ». Par lui-même ne veut évidemment pas dire qu’il reste centré sur lui, il a besoin des autres, du monde, il a besoin de l’épreuve de réalité, mais l’autoformation est liée pour moi au développement du sujet par rapport à l’éducation du sujet. Pour ce qui est de l’éducation du sujet, j’ai quant à moi une vue d’ensemble qui est que l’éducation est le travail intérieur d’une personne qui articule sans cesse, à travers des épreuves de réalité, une dimension de connaissance de soi qui est en dernière instance à dominante spirituelle, même si cette dominante spirituelle ne s’inscrit pas dans des dogmes religieux. Donc, une instance de connaissance de soi, une instance de savoirs pluriels permettant au sujet d’avoir des interprétations possibles, des points de vue différents, d’opérer des remises en question sur des savoirs qu’on pourrait dire « déjà là » dans le monde de l’intelligibilité. L’autoformation, c’est ce processus éducatif qu’un sujet engage pour lui-même afin d’aller  vers une éducation supérieure à lui-même, quelque chose qui est lié à lui-même, mais qui vise à faire de lui un homme de bien au sens chinois du terme. J’ai une conception complètement éthique de l’éducation, et l’autoformation est forcément une autoformation existentielle. Autoformation existentielle, ça veut dire que quelqu’un engage sa liberté ; il n’est pas déterminé, il a son libre arbitre de faire ou de ne pas faire et d’engager sa liberté. Naturellement il a d’autant plus de liberté qu’il a une sécurité matérielle, symbolique, un capital intellectuel, social, etc… mais c’est quand même lui qui décide d’engager son existence dans une certaine voie pour aller vers son autoéducation. Et cette autoformation passe au moins, naturellement, par le rapport à lui-même, mais aussi par le rapport aux autres et le rapport au monde.

 

Q : Les recherches sur l’autoformation ont plutôt tendance à accepter l’idée que la formation - le mot formation - est ce qui rend le mieux compte du développement du sujet, alors que toi tu sembles préférer le terme éducation. Autrement dit, pour toi, ce qu’on appelle éducation serait plus englobant  que ce qu’on appelle formation.

 

R. Barbier : Je travaille souvent avec Gaston Pineau, mais sur ce point nous n’avons pas la même conception. Pour moi c’est l’éducation qui est englobante, la formation étant davantage de l’ordre de la procédure, au moins du côté d’une direction processuelle, avec des enjeux très personnels et fonctionnels.

 

Q : Si cette autoéducation est ce qui permet potentiellement à l’homme de bien au sens chinois d’advenir, cela peut signifier qu’elle a une portée sociale, ne serait-ce que parce que cet homme de bien, justement parce qu’il est « de bien », offre un exemple…

 

R. Barbier : Oui, tout à fait. Si l’autoéducation est possible - mais elle est toujours en état d’inachèvement –, elle est une mise en perspective de valeurs fondamentales, de valeurs qui sont porteuses de vie et qui font que si on a cette attitude on aura en fin de compte un certain type de comportement lié à cette attitude, et on s’interrogera sans cesse d’ailleurs sur l’écart entre cette dimension qu’on dira éthique de l’éducation, et la réalisation concrète à travers des comportements qu’on peut avoir, et que peuvent avoir aussi les autres, mais d’abord soi-même. Il y a en quelque sorte une existentialité nécessaire de l’éducation, qui passe par l’autoformation, pour reconnaître le bien-fondé de l’éducation.

 

Q : Tu as tenté de rapprocher les univers théoriques de  Krishnamurti – si on peut parler de théorie pour lui – et de Castoriadis. Ces deux auteurs me semblent intéressants à prendre en considération quand on évoque l’autoformation, parce qu’ils pensent chacun l’autonomie. Quel rapport établis-tu entre l’autoéducation selon Krishnamurti - puisque c’est un terme qu’il utilise - et ce que nous dit Castoriadis de l’autonomie ? Veulent-ils dire au fond l’un et l’autre la même chose ?

 

R. Barbier : C’est une grande question. Ca ne peut pas vouloir dire la même chose parce que les deux ne partent pas du même socle, de la même base. Castoriadis est un politologue, un psychanalyste freudien, il prend en compte certains points de vue différents, alors que Krishnamurti est un homme de la non dualité, dans la tradition de la philosophie non duelle de l’Orient. Alors, naturellement, c’est très différent. Jamais Castoriadis ne pourra parler de non dualité, et on l’a bien vu dans l’interview que nous avons faite avec lui sur la méditation, parue dans le sixième volume des Carrefours du Labyrinthe. Il est évident  que ce n’est pas cela chez lui, et même, à la limite, il ne comprend pas ce que cela veut dire. Pour moi c’est très différent : dans un chapitre de mon livre L’ Approche Transversale je traite de cette question, de Krishnamurti et de Castoriadis, et il me semble qu’on ne peut pas du tout les assimiler, on peut tout juste les mettre en perspective et les faire s’interpeller l’un l’autre. C’est comme cela que je les prends, parce qu’il me semble que Castoriadis est nécessaire aussi pour peut-être déjouer des dérives possibles chez les fanatiques de Krishnamurti, et inversement. Je crois que Krishnamurti pose des questions qui sont sans fond à une orientation qui serait un peu trop rigide chez Castoriadis, notamment une orientation politique.

 


 

 

Zone de Texte: PORTRAIT DE GROUPE

 

 

 

 

 

 

 

 

Le groupe Expérience et autoformation
Par H. Bezille et B. Courtois
 

 

 


Les vertus de l’imprudence,

Le droit à la maladresse Et

Aux transgressions épistémologiques

 

Nous nous réunissons depuis janvier 2001 toutes les six semaines environ le lundi pour une demie-journée ou une journée entière. Ces séances se tiennent au CNAM où nous accueille Claude Debon.

 

Le groupe s’est constitué autour d’un petit noyau de membres du GRAF qui souhaitaient prendre le temps de réfléchir et débattre de façon suivie, dans une temporalité autre que celle des colloques à laquelle nous sommes habitués. Le groupe s’est étoffé et comporte aujourd’hui 12 personnes : Hélène Bezille, Catherine Clenet, Bernadette Courtois, Claude Debon, Noël Denoyel, Pascal Galvani[6], Pierre Landry, Patrice Leguy, Francis Lesourd, Mohammed Melyani, Hervé Prévost, Christian Verrier.

 

Nous avons déjà présenté le groupe à l’occasion du symposium de Bordeaux en mai 2002. Il avait alors quelques mois d’existence. Nous avions évoqué comment nous construisions notre cadre de réflexion sur l’Expérience et l’Autoformation en cheminant, et les questions qui étaient alors les nôtres : nous situer d’emblée sur “ Expérience et autoformation ” ou choisir une approche élargie de l’expérience? Constituer progressivement  un lexique de référence ? Nous donner d’emblée un cadre conceptuel balisé ou non ?

Nous avions évoqué la stratégie retenue, en trois temps :

1.        explorer le point de vue de chacun de façon approfondie ; “ pourquoi avons-nous envie chacun de réfléchir sur cette question ? Comment avons-nous envie d’y réfléchir ? ” Comment cette question s’inscrit-elle dans notre cheminement   personnel de recherche ?

2.       identifier progressivement les “ transversalités ”

3.       élaborer en commun une problématique de l’expérience autoformatrice, en se centrant sur l’une des thématiques transversales,  explorée de façon approfondie par chacun ;

 

Nous avions évoqué le“ dispositif ” tel qu’il prenait forme alors :

·         chacun explicite son “ entrée ” dans la question (expérience et autoformation), par un exposé, par exemple en référence à des travaux antérieurs mais pas nécessairement ;

·         ces exposés sont suivis ou accompagnés ou précédés d’un texte écrit, d’une trace. Ils sont débattus, et donnent parfois lieu à des digressions étonnantes, qui inquiètent les uns et interrogent les autres (sur le “ sens ” bien sûr de ces digressions).

Nous remarquions alors la difficulté qui était la nôtre de démêler nos implications épistémologiques, éthiques, politiques, tant elles sont investis, en certains moments, de beaucoup de passions.

Nous faisions part d’une spécificité qui pourrait être celle du groupe, son « fil rouge » : développer une approche anthropologique de l’expérience dans ses rapport avec la formation.

Nous annoncions alors que nous faisions « au moins » deux compte-rendus, traces utiles aux absents et aux présents.

Et nous faisions part de nos projets, encore vagues, d’invitation et de publication.

Nous évoquions pour conclure notre satisfaction de pouvoir concilier une certaine rigueur dans notre organisation (programmation du contenu des séances, compte-rendus, textes en circulation), avec un certain désordre que nous jugions déjà, dans notre tranquille assurance, « assez productif ».

 

Où en sommes nous aujourd’hui ?

L’approche esquissée alors, autour d’un point de vue anthropologique sur l’expérience, s’affirme et se structure. Nous avançons simultanément dans notre réflexion et dans la mise en forme de notre ouvrage collectif. Il y a en quelque sorte « inter-structuration » de ces deux niveaux et dans le même temps clarification et stabilisation de notre champ. Depuis janvier nous organisons des « séances ouvertes » autour d’une thématique en relation avec nos axes de réflexion et de publication et d’un ou deux intervenants.

Notre projet de publication est presque stabilisé. Le « fil rouge » :  une approche anthropologique de l’expérience autoformatrice. Il comprend trois grandes parties :

1/ une première partie, épistémologique, est consacrée à la notion dans une perspective historique. Parmi les thèmes abordés : la construction du concept d’expérience scientifique d’un point de vue historique ; l’expérience subjective de la pratique des « sciences dures » ; le statut de l’intuition dans la production des savoirs scientifiques ; les apports de la phénoménologie et de la psychanalyse (Biswanger/Freud) à propos de l’expérience autoformatrice ;

2/Les cadres anthropologiques de l’expérience : mise en récit de l’expérience individuelle et collective et transmission dans le témoignage ; statut du dialogue ; l’inscription de l’expérience dans le corps ; l’expérience spirituelle ; les formes temporelles de l’expérience transformatrice (épiphanies, moments..) ;

3/Les figures de l’expérience en formation : transformation de l’expérience, accompagnement, exploitation, validation;

4/Approches interculturelles de l’expérience autoformatrice.

 

Nous organisons depuis janvier des séances « ouvertes » à l’ensemble des membres du GRAF et à des personnes de nos réseaux susceptibles d’être intéressées par le thème. Ces séances sont en relation avec les thèmes couverts par l’ouvrage en chantier. Nous avons reçu :

-  Jacqueline FELDMAN sur le thème : « Expérience personnelle, expérience scientifique » ;

-  René BARBIER et Marie-José BARBOT sur le thème : « Expérience interculturelle et autoformation » ;

-  Gaston PINEAU sur le thème : « Expérience spirituelle et autoformation.

Les séances à venir :

-  Jean-Pierre CHRÉTIEN sur le thème :  « Expérience du corps, théâtre et autoformation » ;

-   Guy DE VILLERS : « L’expérience autoformatrice à la lumière de la psychanalyse et de la phénoménologie »

 

Débats transversaux

Nos rencontres régulières nous ont permis d’identifier des thèmes qui méritent à selon nous de donner lieu à débats au sein du GRAF :

- débats sur les approches de l’autodidaxie :  Hélène Bezille, Georges Le Meur, Christian Verrier ;

-  après une période de « balkanisation » de la réflexion sur l’autoformation autour des planètes (période sans doute nécessaire), il nous semble utile de revenir à des cadres de référence plus généraux en nous appuyant notamment sur les apports d’Illich, Dumazedier et Mezirow ;

-  la notion « d’efficacité » dans le champ de l’autoformation : portée épistémologique, portée imaginaire, portée idéologique ;

-  savoirs « savants » et « ordinaires » dans l’autoformation : quelles articulations ?

-  les approches de l’expérience autoformatrice : au-delà de l’accord sur la définition « un contact direct mais réfléchi », peut-on concevoir des expériences « non réfléchies » et néanmoins autonomisantes ? Il convient sans doute de s’attarder sur les notions d’inconscient de « préréfléchi », et de quelques autres ;

-  les différentes formes d’accompagnement et leur rapport à l’autoformation ;

-  l’autoformation en situation de travail : qu’en est-il des organisations apprenantes ?

 

 


 

Zone de Texte: L’ACTUALITE :
COLLOQUES, SYMPOSIUMS, PUBLICATIONS ET AUTRES ACTIVITEES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Thèses : 

 

 


1- Le chef-d’oeuvre : une expérience existentielle initiatique entre travail et formation : Contribution à l'approche anthropo-formative des transitions professionnelles à l'aide de récits de trois meilleurs Ouvriers de France / Patrice Leguy ; sous la dir. de Gaston Pineau. 2002

 

(Comprend 3 volumes (Tome 1 : Première partie : un sujet à pied d'oeuvre entre travail et formation ; Deuxième partie : une expérience initiatique d'autoformation existentielle ; Tome 2: Troisième partie : l'épreuve de la mise à l'oeuvre ; Tome 3 : annexes. - Bibliogr. 417-430f.)

 

Résumé : L'existence de discontinuités dans les parcours de vie et les transitions professionnelles auxquelles est soumise une partie importante des travailleurs notamment les moins qualifiés s'avère autant de réalités quotidiennes à négocier. […]. Le chef-d'œuvre peut s'envisager comme un moyen majeur d'autoformation et contribue au développement d'une compétence à vivre. (résumé Sudoc)

 

2- Rapport au savoir et changements paradigmatiques en andragogie./ Frédéric Haeuw ; sous la dir. de Daniel Poisson (2002)

 

Résumé : La thèse se situe dans le champ de l'andragogie, et focalise son regard sur les formateurs et leurs nouveaux rôles, dans le contexte de l'autoformation éducative, dont la particularité est de favoriser les apprentissages autonomes en contexte institutionnel. L'observation et l'analyse des pratiques pédagogiques des formateurs des ateliers de pédagogie personnalisée, dispositif innovant à la croisée des chemins entre autoformation éducative et formation ouverte, laissent entrevoir de fortes différences, dans sa mise en œuvre. Ces différences reflètent la prégnance du paradigme pédagogique traditionnel, celui de la transmission du savoir. L'innovation n'est pas toujours synonyme de changement, du point de vue de l'autodirection des apprentissages. Dans cette thèse, l’auteur s’interroge sur les éléments qui favorisent ou qui freinent le passage d'un modèle pédagogique à un autre, et notamment l'impact des organisations et des conditions sociales d'exercice de la profession. Mais l'apport essentiel de ce travail est de modéliser les liens qui existent entre les pratiques pédagogiques et les rapports au savoir du formateur, qu'il construit tout au long de sa propre histoire d'apprenant et de praticien. L’auteur montre ainsi l'importance de la rupture épistémologique, dans la construction de modes de formation réellement émancipateurs. Enfin, elle atteste de la pertinence d'une approche de type constructiviste, dans la compréhension des modèles complexes de formation, faisant ainsi le rapprochement entre changement de paradigme pédagogique et changement de paradigme de recherche. (résumé Sudoc)

 

3- Autoformation et pratique réflexive, le cas des adultes à l’Ecole Nationale de la Santé Publique. Heyraud-Lemaître, Chantal ; sous la dir. de Gaston Pineau. Tours 2002

 

Résumé : L'école Nationale de la Santé publique a pour mission la professionnalisation des cadres de l'action sociale et de la santé publique. les évolutions pédagogiques projetées, contractualisées avec l'état français, visent à construire des environnements d'apprentissage plus ouverts, affichant un objectif général de développement de l'autoformation. La mise en oeuvre de tels dispositifs est supposée corrélée non seulement à la capacité d'autonomisation des apprenants, aux plans cognitif et méthodologique, mais aussi à leur adhésion au plan conactif à ce passage majeur du paradigme de l'hétéroformation dominant à celui de l'autoformation. L'analyse des résultats statistiques révèle deux conditions minimales de l'autodirection dans les apprentissages et deux conditions suffisantes à en attester. sur la base de la typologie établie sont rencontrées cinq personnes ne satisfaisant pas aux premières et cinq personnes remplissant les secondes. Centrés par l'hypothèse de la corrélation autoformation - pratique réflexive, les entretiens confirment les données quantitatives et indiquent en quoi une pratique de type réflexif produit des conceptions-outils de l'activité dans une problématique d'autoformation. (résumé Sudoc)

 

 

Ouvrages et articles :           

 

Ouvrages en France et à l’étranger : 

 

 

 

 

 

 


Carré, Philippe, Moisan, André (et al.). La formation autodirigée : aspects psychologiques et pédagogiques. Paris, L’Harmattan, 2002

 

Dumazedier, Joffre. Penser l’autoformation : société d’aujourd’hui et pratiques d’autoformation. Lyon, Chronique sociale, 2002.

 

Gibbons, Maurice. The self-directed learning handbook. Challenging adolescent students to excel. Londres, John Bass Wiley, 2002

 

Le Meur (et al.). Université ouverte, formation virtuelle et apprentissage. Paris, L’Harmattan, 2002.

       

Moisan, André, Carré, Philippe (et al.). L’autoformation : Un fait social. Paris, L’Harmattan, 2002.

       

Tétart, Michel (et al.). Les ateliers de pédagogie personnalisée ou l’autoformation accompagnée en actes. Paris, L’Harmattan, 2003.

 

Vincent-Durroux, Laurence et Panckhurst, Rachel. Autoformation et

autoévaluation. Montpellier, Publications universitaires de Montpellier, 2002.

 

Using qualitative methods to enrich understandings of self-regulated learning. LEA, 2002, (American Educational Research Association – Annual conference).

Articles :
 

 


                                    

 

 

 

 

Bezille, Hélène. La figure de l’autodidacte. Sciences humaines, mars-avril 2003, h.s. n° 40, p. 74-76.

 

Daval, Régine, Jay, Anne et Volkoff, Anne. L’autoformation à la Bibliothèque publique d’information. Bulletin des bibliothèques de France, 2002, vol.47, n°3, p. 50-57.

 

Catherine Clénet, "l'accompagnement de l'autoformation dans la formation par alternance", p 29-44 des cahiers d'études du CUEEP n° 50/51avril 2003 :accompagnements en formation d'adultes, coordination JN DEMOL, Daniel POISSON et Christian GERARD.

 

 

Jardin, Evelyne. L’autoformation, une auberge espagnole. Sciences humaines, mars-avril 2003, h.s. n° 40, p. 16-17.

 

Jardin, Evelyne. Joffre Dumazedier (1915-2002), promoteur et penseur de l’autoformation .Sciences humaines, mars-avril 2003, h.s. n° 40, p. 18.

 

Lamer, Sandrine. Auto-apprentissage et TICE : le programme SEMIK en Allemagne. Revue internationale d’éducation, 2002 n° 29.

 

Lucien, Jean-Claude. L’éducation populaire est-elle un dispositif l’autoformation. La lettre de peuple et culture, juillet 2002, n° 26, p.4-6.

  

Shuklina, E.A. The theoretical and methodological basis for a sociological study of self-education. Russian education and society. 2002, vol. 44, n°5, p.45-64.

 

Agenda : 

 

 


·    Symposium du GRAF" les 3 jours du GRAF ", 29, 30 et 31 mai 2003,

 Contact : Bernard Blandin

 

Lieu :    Lycée Autogéré de Paris :     393 rue de Vaugirard (Porte de Versailles) 

 

  Le GRAF a jusqu'ici privilégié la diffusion des recherches et des analyses de pratiques sur l'autoformation par l'organisation de nombreux colloques et symposium dont les actes ont été ou seront publiés. 

 

Est-ce suffisant pour que les décideurs, les formateurs, les enseignants puissent mettre en oeuvre, pratiquement, des processus d'autoformation dans leurs institutions ? Pour que le plus grand nombre adopte une démarche d'autoformation ? 

Or, la formation tout au long de la vie, formelle et informelle, l'appel à l'autonomie et à la responsabilité des acteurs, les mécanismes de validation des acquis de l'expérience (VAE) impliquent de la part des acteurs de réfléchir par eux-mêmes sur leur parcours d'apprentissage pour être à même de décider des orientations et de discuter des conditions de réalisation des actions de formation qu’ils entreprennent.

 

 

Le projet :

 

 

 


3 colloque mondial sur l’autoformation au Maroc. GRAF. Nov. – Déc.  2004

« Autoformation , éducation interculturelle et pratiques informelles dans les Pays de sud et de Nord.»

 

 

L’autoformation est devenue un fait social, suivant le constat de Joffre Dumazedier, et concerne toutes les sphères de la société : publique, privée, culturelle, professionnelle, politique.

 

En rapport avec la problématique de la formation tout au long de la vie, il devient nécessaire de favoriser le développement des capacités d’autonomie, de réflexivité, d’auto-documentation, d’auto-direction dès l’école pour que les étudiants puis les adultes, confrontés à un monde en évolution permanente remettant en cause les savoirs acquis, puissent poursuivre leurs formations formelles et informelles et valider les acquis de leurs expériences : apprendre à se connaître pour mieux connaître les autres ; apprendre par soi-même et des autres ; apprendre pour comprendre le monde.

 

Avec la mondialisation, toutes les cultures et toutes les sociétés sont concernées par une demande éducative en forte croissance et doivent inventer des réponses propres à leur histoire. Au-delà d’un marché mondial éducatif hypothétique, la comparaison des solutions mises en place par différents pays peut conduire à des coopérations reposant sur le respect de l’autre et la réciprocité, la diversité des cultures étant la vraie richesse de l’humanité.

 

Le projet d’organiser d’un 3e congrès mondial dans un pays de la zone sud, afin que puissent être pris en compte les problématiques des pays du sud (Afrique, Maghreb,…) quant à l’autoformation. Il semblerait que le Maroc soit parmi les pays pressentis pour le lieu de déroulement du congrès.

        

Ce colloque est un partenariat entre plusieurs universités de France et de l’étranger : (UPJV (Amiens), CNAM (Paris), Paris X-Nanterre (Paris), Université François Rabelais (Tours), Université de Montréal (Canada), Université de Fès, de Marrakech et de Rabat, Université d’Oran, Université de Tunis,….

 

Comité d’organisation à titre indicatif : André Moisan (l’Algérie ), Mohammed Melyani, Mohamed Hrimech , Trollat Anne-Françoise (Maroc) ; Didier Paquelin (Afrique noire) ; Phillipe Carré ( Etats-Unis); Pascal Galvani (Canada), Pierre Landry (Europe),…

 

 

 

 


 

Zone de Texte: NOTE DE LECTURE

 

 

 

 

 

Traité de l’efficacité
François Jullien
Par Cathrine Clenet et Christian Verrier
 

 

 

 

 

 


Jullien fait tout d’abord retour sur la pensée grecque de l’efficacité, dont un Périclès serait l’exemple, loué pour avoir su gérer les affaires des hommes. Puis il utilise des textes classiques issus de la culture chinoise traditionnelle, pour en définir, par opposition, les notions fondamentales d’une stratégie de l’efficacité.

 

L’habitude du but, de l’idéal et de la volonté ont fait adopter à l‘Europe une sorte de « pli » théorie-pratique. Mais ce qui nous a rendu maîtres de la nature vaut-il aussi pour la gestion des rapports humains ? Autrement dit ce qui vaut pour l’efficacité dans la production (poiesis grecque) vaut-il aussi dans le domaine de l’action (praxis)? Si la pensée grecque classique n’évacue pas la prudence et l’habileté, il n’empêche que l’habileté n’est pas véritablement pensée. Il y a bien une intelligence rusée chez les grecs (la métis) : Ulysse, souplesse de l’esprit face à la variabilité des choses. Cependant, cette intelligence rusée échappe aussi à la pensée.

Cette difficulté européenne à penser l’efficacité se retrouve en stratégie militaire. Et Jullien ne manque pas d’évoquer Karl von Clausewitz, théoricien militaire prussien (1780-1831 De la guerre), pour qui il semble exister une impossibilité de théoriser la guerre, toujours quelque élément venant à creuser l’écart entre guerre modèle et guerre réelle.

 

Un point clé : œuvrer pour la propension en exploitant le potentiel de la situation

 

La pensée chinoise, justement, est une occasion de sortir de ce « pli » de pensée. Pour la Chine traditionnelle le réel n’a pas de forme idéale théorique, tout est dans le procès, qui découle des interactions des facteurs de situation entre eux ; par conséquent on ne peut établir par avance un modèle, le modèle est contenu dans le procès, dans le cours du réel ; c’est en lui que se trouve « la voie » (tao). Pour cette pensée chinoise, il n’y a pas d’un côté la connaissance et de l’autre l’action, on ne  passe pas par le rapport théorie-pratique. Pour qu’il y ait efficacité, il faut s’appuyer sur ce qui est porteur dans la situation réelle, repérer son potentiel (l’eau du torrent peut charrier des pierres). Noter au passage qu’on trouve peu d’explications théoriques dans la Chine de l’antiquité, surtout des images, des métaphores. Grâce au potentiel de la situation on peut rendre courageux au combat, fournir peu d’efforts pour  beaucoup d’effets. Côté européen, un Machiavel a pu noter de telles choses ici et là, mais il n’en a pas fait une notion. Contre la planification, avec l’évaluation on sort d’une logique du modelage (plan-modèle) pour entrer dans une logique du déroulement : laisser l’effet impliqué se développer de lui-même en vertu du processus engagé. Dans ce cas, la circonstance fortuite n’est plus ce qui fait achopper le projet, c’est au contraire ce qui créé du potentiel. Plutôt que modéliser, tout revient alors à épouser les circonstances pour en tirer profit. Envers de la planification, la stratégie du sage consiste à ne s’immobiliser dans aucun plan, aucun projet. Sa stratégie en devient « sans fond », insondable pour les autres et inépuisable pour lui. Ainsi, il n’y a plus de hasard pas plus que de génie.

Jullien note que ce que la pensée chinoise aura élaboré au sujet de la guerre s’appliquera également à la politique et à la diplomatie.

 

Privilégier le rapport conditions-conséquences

La « voie », telle qu’on l’entend habituellement en Chine est à comprendre au plus loin de notre méthode (cad : méthodos : la « voie » par laquelle on « poursuit », qui conduit « vers »). Si à l’origine du  rapport moyens-fins, la « prudence » est de savoir délibérer des moyens, il n’empêche qu’on remarque fréquemment une insubordination des moyens à leur fin. De plus, en se fondant dans le cours des choses, un moyen risque de n’être jamais tout à fait identifiable, aussi la question se pose de savoir si toute délibération sur les moyens ne serait pas illusoire. Le stratège chinois ne délibère pas des moyens, ce qui suppose qu’il n’y ait même pas de « fin » sur un mode idéal, mais qu’il ne cesse de tirer parti de la situation dans son déroulement – et ce qui le guide est simplement le profit à tirer. C’est alors la situation qui conduit elle-même au résultat. Il y a donc au moins deux modes d’efficacité : pour l’occident celle du rapport moyens-fin et le rapport conditions-conséquences privilégié des chinois. L’originalité de la pensée chinoise est de découvrir une profondeur à l’évidence, de creuser l’évidence.

 

Transformer plutôt qu’agir

Dans l’ « acte » de guerre à l’occidentale, on optera pour la destruction de l’ennemi (Clausewitz), alors qu’on préférera le « garder intact » côté chinois ; et  ce n’est pas par bonté d’âme mais par souci d’efficacité. Tandis que l’objectif de la guerre envisagée du point de vue de l’action est la destruction de l’ennemi, son objectif quand elle est envisagée du côté de la transformation est sa déstructuration. La temporalité : le temps d’entre les engagements n’est pas un temps mort. Le mythe occidental de l’action : la chine n’a pas bâti  un grand récit de la genèse. Mutation européenne dans l’identification du hasard : seule l’action risquée pourrait affronter l’imprévisibilité des choses. Il y a bien considération d’une sorte de virtuosité de l’action (Machiavel) en Europe, alors que la Chine se montre sceptique vis-à-vis de l’action. Puisque l’action relève du plan-projet, elle est en quelque sorte en extériorité par rapport au déroulement : en s’insérant dans le cours des choses, elle rompt toujours plus ou moins le cours des choses et vient troubler leur cohérence, voire susciter des résistances. Egalement : l’action est ce qui se voit (l’épopée), mais elle n’a guère d’effet, or, c’est de la continuité de la transformation que procède l’effet.  Ne pas imposer l’effet mais le laisser s’imposer. La transformation de la situation est globale, donc ne se voit pas, avec comme conséquence que du bon stratège on ne voit rien à louer., son mérite est si complet qu’il passe inaperçu. C’est comme s’il n’y avait plus rien à raconter. Sous forme de résumé : la nature grecque « fabrique », le sage chinois « transforme ». Plus qu’à la transcendance de l’action, les Chinois croient à l’immanence de la transformation : on ne se voit pas vieillir, on ne voit pas la rivière creuser son lit.

 

Saisir l’occasion comme résultat  de la tendance amorcée

Entre l’art et le hasard se situe l’occasion, celle-ci est conçue comme déclenchement du potentiel. L’occasion serait alors comme l’aboutissement de l’observation du départ de la tendance. Il est nécessaire de prévoir l’occasion en fonction du déroulement, et pour ce faire il faut non sur le vraisemblable (construit), mais sur la tendance amorcée en scrutant la moindre « fissuration » en sachant attendre. C’est en coïncidant avec la logique du déroulement engagé qu’on peut anticiper.  Pour Machiavel, au hasard de l’occasion répond une action risquée, mais peut-on compter sur la régulation pour réussir ? On doit au final assister à la dissolution de l’événement au profit des « transformations silencieuses ». La figure de l’occasion ne se réduit pas à l’efficacité. Grèce : la rencontre-événement en appelle à l’audace, clivage héroïsme ou stratégie. Jeu, risque et aventure de la rencontre-événement dont, en Chine, s’est toujours défendue la stratégie.

 

Prôner le non-agir

Le non-agir prôné par les penseurs de la « voie » taoïste n’est pas l’envers de notre agir héroïque, ce n’est ni du renoncement ni de la passivité ni du désengagement,, le non-agir enseigne au contraire comment réussir, avec l’importance de la formule « ne rien faire et que rien ne soit pas fait ». Prise dans son ensemble cette formule ne signifie pas seulement que le non-agir n’exclut pas l’effet, mais surtout que c’est en n’agissant pas (en sachant ne pas agir) qu’on peut aboutir au mieux dans le sens souhaité. Dès lors qu’on agit on instaure un « autre commencement » dans une situation qui évoluait seule ; cet agir est source d’embarras. « Faire » fait apparaître du non fait, l’agir est artificiel. Si on n’agit pas, c’est donc d’abord pour ne pas empêcher d’advenir ce qui, sinon, adviendrait tout seul, d’où une sorte d’éloge de la non audace. C’est avec le degré zéro de l’agir que l’on parviendrait alors au plein régime de l’efficacité, ce qui implique en amont de renoncer au dirigisme de l’action et de « faire le non-faire ».  Agir sans agir : je ‘n’agis pas (en fonction d’un plan arrêté, de façon ponctuelle, en forçant les choses), mais pourtant je ne suis pas non plus non-agissant – je ne demeure pas inactif – puisque j’accompagne le réel durant tout son déroulement (je suis son partenaire). L’efficacité se révélant est indirecte : ne pas tirer sur la plante mais ne pas se dispenser de sarcler à son pied. En se confondant avec le cours spontané des choses, cet agir-sans-agir n’est plus repérable, il est « fade ». Le sage, dans/par le non-agir attend qu’il y ait de la capacité puisqu’il est inefficace d’affronter la situation pour la forcer. L’agir sans agir se transforme en capacité d’évolution : le dragon. Réagir à la situation au lieu d’agir, le réagir nous réintégrant dans une logique d’immanence.

 

Laisser advenir l’effet

De fait, avec cette pensée chinoise, la véritable efficacité apparaît toujours « en creux », avec le refus de l’effet, de l’héroïsme. C’est le vide qui permet le plein d’effet, effet n’est pas à rechercher mais à recueillir : ne pas se mettre en avant, faire en sorte qu’on vienne vous chercher, ce sont les autres qui font le travail ; c’est en ne se mettant pas soi-même en valeur qu’on peut être en vue. 

 

Plus tôt on intervient en amont, moins il faut agir – intervenir – jusqu’au sommet de l’art consistant à vaincre avant d’avoir combattu. Rondeur et mobilité en amont, carré et stabilité en aval.  A l’efficience reviennent la fluidité et la continuité du processus : l’efficience ouvre l’efficacité sur une aptitude qui n’a plus besoin du concret pour opérer. L’efficacité est d’autant plus grande qu’elle ne se voit pas (en tant qu’efficience), mais cet invisible est de l’ordre de ce qui n’est pas encore perceptible (en amont).

En Chine, l’image de l’eau est celle se rapprochant le plus de la « voie ». L’eau nous met sur la voie de la voie parce qu’elle se renouvelle constamment d’elle-même et que, s’écoulant d’un amont invisible, son cours n’en finit pas de progresser. Avec sa souplesse et faiblesse conjuguées qui la rendent plus forte que la force, plus forte que la pierre, l’eau illustre bien l’efficacité. Force-propension : l’eau suit sa pente pour avancer ;  le réel a la forme de l’eau, toujours changeante.

 

 

Tout est tendu dans la pensée chinoise vers une certaine forme de victoire, dans les épousailles avec le réel. Jullien pointe cependant que personne ne semble voir côté chinois qu’il peut aussi exister presque un plaisir de perdre, par et à cause de l’action, parce que perdre par l’action, c’est exister. Pour exister donc, on pourrait aussi supposer que plutôt que d’épouser et se fondre dans le réel on puisse lui résister, et de cette façon gagner son émancipation, sa liberté en quelque sorte. Héraclès pourrait être heureux de monter sur son bûcher, heureux de s’être épuisé « pour rien ». Il faudrait alors pour Jullien écrire un autre traité, un éloge de la « résistance ».

 


Zone de Texte: Le GRAF en Association

 

 

 

 

 

Statuts 

 

 


Article 1 – Dénomination

Il est fondé entre les adhérents aux présents statuts une association régie par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901, ayant pour nom : « Association du Groupe de Recherche sur l’AutoFormation » et ayant pour sigle « A-Graf ».

 

 

Article 2 – But

Cette association a pour but de contribuer au développement et à la diffusion des recherches, pratiques et débats relatifs à l’autoformation.

 

 

Article 3 - Siège social

Le siège social est fixé à 

Université François Rabelais

Département des Sciences de l’Éducation et de la Formation

116, boulevard Béranger – BP 4239

37042 TOURS

 

Il pourra être transféré par décision du conseil d'administration ratifiée par l'assemblée générale.

 

 

Article 4 – Composition

L'association se compose de membres physiques :

a)      Membres d'honneur

b)      Membres actifs

 

Article 5 – Admission

Pour faire partie de l'association, il faut être agréé par l’Assemblée Générale, qui statue sur les demandes d'admission présentées par un membre, à la majorité des deux tiers des présents et représentés, lors de chacune de ses réunions.

L’Assemblée Générale statue au regard des critères suivants :

1)      Avoir produit des recherches sur l’autoformation

2)      Vouloir faire progresser le paradigme de l’autoformation

3)      Privilégier l’actuariel sur l’institutionnel

4)      S’engager à participer aux échanges de l’association

5)      Avoir un agir autonomisant pour soi et pour les autres

 

Article 6 - Les membres

Sont membres d'honneur ceux qui ont rendu des services signalés à l'association; ils peuvent être dispensés de cotisations.

 

Sont membres actifs ceux qui versent annuellement la cotisation dont le montant est fixé par l’Assemblée Générale.

 

Article 7 – Radiation

La qualité de membre se perd par :

a)      La démission.

b)      Le décès.

c)      La radiation prononcée par l’Assemblée Générale pour non-paiement de la cotisation ou pour motif grave.

 

 

Article 8 – Ressources

Les ressources de l'association comprennent :

1° Le montant des cotisations.

2° Des subventions, dons et legs.

 

 

Article 9 - Conseil d'administration

L'association est dirigée par un conseil de sept membres, élus au scrutin secret pour deux années par l'Assemblée Générale. Les membres sont rééligibles deux fois.

Le Conseil d'Administration choisit parmi ses membres, au scrutin secret, un bureau composé de :

  1. Un président.
  2. Un ou plusieurs vice-présidents. [facultatif]
  3. Un secrétaire et, s'il y a lieu, un secrétaire adjoint.
  4. Un trésorier et, si besoin est, un trésorier adjoint.

Au delà de la deuxième année, le conseil se renouvelle chaque année pour au moins trois de ses membres.

En cas de vacance, le conseil pourvoit provisoirement au remplacement de ses membres. Il est procédé à leur remplacement définitif par la plus prochaine assemblée générale. Les pouvoirs des membres ainsi élus prennent fin à l'époque où devrait normalement expirer le mandat des membres remplacés.

 

 

Article 10 - Réunion du conseil d'administration

Le Conseil d'Administration se réunit une fois au moins tous les six mois, sur convocation du président, ou sur demande d’au moins deux de ses membres.

Les décisions sont prises à la majorité des voix.

Tout membre du conseil qui, sans excuse, n'aura pas assisté à trois réunions consécutives pourra être considéré comme démissionnaire.

 

 

Article 11 - Assemblée générale ordinaire

L'assemblée générale ordinaire comprend tous les membres de l'association à quelque titre qu'ils y soient affiliés. L'assemblée générale ordinaire se réunit une fois par an.

Quinze jours au moins avant la date fixée, les membres de l'association sont convoqués par les soins du secrétaire. L'ordre du jour est indiqué sur les convocations. Tout membre peut proposer un point supplémentaire à cet ordre du jour dans un délai d’une semaine avant la tenue de l’Assemblée Générale.

Le président, assisté des membres du Conseil d’Administration, préside l'assemblée et expose la situation morale de l'association.

Le trésorier rend compte de sa gestion et soumet le bilan à l'approbation de l'assemblée.

Il est procédé, après épuisement de l'ordre du jour, au remplacement, au scrutin secret, des membres sortants du Conseil d’Administration.

Ne devront être traitées, lors de l'Assemblée Générale Ordinaire, que les questions soumises à l'ordre du jour.

 

 

Article 12 - Assemblée générale extraordinaire

Si besoin est, ou à la demande de la moitié plus un des membres actifs, le Conseil d’Administration peut convoquer une Assemblée Générale Extraordinaire, suivant les formalités prévues par l'article 11.

 

 

Article 13 - Règlement intérieur

Un règlement intérieur peut être établi par le Conseil d'Administration, qui le fait alors approuver par l'Assemblée Générale.

Ce règlement éventuel est destiné à fixer les divers points non prévus par les statuts, notamment ceux qui ont trait à l'administration interne de l'association.

 

 

Article 14 – Dissolution

En cas de dissolution prononcée par les deux tiers au moins des membres présents et représentés à l'Assemblée Générale, un ou plusieurs liquidateurs sont nommés par celle-ci, et l'actif, s'il y a lieu, est dévolu conformément à l'article 9 de la loi du 1er juillet 1901 et au décret du 16 août 1901.

 

Fait à Paris, le lundi 10 mars 2003



[1] Le livre, son auteur, son contexte : Le livre est en fait intitulé “ les manteaux d’étoffe fine dans les ruses subtiles ” : il a été  écrit à la fin du 13e ou au début du 14e siècle par un auteur inconnu , qui présente ses sources et indique à partir de quels auteurs il a travaillé, en sélectionnant les textes et en les reformulant. Le manuscrit nous est parvenu incomplet (10 chapitres sur les 20 annoncés). En littérature arabe, le livre s’inscrit dans une période (Décadence) où la collecte des acquis et l’esprit encyclopédique sont dominants. Le livre est issu de la culture populaire mise par écrit et utilisant plusieurs niveaux de langue. La tradition culturelle de la “ ruse ” est importante  (les ruses des femmes, les ruses des marchands, les ruses des animaux…)et reste toujours vivante à  travers la culture populaire.

Le traducteur : R.R.KHAYAM

Il est né  à Alep (Syrie) en 1917 et se situe au carrefour des cultures arabe, turque et française Il est enseignant et traducteur Il a traduit une quarantaine de livres, dont les Aventures de Sindbad, Les Mille et Une Nuits, une Anthologie de la poésie arabe..

 

[2] Qoran, XCV, 4.

[3] Le livre des ruses, p.21

[4] Le livre des ruses, p.39.

[5] René Barbier, Professeur de Sciences de l’Education, Université de Paris 8 Saint-Denis. Entretien réalisé le 22 Janvier 2003

[6]Qui nous a envoyé un très beau texte récemment