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LES
TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION, L'EDUCATION ET LA VILLE.
Introduction
Une action pour une Europe
de la culture et de la technologie
Un projet de réseau européen
de musées virtuels
MOSAIC
Un cadre d'action pour l'accès
au patrimoine culturel européen
Les collectivités locales
Autoformation et société
de l'information
Les communautés virtuelles
La bataille du plurilinguisme
Un programme pour demain
Compte rendu du CA 2000
Compte rendu du CA 1999
Il s'agit de contribuer à l'émergence de champs de réflexion jugés essentiels pour nos analyses. Depuis 1996, l'association a à son actif plus d'une centaine de colloques et de séminaires dans le domaine des mutations éducatives et culturelles contemporaines. Une telle synergie lui permet aujourd'hui de rassembler une grande partie des initiatives associatives en Europe ayant trait à l'impact des technologies de la société de l'information sur l'ingénierie éducative et des possibilités offertes par l'accès multimédia au patrimoine culturel. Il s'agit de mettre en réseau les savoirs et les expériences menées en Europe pour aider à la construction d'une société de l'information basée sur l'éducation et la culture .
Un accès libre et gratuit aux réseaux en des lieux publics ouverts à tous, une mise à disposition aussi et surtout de toute information et documentation culturelle de nature publique sont aujourd'hui une préoccupation majeure de la plupart des institutions, que ce soit à l'échelle locale, nationale et européenne.
Il convient en somme d'élaborer une réelle stratégie citoyenne où disparaissent des hiérarchies d'un autre temps et des rapports archaïques entre services publics et entreprises privées. Il convient pour cela de susciter et encourager toutes les initiatives des acteurs du terrain.
L'ARENOTECH a été notamment le partenaire français du projet MOSAIC de réseau européen de musées virtuels (programme TEN-TELECOM, DG XIII de la Commission Européenne). Résumons l'enjeu : le projet concernait la définition des grandes lignes clefs de la constitution de centres - pilotes ayant pour objet la divulgation à l'échelle internationale du patrimoine culturel. Son aire d'intervention est clairement celle du monde des télécommunications de la communauté européenne.
L'objectif est de permettre l'établissement à l'avenir
un échange entre les différentes structures participantes
en vue de la divulgation des matériaux de ce patrimoine
sous forme électronique à travers un véritable
réseau international. Ce véritable centre culturel
virtuel auquel nous entendons donner naissance dans les années
qui viennent se fera promoteur d'une nouvelle culture basée
sur l'échange de titres électroniques, d'espaces
multimédia et de salles de vision en réalité
virtuelle avec des contenus spécifiquement culturels .
La constitution de centres culturels technologiquement avancés se base sur une utilisation au quotidien de visio-conférences, du serveur Web, de salles immersives qui permettent une vision en réalité virtuelle, ainsi que de véritables centres de conférence dont le prototype s'avère à ce jour devoir se situer à Paris. La raison d'être de tels lieux est de contribuer aussi et peut-être avant tout à créer de nouvelles opportunités de travail..
De tels objectifs ont été largement repris par des cadres d'action européens tels que MEDICI. La création de MEDICI (Multimedia for EDucation and employment through Integrated Cultural Initiatives) est le fait de la DG XIII de la commission Européenne- en coopération avec la DG X. Celui-ci est ouvert à toutes les organisations et entreprises dont l'objectif rejoint la promotion de l'utilisation des technologies multimédia pour l'accès au patrimoine culturel européen. Il se doit de faciliter le partenariat entre les musées et l'industrie en vue d'initiatives communes dans le domaine culturel. L'objectif premier est de constituer un véritable état de l'art au niveau de technologies et des architectures de systèmes afin de faire connaître les derniers développements pour ce qui est de l'accès multimédia. Il convient de même de tirer toutes les leçons possibles d'expériences passées et de proposer des méthodes pour aboutir à une réelle qualité de produits et des services multimédia. Il lui faut permettre une réelle coordination avec toutes les autres actions de la Commission Européenne et les grandes initiatives internationales. Un tel cadre d'action doit permettre à l'industrie de développer précisément des nouveaux services en liaison avec les institutions européennes et par là même de leur ouvrir des nouveaux marchés.
MEDICI s'adresse également très largement aux collectivités locales afin qu'elles investissent toutes leurs forces dans des projets innovants en matière d'accès multimédia et ce en vue de la formation et de la création des nouvelles opportunités d'emploi. Le cadre d'action est basé sur une étroite coopération autour de quatre actions clés : les meilleures pratiques, les expositions virtuelles, le tourisme et l'éducation - il nous a été demandé quant à nous de co-diriger cette dernière. Ce cadre d'actions encourage la formation des groupes d'intérêt spécifiques répondant aux souhaits exprimés par les membres. Il est ouvert à tous les participants dans ce domaine, qu'il s'agisse d'institutions publiques ou privées, d'organisations non gouvernementales, ainsi qu'au monde de l'industrie et des services
Les technologies de la société de l'information doivent fournir un accès plus facile à l'information culturelle, en particulier à l'information multimédia sur les uvres culturelles. Cependant, pour atteindre un tel but, une coopération globale accrue est nécessaire afin de développer des systèmes techniques et des modes d'organisation cohérents pour la gestion de l'archivage et l'accès. Une coopération internationale dans ce domaine est indispensable pour la gestion et la promotion de la diversité culturelle et linguistique et préparer le rôle vital que doivent aujourd'hui jouer les infrastructures d'information du siècle prochain en faveur de l'accès aux ressources culturelles des musées, des bibliothèques, des écoles et des universités et pour l'apprentissage et la reconnaissance de la diversité culturelle dans les lieux d'éducation et de formation. Les lieux de mémoire et de conservation du patrimoine ont plus que jamais un rôle majeur à tenir dans la réalisation et la mise à disposition des services et des produits relatifs à la transmission des savoirs dans la société de l'information émergente. Ils agissent à ce titre aussi bien comme les dépositaires - le "propriétaire" en étant le citoyen - d'une partie importante de notre héritage culturel que comme centres de propagation de documentation et de promotion des nouvelles dimensions culturelles contemporaines. Une implication culturelle des musées est indispensable afin de conférer une dimension culturelle visible à la société de l'information.
Nous devons continuer à oeuvrer pour obtenir, à l'horizon de l'an 2000 (quelle meilleure commémoration symbolique ?), l'accès le plus étendu possible aux fonds des musées et galeries d'art grâce aux moyens de communication multimédia.
En travaillant avec les associations et organisations non gouvernementales, les instituts de recherche, les organismes de la technologie de l'information et des médias, il convient d'obtenir que le plus grand nombre possible d'objets des collections publiques et galeries d'art soient gratuitement accessibles sur les réseaux électroniques dans les prochaines années; que toutes les collections européennes soient accessibles à partir de divers terminaux et au travers de systèmes d'accès différents, grâce à la mise en oeuvre de protocoles d'interopérabilité et que toutes les écoles, les universités, les instituts de recherche, les bibliothèques aient un accès privilégié aux collections publiques sur les réseaux électroniques.
Il convient de reprendre les domaines de coopération promus par le Memorandum of Understanding au cours des dernières années, notamment pour ce qui est de la normalisation internationale d'ensembles de protocoles fondamentaux d'interopérabilité de formats, de fonctions de recherche et d'extraction, d'interfaces d'accès et de protocoles. Ceci, conjointement bien sûr avec les comités constitués à cette fin au sein du Conseil International des Musées (ICOM), ainsi qu'avec le comité DAVIC (Digital Audiovisual Council). De même en est-il de la stimulation de l'intérêt du public et de son information à ce sujet, et ceci en livrant tout à la fois la substance des dossiers scientifiques conservés par les institutions publiques et en créant les interfaces pédagogiques nécessaires.
De même encore en est-il de l'intégration de développements de systèmes multimédia dans les musées avec ceux de lieux spécifiquement aménagés à cet effet, mais aussi des bibliothèques, des archives et des autres fournisseurs d'information culturelle. L'objectif est de développer les dimensions culturelles de la société de l'information en promouvant des partenariats entre les secteurs public et privé, mais également une prise de conscience plus large du public face aux avantages potentiels de l'accès interactif à notre patrimoine culturel.
L'objectif de MOSAIC et aujourd'hui, sur un plan beaucoup plus général, de MEDICI est certes ambitieux : une réelle bataille pour une culture européenne en réseau, dans tous les sens de ce terme. Dans notre ligne d'action consacrée à l'éducation, tel sera en tout cas notre philosophie.
Parallèlement à des projets tels que l'Institut National d'Histoire de l'Art, mais aussi de nouveaux ensembles muséaux où la dimension de mise en réseau et celle relative aux nouveaux usages n'apparaissent pas encore avec l'ampleur qui devra être la leur, un groupe d'historiens de l'art et de spécialistes de son enseignement s'est constitué en Groupe d'Intérêt Spécifique " Histoire, histoire de l'art et accès multimédia au patrimoine culturel européen " du cadre d'action MEDICI de la Commission Européenne .
On soulignera de même le rôle que sera amené à jouer dans les années qui viennent l'Institut Mac Luhan à Maastricht. A été proposée également à l'ISPO la constitution d'une plate-forme associative européenne. L'élaboration d'une telle plate-forme dans le domaine des technologies de la société de l'Information constitue l'un des moyens mis en uvre pour que le monde associatif puisse réellement jouer un rôle d'avant-garde majeur dans le domaine de l'éducation et de la culture en Europe, et ceci tout particulièrement en France.
L'association a suggéré à ce propos la création d'un véritable forum européen " Culture et Nouvelles Technologies ", ceci à l'occasion de la mise sur pied de la journée européenne de la société de l'information.
Il manque en effet à l'Europe un Forum de Davos de la culture, consacré notamment aux mutations culturelles engendrées par la convergence des médias numériques et les nouvelles possibilités d'accès au patrimoine, et ceci notamment au travers des grands axes développés en la matière par le 5ème programme-cadre de recherche et développement, programme-cadre à la rédaction duquel nous avons eu l'occasion de participer dans le domaine culturel en tant qu'organisation non gouvernementale.
Pour tout ce qui concerne le secteur public face aux défis des réseaux, on sait les enjeux considérables . Deux siècles après les cahiers de doléances, il s'agit de créer, au delà de toutes les féodalités, une synergie nouvelle où les acteurs du champ culturel seront parmi les pilotes majeurs des changements sociétaux en cours
Une réflexion urgente est à mener en collaboration avec les collectivités locales engagées dans des actions de promotion et d'usage des technologies de l'information, dans la mesure où un grand nombre d'entre-elles envisagent de jouer un rôle de plus en plus important dans la production de contenus de formation .
Devenu aujourd'hui marché privilégié de l'innovation technologique, mais aussi depuis peu champ d'observation, d'analyse et d'évaluation des pratiques et usages pour la recherche universitaire, l'action culturelle et la formation, la collectivité locale numérique constitue à ce jour une thématique aux contours encore peu définis et aux réalités diverses. Un lieu fédérateur d'information et de réflexion s'impose: tel sera prochainement l'objet d'un observatoire et d'une publication qu'entend promouvoir l'association dont le travail, en étroite liaison tant avec l'AVN qu'avec la Cité des Sciences et de l'Industrie, s'est traduit d'abord par un travail d'identification des grands projets tant français qu'européens, ainsi que par l'organisation des animations autour des expérimentations et des projets des collectivités locales dans le cadre de l'exposition " Nouvelles Images, nouveaux réseaux ".
Il s'agit en effet avant tout de regrouper les compétences de tous ceux qui oeuvrent sur le terrain, mais aussi de tous ceux qui suivent et encouragent ces expériences pour éliminer au plus vite les obstacles tant matériels que psychologiques retardant la mise au service des citoyens des technologies de la communication et de développer ainsi une véritable stratégie d'appropriation citoyenne.
Un rapport du Conseil de l'Europe - rédigé il y a deux ans de cela par Pierre Lévy - soulignait déjà la nécessaire articulation entre le fonctionnement urbain et les formes nouvelles d'intelligence collective rendues possibles par le développement des réseaux. Il s'agit clairement pour nous d'aller au-delà de projets visant à une quelconque assimilation -voire substitution- du cyberespace à un équipement urbain ou territorial, ni même de nous contenter de la construction de communautés virtuelles urbaines.
Les projets les plus avancés ont clairement pour objet la résolution des problèmes de la ville par une mise en commun des compétences, des ressources et des idées. "Dans le domaine de la valorisation économique et touristique du territoire, dans celui de la culture et de l'éducation et, plus largement, dans la recherche d'une meilleure cohésion sociale, les attentes des citoyens sont fortes", constatait de son côté au même moment Michel Briand dans son rapport Le multimédia dans les cités : " L'optimisation de la gestion interne des collectivités territoriales exige un accès plus rapide et plus facile à l'information et aux données de toutes natures " . Mais alors même que les élus s'interrogent et que leurs associations multiplient les rapports et les études; l'information réellement pertinente n'en continue pas moins souvent de faire défaut, à l'échelle notamment de l'Europe. L'adjoint au maire de Brest montrait que nous étions bel et bien en présence d'un foisonnement d'initiatives qui ne constituait cependant qu'une "juxtaposition d'initiatives isolées sans réflexion globale et un partage bien insuffisant d'expériences et d'initiatives pour mettre ces outils à la portée de tous". Un tel constat demeure à ce jour en partie vrai et pose problème face à l'ampleur des objectifs poursuivis .
L'étude réalisée parallèlement sous l'égide de l'Association des maires des grandes villes de France " Multimédia et télécommunications : les initiatives des villes ", souligne clairement quant à elle l'intérêt croissant des villes pour les outils informatiques et les télécommunications: près de neuf élus sur dix attribuent aux technologies de l'information un rôle important dans le développement local et un quart d'entre eux les jugent même fondamentales. Elle souligne surtout que la cité - qui pouvait jusqu'ici apparaître en marge du paysage technologique - réagit aujourd'hui en quelque sorte comme une entreprise: " Les villes se considèrent comme vouées à devenir des acteurs d'un secteur qui revêt pour elles un intérêt stratégique ".
Il nous faut aujourd'hui surtout sensibiliser et informer, analyser et comparer, dans la mesure où des dizaines d'expérimentations et des centaines de projets concernent aujourd'hui des collectivités locales françaises et que les réalisations étrangères sont aussi nombreuses que peu connues. Il convient donc aujourd'hui de rassembler tous ceux qui agissent ou souhaitent agir sur ce terrain, de prendre en compte toutes les initiatives déjà prises et de favoriser toutes les synergies, de mesurer avant tout les acquis en matière d'expérimentation. Mais il convient évidemment d'aller encore au-delà en vue d'une véritable réflexion interdisciplinaire au service de nos contemporains .
C'est dans cette perspective qu'au-delà des structures associatives déjà existantes .qu'a été envisagée la mise en place d'un Observatoire européen de l'Internet public qui se consacrera à impulser et promouvoir réflexion et échanges, capitalisation et évaluation .
Cet observatoire devra constituer, à l'échelle de notre continent et en étroite liaison avec la commission européenne, un lieu fédérateur d'information et de réflexion, un lieu d'échanges d'expériences, un lieu de partenariat aussi, ainsi qu'un véritable outil de promotion des technologies de l'information dans le développement local
Internet et les réseaux au service de l'aménagement du territoire se traduisent aujourd'hui par la naissance encore timide d'une nouvelle culture patrimoniale. Nous assistons en effet depuis peu à une véritable révolution conceptuelle en matière d'aménagement du territoire. L'essor des technologies de la société de l'information commence en effet à marquer les priorités de nos territoires, qui vivent, au travers de la convergence de l'informatique, des télécommunications et des média, l'émergence de nouveaux horizons sociaux, économiques et politiques.
Face au développement de telles technologies porteuses de nouvelles valeurs, de nouveaux modes de vie, d'apprentissage, de relations sociales, de nouveaux modes de production et d'échange, de nouvelles manières de penser le politique; les collectivités locales et les acteurs locaux, fondations de notre organisation territoriale publique et en charge du développement territorial, se doivent de prendre la mesure de ces mutations.
Dans un tel contexte, leur approche renvoie à deux questions majeures: celle d'une part de leurs missions d'acteurs publics vis à vis de leur territoire, garant de sa cohésion sociale et son développement, celle d'autre part de leur légitimité, voire de la nécessaire refondation de leur légitimité: une fois de plus, notre époque assiste à la fin douloureuse de baronnies locales, où de telles approches sonnent le glas de modalités décisionnelles taillées sur mesure.
C'est à la lumière de ces enjeux que peuvent s'appréhender, se définir et s'évaluer les stratégies en la matière des collectivités locales et notamment leurs stratégies en matière de promotion et de développement des réseaux que des contenus.
Un tel processus est marqué notamment par la marginalisation des administrations traditionnelles au niveau national, peu promptes elles aussi à des processus de décision réticulaires et désemparées par l'apparition sur le terrain de nouveaux acteurs culturels et technologiques.
Il nous semble tout aussi urgent de prendre en compte dans ce contexte l'ensemble des nouvelles possibilités d'autoformation nées des " stratégies réseaux " des collectivités locales en Europe.
On s'est en effet peu interrogé à ce jour sur les lieux et les espaces susceptibles d'aider le citoyen d'une société de l'information en gestation à s'approprier les savoirs les plus pertinents pour gérer ses repères sociaux et intellectuels, en dehors des locaux universitaires naturellement, voire de l'ordinateur à domicile.
Or, il y a là une étrangeté, un singulier archaïsme, à l'heure où villes et régions, opérateurs de communication et acteurs du monde associatifs s'emploient à en diversifier tant la topographie que la typologie. De nouveaux espaces d'apprentissage virtuels naissent, en complète déconnexion avec le monde de l'enseignement universitaire et de la recherche français. Il est grand temps donc pour nous d'investir ces lieux, ce que nous avons commencé à faire en février 1998 dans le cadre de l'auditorium de l'exposition " Nouvelles Images, nouveaux réseaux " lors d'une première synthèse en grande partie axée sur les réalisations des collectivités locales françaises et européennes en matière de lieux d'accès multimédia pour le citoyen destinés à son information dans le domaine culturel et à sa formation.
Il est apparu clairement à cette occasion qu'un nombre considérable de projets étaient en cours de réalisation, mais qu'ils n'avaient quasiment jamais fait l'objet de réflexions quant à la pertinence de leur agencement dans le domaine pédagogique et que les formulations utilisées relatives à leurs potentiels en termes d'autoformation relevaient de conceptions plutôt simplistes et surtout d'une ignorance quasi-totale de ce qui était entrepris en la matière dans d'autres collectivités en France et en Europe. La création d'espaces territoriaux multimédia -de lieux permettant un accès de chacun aux réseaux -, la structuration de l'offre culturelle sur réseau et son articulation avec le développement culturel, éducatif, économique et social constituent pourtant à ce jour un défi majeur. Alors que le développement de l'accès à la pratique des technologies de la communication, à leurs usages et à leurs enjeux constitue une mission prioritaire aujourd'hui des institutions éducatives et culturelles, particulièrement des Musées et Centres scientifiques et techniques, l'Etat et les collectivités locales initient des projets d'implantation d'espaces d'initiation et de formation. On constate ainsi une grande diversité dans les choix et les moyens retenus quant à la mise en place de sites et de centres de ressources, de lieux stratégiques consacrés à l'initiation et à la formation liés au multimédia en ligne.
Il apparaît donc indispensable d'établir une cartographie exacte des différentes propositions afin de mieux juger de la spécificité de leurs différentes approches. Une telle cartographie, loin de se limiter à un simple état des lieux géographique, se devra d'intégrer une série d'états comparatifs, et ce tant au niveau des modes de paiement et des statuts juridiques de tels lieux que des publics-cibles. A des opérations régionales telles que les 7 espaces numériques de Parthenay, les 5 cybercentres strasbourgeois, les 400 sites expérimentaux de diffusion de la BPS, les projets d'accès multimédia en ligne de la Friche de la Belle de Mai à Marseille ou encore les 211 espaces des cybercommunes bretonnes crées sous l'égide du Conseil Régional, s'ajoute en effet l'opération des mille Cyberpostes sous l'égide du secrétariat d'état à l'Industrie, les espaces Cyber J prévus par le Ministère de la Jeunesse, les 100 sites qu'entends aménager le Ministère de la Culture, ou encore les Cyberbases de la Caisse des Dépôts et Consignations, sans même évoquer l'action envisagée par certaines entreprises privées.
Alors même qu'à travers l'Europe se multiplient les initiatives en faveur de la création de tels espaces publics, il convient de dégager des vues précises sur les objectifs des différents projets, les modes de financement, et au-delà, sur la manière dont les acteurs culturels peuvent être parties prenantes de ces opérations. Il s'agit surtout de savoir comment se repositionnent ces derniers par rapport aux objectifs majeurs mis en avant par des collectivités territoriales et par l'Etat - lors de l'Université d'été de Hourtin en 1998 par exemple ou plus récemment à l'occasion du conseil interministériel du 19 janvier - , ainsi que par rapport aux objectifs économiques, mais aussi culturels, sociaux et éducatifs.
Il convient en effet de se demander comment s'articuleront ces nouveaux équipements avec les équipements déjà existants ayant des missions polyvalentes, comment les équipements culturels thématiques envisagent l'implantation dans leurs locaux de tels espaces d'initiation et de formation et quels changements en résultent pour eux, aussi bien dans leur mission éducative et culturelle que dans leur organisation.
Un projet comme MOSAIC se voulait précisément acteur tant au niveau de ces lieux et espaces d'accès en ligne à des ressources et des savoirs qu'à celui d'une structuration de ces savoirs telle que de vrais processus d'autoformation puissent prendre corps, et ce là encore de manière scientifiquement observable.
Il convient souvent d'accompagner les collectivités dans une telle démarche au niveau tant de la conceptualisation des espaces que de l'observation des activités de formation que ces lieux engendreront.
Les expériences menées à Bologne ou à Amsterdam en la matière constituent ainsi d'excellentes entrées en matière, quant à la position de la ville ou de la collectivité comme fournisseur d'accès, mais aussi quant aux choix de pilotages (les analyses publiées par les sociologues de l'Université d'Amsterdam sur l'Amsterdam virtuelle sont parfaitement significatives à cet égard, tout comme les rapports de l'Université et des musées avec la municipalité à Bologne: pensons aux travaux exemplaires du CINECA).
Une première cartographie de tels lieux est donc indispensable et fera prochainement l'objet de plusieurs travaux de l'ARENOTECH.
Il existe de nombreux terrains d'interrogation relatifs à de tels lieux crées ou en cours de création, comme celui des potentialités d'autoformation au sein de communautés virtuelles qui se développent dans un certain nombre de domaines au fur et à mesure que de telles possibilités d'accès et de connexion se multiplient.
L'émergence de nouvelles communautés virtuelles doit précisément nous amener à la prise en compte des usages attendus d'une telle communauté en voie d'émergence et de la pertinence des réponses susceptibles d'être fournies face à ces attentes. Les rapports entre les partenaires d'une telle communauté - entreprises, laboratoires de recherche et monde universitaire - en constituent l'un des aspects les plus déterminants.
L'objectif en la matière d'une organisation non gouvernementale telle que l'ARENOTECH sera précisément d'expérimenter sur le terrain l'apport d'une communauté virtuelle en réseau aux besoins en matière d'éducation et de formation d'une part, mais aussi les conséquences de telles méthodes de travail sur des institutions aux pratiques souvent traditionnelles.
Il ne s'agit donc plus aujourd'hui de disserter sur les philosophies potentielles de telles communautés ainsi crées, mais bien d'en évaluer l'apport réel à des objectifs sociaux et intellectuels bien déterminés. L'un des aspects majeurs réside dans la manière dont les usagers des réseaux accroissent leur sens d'appartenance communautaire dans une ville ou localité en les utilisant, comment une network community permet la mise en place de réseaux sociaux et sont parfois susceptibles de réactiver un véritable engagement civique : les rapports donc entre communautés virtuelles et structuration sociale, mais aussi le rôle du tissu de relations culturelles préexistantes.
L'analyse de la typologie des communications transitant entre les membres d'une communauté virtuelle constitue naturellement un autre point majeur (en partant notamment bien sûr - dans une vision critique - des travaux de Michel Maffesoli notamment).
Que devient la mémoire du lieu dans une communauté virtuelle ? Question majeure à nos yeux, bien que récemment ébauchée par le travail de Federico Casalegno et Andrea Cavanaugh : question de la MEMOIRE d'un réseau virtuel, question du lieu virtuel comme " synthèse des souvenirs partagés par le groupe ". nous sommes là en présence d'un nouveau théâtre de la mémoire, phénomène majeur des interrogations culturelles d'il y a cinq siècles, à l'époque du développement de l'imprimerie. la dimension historique du développement des communautés virtuelles doit constituer un élément clef de leur analyse.
La question ne peut que s'insérer par ailleurs dans l'élaboration d'un cadre théorique, d'une grille d'interprétation des communautés en réseau aboutissant à de nouvelles formes de socialité.
Les courants de pensée aux Etats-Unis évoquant cette question sont multiples. Il conviendra de les prendre en compte .
La perception de Howard Rheingold, dont on connaît en la matière le caractère précurseur absolu, devra être resitué dans ce contexte de l'histoire intellectuelle fin de siècle. Un exemple concret des potentialités futures sur lequel nous serons particulièrement amenés à nous appuyer - peut-être le plus pertinent dans notre contexte - est fourni par les premières utilisations à ce jour de technologies favorisant la création de mondes virtuels en intégrant des objets au format " 3D Studio " et facilitant la construction de sites accueillant de nombreux utilisateurs communiquant à l'aide d'avatars. Dans quelle mesure chaque communauté virtuelle trouvera-t-elle un langage personnel pour développer son propre monde ? Le débat à ce jour est largement ouvert (pensons aux prises de position de Brandon J. Every dans la liste de diffusion " Virtual Worlds ").
De nombreuses batailles restent à gagner sur ce terrain des nouvelles formes de gestion culturelle des mutations contemporaines. Celle des collectivités locales, on l'a dit, qui entendent confier aujourd'hui un rôle de premier plan aux acteurs culturels et éducatifs pour amorcer une vraie réponse à la démultiplication des difficultés urbaines. Celle des universités qui ont compris qu'elles étaient les vrais pilotes potentiels d'une mutation culturelle majeure. Celle du multilinguisme également, à l'heure où une étude américaine souligne qu'un site Internet sur deux ne sera enfin plus en langue anglaise à l'échelle d'un an, question stratégique s'il en est dans la société de l'information. Ses chiffres circulent relatifs aux langues utilisées sur Internet et donnent parfois lieu à des affrontements à coups de pourcentages -des chiffres politiques ou marchands dont il ne convient évidemment pas de nous contenter -, nous manquons singulièrement d'informations sur les usages et les pratiques linguistiques, les attentes et les désirs. Il convient donc d'analyser comment peut être assurée la promotion et la mise à disposition des outils adéquats et d'aborder la question des normes.
Aujourd'hui, Internet est la manifestation la plus évidente de la convergence des industries numériques qui nous fait parcourir de nouveaux espaces qu'il nous faudra habiter et structurer : il convient donc d'entamer une véritable réflexion collective, de façon prospective, à la place particulière de l'ingéniérie linguistique dans l'espace numérique - mettant en avant les langues comme outils privilégiés d'expression de notre pensée et de notre culture -, et d'aborder le sujet des langues et d'Internet dans l'ensemble de ses aspects.
Il s'avère en vérité fort difficile de faire passer un tel concept plurilingue auprès de toutes les institutions, auprès des décideurs administratifs et commerciaux avec les moyens actuellement à notre disposition.
On notera surtout que les méthodes d'apprentissage et d'enseignement utilisées ne nous ont pas préparé à la diversité linguistique des réseaux. Enseigner les langues avec l'Internet, ce n'est sans doute pas numériser les manuels de papier, ni même mettre en ligne les cédéroms existants : il convient à ce jour d'avancer d'autres pratiques, d'autres réflexions, d'autres créations qui permettent une meilleure intercompréhension. Le plurilinguisme comme valeur universelle amène enfin à s'interroger sur sa pertinence s'il n'est pas relié aux valeurs de liberté et de démocratie. A ce niveau - et à bien d'autres -, il a sans doute aussi ses risques et ses limites : il nous faudra mieux les cerner pour mieux le défendre.
La problématique francophone apparaît aujourd'hui aussi omniprésente dans les discours qu'évanescente sur le terrain. De nombreuses réunions au cours de ces dernières années - auxquelles nous avons eu l'occasion de participer - ont permis de le constater : il lui faut faire l'objet d'une prise en compte dans l'ensemble des champs éducatifs dans les meilleurs délais. Des expériences ont été menées de la sorte pendant plus d'un an, et ceci tant en présentiel qu'au travers de sites d'enseignement virtuel, résultat d'une réflexion globale sur l'apprentissage des langues sur Internet .
Une attention toute particulière a été ainsi portée aux activités de l'Agence de la Francophonie dans ce cadre et notamment au projet d'" Université Virtuelle Francophone ".
Notre bataille majeure demeure celle d'un accès libre et gratuit aux réseaux en des lieux publics ouverts à tous, une mise à disposition aussi et surtout de toute information et documentation culturelle de nature publique, même s'il s'agit aujourd'hui une préoccupation majeure de la plupart des institutions, que ce soit à l'échelle locale, nationale et européenne.
Il convient en somme d'élaborer une réelle stratégie citoyenne où disparaissent des hiérarchies d'un autre temps et des rapports archaïques entre services publics et entreprises privées. Il convient pour cela de susciter et encourager toutes les initiatives des acteurs du terrain.
D'autre part, le rôle du tissu associatif reste à définir en la matière. Il nous semble qu'un GIP " Associations - Entreprises - Technologies " devrait voir le jour au plus vite pour que le monde éducatif puisse profiter de l'exceptionnel potentiel d'informations et de savoir-faire rassemblé par les associations qui oeuvrent dans le domaine des technologies de la société de l'information.
Il convient en tout cas d'uvrer en tout cas tout au long de cette année pour faciliter une telle synergie.
Il s'agit en effet de créer une véritable entité de réflexion, de discution et d'évocation des expériences menées aujourd'hui un peu partout en Europe, dans la mesure où les cadres traditionnels s'avèrent pour cela la plupart du temps totalement inadaptés .