Les
espaces numériques de travail (ENT)
Classification
des projets et comparaisons internationales
Serge
Pouts-Lajus (Education & Territoires)
Cet article reprend une partie des analyses développées dans
l’ouvrage « Du cartable électronique aux espaces numériques de
travail » - La Documentation française, juin 2004, co-dirigé par Daniel
Kaplan (FING) et Serge Pouts-Lajus (Education & Territoires)
Le nom
donné aux ENT dit bien mal ce qu’ils sont. Dans l’ouvrage publié en juin à la
Documentation française par la Caisse des dépôts et consignation et la FING
(Fondation Internet Nouvelle Génération), l’ENT est situé dans l’histoire des
technologies éducatives comme un épisode nouveau et important. Un ENT est une
plate-forme commune d’échange et de coopération au service d’une communauté
éducative, celle constituée autour d’un établissement scolaire et qui rassemble
les enseignants, les élèves et leurs familles, les personnels non enseignants
et des partenaires extérieurs.
Pertinence
de la problématique des ENT
On
trouve aujourd’hui dans chaque collège et dans chaque lycée, des dizaines et,
dans les plus grands établissements, des centaines d’ordinateurs, fixes et
portables, regroupés dans des salles informatiques, des salles spécialisées de
technologie, au centre de documentation, dans les bureaux réservés aux
professeurs et à l’administration, dans les sacs à dos des élèves et des
enseignants. Pour faciliter l’administration de ces nombreux matériels, des
systèmes de câblage ont été installés qui permettent aux ordinateurs dispersés
dans les bâtiments de partager des ressources et d’échanger par un réseau, un Intranet,
dont le nom rappelle qu’il exploite les mêmes principes de traitement et
d’interface que l’Internet, devenu familier à tous. Ce réseau interne
permet aujourd’hui aux professeurs de nombreux lycées de saisir les notes de
leurs élèves depuis n’importe quel poste connecté par le réseau à un serveur
unique où toutes les notes sont enregistrées.
Dans
le même temps, les enseignants et les familles se sont eux aussi équipés et
connectés au réseau Internet à domicile, dans des proportions qui n’atteignent
pas 100% comme dans le cas des établissements scolaires mais qui l’approchent
de très près chez les enseignants et dépassent 50% chez les élèves de l’enseignement
secondaire, davantage encore chez les lycéens[1].
Enseignants
et élèves utilisent ainsi des ordinateurs dont certains sont situés à
l’intérieur des établissements et d’autres à l’extérieur. Pour un lycée de 1000
élèves par exemple, on aura environ 200 postes à l’intérieur et 800 à
l’extérieur (100 chez les professeurs, 700 chez les élèves). Si l’on tient
compte de ces données et de la distribution du temps de travail scolaire des
enseignants et des élèves entre l’extérieur et l’intérieur de l’établissement,
on arrive à la conclusion que les usages à l’extérieur ont augmenté au cours
des dernières années davantage que les usages
à l’intérieur et qu’il les ont, en volume, probablement dépassés. Dans
ces conditions, il devient normal, indispensable même, de faire évoluer l’Intranet
de l’établissement, c’est-à-dire le réseau des machines situées à l’intérieur,
vers ce que l’on appelle un Extranet, c’est-à-dire un réseau également
accessible à des ordinateurs situés à l’extérieur.
On
peut faire le même raisonnement et aboutir à la même conclusion en considérant,
non plus les machines mais les usages et les usagers. Les élèves et les
professeurs réalisent une partie de leurs tâches scolaires en utilisant des
ordinateurs situés à l’intérieur de l’établissement, une autre partie, plus
importante en volume, sur des postes, le leur ou d’autres utilisés
occasionnellement, qui sont tous situés à l’extérieur. Or, les tâches
scolaires, qu’elles soient d’enseignement ou d’apprentissage, doivent pouvoir
être suivies dans la continuité, c’est-à-dire être initiées à l’intérieur,
poursuivies à l’extérieur puis reprises à l’intérieur. Cette exigence de
continuité est facilement satisfaite lorsque le travail scolaire s’appuie sur
des instruments traditionnels tels que les livres et les cahiers qu’il suffit
de transporter avec soi dans un cartable. C’est plus difficile avec
l’ordinateur et les ressources numériques, devenus au cours des dernières
années des outils de travail ordinaires pour tous les professionnels du savoir,
les enseignants et les élèves en particulier. Répondre à l’exigence de
continuité des tâches scolaire avec ces nouveaux instruments, voila l’objectif
unique des environnements numériques de travail (ENT).
Il
importe de bien comprendre qu’ici, peut-être pour la première fois, les
technologies informatiques ne sont pas en avance sur des pratiques qu’elles
chercheraient davantage à susciter qu’à faciliter, mais bel et bien en retard.
Il n’existe aujourd’hui d’ENT qu’à l’état d’embryons expérimentaux alors que
les pratiques susceptibles de les exploiter s’ils étaient déjà disponibles
existent déjà en grand nombre. On peut même faire l’hypothèse que le retard
pris dans le déploiement des ENT freine celui des usages éducatifs des TIC.
Portée
des projets ENT actuels
Le
projet des ENT est, a priori, très ambitieux. Les services potentiellement
visés incluent en effet des services administratifs et techniques (gestion des
personnels, des bâtiments, des fournitures, etc.), des services de vie scolaire
(notes, absences, correspondance avec les familles, etc.), des services
documentaires (accès à des manuels, des encyclopédies numériques, des supports
de cours, etc.) et des services pédagogiques (publication à vocation
pédagogique, gestion des classes, etc.). Ils reposent tous sur ce que l’on
appelle un socle technique commun qui réunit des fonctions de base dont la plus
importante est un annuaire dynamique des utilisateurs reconnus de l’ENT, chacun
d’eux avec un profil qui lui donne accès à certaines fonctions et pas à
d’autres.
Plusieurs projets d’ENT sont actuellement en
préparation ou en cours de mise en œuvre, portés par des collectivités
territoriales et des services académiques en Ile de France, en Aquitaine, en
Picardie, en Alsace, en Lorraine et dans d’autres régions. Ils confrontent
leurs concepteurs et leurs responsables à toutes sortes de questions et les
amènent à prendre beaucoup de décisions. On pense d’abord à la technologie. Il
faut évidemment choisir entre diverses solutions techniques disponibles, qu’il
s’agisse du socle ou des services applicatifs. Les opérateurs industriels qui
voient, au-delà de ces projets, l’émergence d’un marché important, y sont très
attentifs. Mais l’avenir ne confirmera leurs intuitions et leurs espoirs que si
les projets ENT réussissent, ce qui n’est pas acquis d’avance.
Les
choix techniques sont importants. Mais il y a plus important encore ;
c’est ce que l’on pourrait appeler la stratégie de déploiement. Les projets ENT
ne peuvent en effet se déployer que progressivement. Si toutes les fonctions
possibles d’un ENT devaient être déployées simultanément, l’échec serait
certain. Aucune école dans le monde ne dispose aujourd’hui d’une plate-forme
rassemblant la totalité des services d’un ENT. En revanche, il existe des milliers
d’établissements scolaires, en particulier en France, où quelques-uns de ces
services sont disponibles et exploités régulièrement par une partie de la
communauté éducative, via un Intranet ou plus simplement un site Web, une liste
de diffusion. Ces applications et ces usages peuvent être considérés comme des
embryons d’ENT.
Le
déploiement des ENT peut se faire à partir d’une expérimentation dans quelques
établissements pilotes volontaires, avec quelques groupes d’usagers et quelques
services puis, sur la base de pratiques réussies dont les effets devront être
évalués, s’étendre à d’autres groupes d’usagers, à d’autres services et à
d’autres établissements. Les projets ENT peuvent aussi se déployer à partir
d’un ENT expérimental proposé à un grand nombre d’établissements qui restent
libres de s’engager et de choisir les services qui leur conviennent. Il existe
sans doute plusieurs stratégies de déploiement pouvant conduire au succès. Mais
on devine que l’imposition brutale à toutes les communautés éducatives d’une
solution globale non négociée mènera à coup sûr à l’échec.
Classification
des projets d’ENT par leurs dynamiques de déploiement
Le
paysage des projets d’ENT se met progressivement en place mais il n’est pas
encore stabilisé. Il est cependant possible de proposer une typologie qui
s’applique aussi bien aux projets français qu’aux projets étrangers qui peuvent
être assimilés à des projets ENT tels que nous les avons entendus ici, et d’en
tirer quelques enseignements.
Ces
projets ont tous en commun de s’adresser à des communautés éducatives et d’être
fondés sur l’utilisation des TIC. En dehors de ces deux traits fondamentaux,
ils présentent une très grande diversité, que ce soit dans les choix
stratégiques et fonctionnels, les partenariats, les technologies choisies ou
les publics visés. Si l’on veut éviter de se perdre dans un paysage foisonnant
qui deviendra, avec le temps et la multiplication des initiatives, de plus en
plus complexe, il est utile de s’armer de quelques principes simples de classement
qui aideront à comprendre ces projets en les confrontant à une grille d’analyse
commune.
La
classification que nous proposons part des projets eux-mêmes, des organismes et
des personnes qui sont à leur initiative et, surtout, de leur dynamique de
déploiement. Dans un premier temps, les paramètres technologiques sont laissés
de côté. Cette approche nous conduit à distinguer trois types de projets.
·
Les projets
communautaires locaux naissent et se
déploient à l’intérieur d’un établissement scolaire particulier en s’adressant
à la communauté scolaire attachée à cet établissement.
·
Les projets
territoriaux s’adressent
simultanément à un ensemble de personnes et de communautés scolaires sur un
territoire particulier (une ville, une région).
·
Les projets industriels s’appuient sur une solution technologique
particulière et cherchent à conquérir le marché des personnes et des
communautés scolaires, à l’échelle nationale ou internationale. Ils peuvent
émaner de grandes entreprises installées, de jeunes poussées créées autour de
ce marché ou d’essaimages de travaux universitaires.
Les
projets communautaires locaux
Les
projets communautaires locaux ont pour principale caractéristique de s’appuyer
sur un groupe de personnes déjà constitué en communauté de pratique. Les
usagers visés par l’ENT se connaissent et se rencontrent de façon quasi
quotidienne. L’ENT est une extension de leur espace de travail habituel. Pour
être efficace, il lui suffit de proposer des fonctions répondant à des besoins
réels et non satisfaits par les moyens disponibles jusqu’alors.
Il
existe deux types de projets communautaires locaux : les projets
d’établissement et les projets issus d’un enseignant, ou d’un groupe
d’enseignants.
Les
projets communautaires d’établissement
Il
s’agit de projets voulus et mis en œuvre par la direction d’un établissement
scolaire et impliquant la totalité des membres de la communauté éducative. De
tels projets sont encore rares mais ils commencent à émerger sous une forme
embryonnaire dans des lycées qui se sont dotés d’un Intranet et cherchent à
rendre certaines de leurs applications à l’extérieur de l’établissement. De
tels projets supposent que soient réunies au moins trois conditions :
-
un chef d’établissement
motivé, capable de s’impliquer dans la durée ;
-
des moyens financiers
significatifs ;
-
une forte autonomie de
décision et de gestion de l’établissement, notamment en ce qui concerne le
management des personnels.
Au
Royaume-Uni et aux Pays-Bas, pays où le niveau d’autonomie des établissements
et les moyens de gestion des directeurs sont étendus, les projets
communautaires de ce type sont plus fréquents que dans des pays comme la France
où les établissements, du moins dans le secteur public, disposent d’une
autonomie réduite. En France comme ailleurs, les établissements du secteur
privé se trouvent généralement dans des conditions plus favorables que ceux du
secteur public vis à vis de ce type de projets.
Les projets communautaires d’enseignants
Il
existe en France et dans d’autres pays des projets communautaires dont
l’initiative appartient à un enseignant ou à un petit groupe d’enseignants,
très impliqués à titre personnel dans les usages pédagogiques de l’informatique
ou l’innovation pédagogique. Le périmètre du dispositif se limite alors, du moins
au départ, à un sous-ensemble de la communauté scolaire : les enseignants
qui en sont à l’origine ou qui se sont portés volontaires pour le rejoindre et
les classes avec lesquelles ils travaillent.
Presque
par définition, ces projets sont plutôt centrés sur la dimension pédagogique
et/ou sur les fonctions d’échange et de production. Il ne s’agit pas, sauf
exception, d’espaces numériques de travail au sens de la définition du SDET
(Schéma directeur des environnements de travail). Leur généralisation au-delà
de l’établissement est difficile, mais leur impact dans l’établissement peut
être très grand.
Projets
communautaires : exemples, forces et faiblesses
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Projet communautaire d’établissement |
Projet communautaire d’enseignants |
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Exemples |
Ecole Saint-Joseph[2] (Québec) Lycée Charles de Gaulle de Muret[3] |
Collège de Keranroux (RASI)[4] |
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Forces |
L’ENT s’adresse à une communauté déjà constituée. |
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- L’ENT est riche de la présence de tous les membres de la communauté. - Le pilotage peut être rigoureux et suivi dans le temps. |
- C’est un projet peu coûteux. - La motivation des personnes est un gage de réussite du projet. |
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|
Faiblesses |
Certaines fonctions de l’ENT sont en concurrence avec les fonctions
d’échanges directs, toujours disponibles. De tels projets peuvent paraître
artificiels, réservés aux « mordus » de la technologie. |
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|
- C’est un projet coûteux pour un établissement. - C’est un projet imposé ; les risques d’échec sont importants. |
- Les enseignants porteurs du projet s’épuisent. - Le projet introduit une inégalité dans l’établissement. |
|
Les projets territoriaux
L’initiative
d’un projet territorial provient d’une structure institutionnelle ayant la
responsabilité de la gestion d’un groupe d’établissements scolaires situés sur
un territoire donné. En France, cette structure institutionnelle peut être une
autorité académique rattachée à l’Éducation nationale (Rectorat, inspection
académique) ou une collectivité locale : commune, structure
intercommunale, Département ou Région. Depuis les lois de décentralisation de
1983, l’Etat n’est plus responsable des projets d’équipements et d’aménagement
touchant les établissements d’enseignement secondaire. Il intervient plutôt en
tant que régulateur et coordinateur des actions locales, comme il le fait avec
les « schémas directeurs » en matière d’informatique,
d’infrastructures ou d’environnements de travail.
En
Allemagne, en Espagne, au Canada et aux États-Unis, pays fortement
décentralisés, les autorités locales sont, comme en France, responsables des
bâtiments scolaires, de leurs construction et de leur entretien ; mais
elles sont également les employeurs des enseignants. C’est au niveau des
régions ou Etats que se prennent, dans ces pays, l’essentiel des décisions en
matière de politique éducative.
Les
projets territoriaux s’adressent d’emblée à plusieurs établissements (de
quelques unités à plusieurs centaines), à plusieurs communautés éducatives.
L’approche est par nature englobante. Dans certains cas, elle est progressive
et ne concerne au démarrage qu’un nombre limité d’établissements volontaires.
Mais le plus souvent, les projets territoriaux visent simultanément tous les
établissements concernés du territoire et tous les membres des communautés
éducatives associées.
L’analyse
des cas identifiés conduit à distinguer deux types de projets :
-
les projets qui s’adressent de
façon prioritaire aux individus ;
-
les projets qui s’adressent de
façon prioritaire aux communautés éducatives constituées.
Les
projets territoriaux à dimension individuelle
Les
fonctions des ENT lancés par des collectivités territoriales s’adressent le
plus souvent directement aux individus, élèves et enseignants par exemple, sans
nécessairement exiger a priori l’adhésion de tous les membres d’une communauté
éducative particulière. Dans un même établissement, certains enseignants
pourront fréquenter l’ENT et d’autres non, sans que cela pose de problème, ni
pour la communauté éducative locale, ni pour l’ENT.
Il en
va de même pour les services proposés aux élèves : compléments éducatifs,
aides en ligne, services de tutorat peuvent être offerts sur une base
individuelle, indépendamment du degré d’implication des enseignants ou des
autres élèves de l’établissement.
Ces
services peuvent également être proposés sur une base plus collective dans le cadre
d’établissements et de classes, ou encore d’une façon plus transversale, par
exemple pour des activités d’accompagnement de la scolarité. L’approche
individualiste dans les projets territoriaux n’interdit donc pas qu’à un
certain niveau, la segmentation par classes et établissements puisse être prise
en considération ; mais elle n’est pas forcément structurante pour le
projet.
Les
projets territoriaux à dimension communautaire
A
l’inverse, il existe des projets territoriaux structurellement fondés sur les
communautés éducatives existantes. C’est notamment le cas des projets associés
à une politique d’équipement individuel d’élèves avec des ordinateurs
portables : tous les élèves d’une classe, d’un niveau scolaire ou d’un
établissement, ainsi que leurs enseignants, doivent être équipés pour qu’un tel
projet soit possible.
La
plupart des projets d’ENT centrés sur les applications de vie scolaire sont des
projets territoriaux communautaires. Du fait des enjeux de rationalisation de
la gestion de l’établissement, il est en général attendu qu’à relativement
court terme (2 ou 3 ans), l’ensemble des acteurs impliqués dans la production
de données de vie scolaire s’intègrent dans les nouveaux systèmes d’information
mis en place. Il est par exemple difficile d’envisager un système de gestion
des notes en ligne auxquels certains refuseraient de participer.
Projets territoriaux :
exemples, forces et faiblesses
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Projet territorial
individuel |
Projet territorial
communautaire |
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Exemples |
Département du Rhône[5] EDU365[6] (Catalogne) et la
plupart des projets espagnols et américains Projet SkoleKom[7] (Danemark) |
Départements des Landes[8] et des Bouches du Rhône[9] Argos (Aquitaine)[10] Besançon.clic[11] Numa (Languedoc-Roussillon)[12] Etat du Maine[13] (USA) |
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Forces |
Il dispose de moyens importants Il s’appuie sur une volonté politique forte qui le légitime. |
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- Il peut se déployer progressivement. - Il s’appuie sur les individus les plus mobilisés qui peuvent inciter
et entraîner les autres. |
- Il profite du dynamisme et de la cohésion de communautés
constituées. |
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Faiblesses |
C’est un projet imposé par le haut Il peut contrarier les dynamiques locales. |
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- Il peut être perçu comme un projet réservé aux individus les plus
motivés. - Il affaiblit la cohésion des communautés constituées dans lesquelles
il introduit des disparités. |
- C’est un projet difficile à mettre en œuvre et donc risqué. - Il est contraignant pour les individus. |
|
Les
projets industriels et économiques
La
logique des projets industriels est celle de la conquête de marchés. Leurs
initiateurs visent le marché des communautés éducatives, au niveau régional,
national ou international, selon les capacités commerciales et les ambitions
des organisations qui les portent. Ces projets visent à s’intégrer dans
des projets territoriaux, au départ à titre expérimental ou exploratoire, ainsi
que dans des projets communautaires particuliers.
Certains
de ces projets émanent d’entreprises installées, éditeurs scolaires notamment.
D’autres sont développés à partir de laboratoires universitaires et ont
vocation à essaimer sous forme d’entreprises : l’EEV (Etablissement
d’Enseignement Virtuel) de l’université Louis Pasteur de Strasbourg et le Cartable
électronique de Savoie sont les deux représentants de cette
catégorie. Enfin, une troisième catégorie est constituée de jeunes
entreprises telles qu’Infostance et le britannique Schoolmaster
ou de PME spécialisées telles que Jériko. Notons que les plates-formes
américaines, telles que BlackBoard, sont encore peu implantées en Europe
et pas du tout en France.
L’approche
industrielle est tout aussi légitime, voire nécessaire, que les
précédentes : les éditeurs scolaires sont parties intégrantes de la
communauté éducative au sens large, et les plates-formes matérielles et
logicielles de base seront toujours, dans la majorité des cas, fournies et
maintenues par des entreprises privées.
Les
exemples connus de projets industriels permettent de distinguer deux
catégories :
-
les projets qui abordent le
marché sous l’angle des matériaux pédagogiques (manuels scolaires, documents
pédagogiques, modèles de cours et d’activités, banque de données d’exercices,
etc.) ;
-
les projets qui abordent le
marché sous l’angle des plates-formes d’échange et de coopération à destination
des communautés éducatives.
Les
deux approches ne sont pas exclusives ; elles sont même complémentaires et
ont vocation à se développer en partenariat ou à s’enrichir chacune de la
composante qui lui fait défaut.
Projets industriels et
économiques : exemples, forces et faiblesses
|
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Projet fondé sur les matériaux pédagogiques |
Projet centré sur une plate-forme communautaire |
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Exemples |
Cartable électronique Bordas-Nathan i-Manuel et i-Cartable (Editronics[14]) Santillana en Red[15] (Espagne) |
Cartable électronique de l’Université de Savoie EEV (ULP Multimédia) Scolastance (Infostance) Espaces Net (Jériko) Projet « Espace scolaire » (Unilog, Sun, Bordas-Nathan) |
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Forces |
C’est un projet « clef en main » conçu par des
professionnels (de l’édition ou de l’informatique) et porté par une équipe
motivée. |
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- Il s’appuie sur des savoir-faire éprouvés (production de matériaux
pédagogiques). - Il vise les enseignants ordinaires avec des scénarios d’usages
familiers (liés au manuel scolaire). |
- Il se prête bien à l’expérimentation. - Il est pédagogiquement neutre, adaptable aux pratiques des
enseignants, respectueux de leur liberté de choix. |
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Faiblesses |
C’est un projet risqué sur un marché sans visibilité. |
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- C’est un projet coûteux en développement (matériaux pour diverses
disciplines à divers niveaux). - Les enseignants peuvent hésiter dans la mesure où les bénéfices
pédagogiques du multimédia par rapport au manuel papier ne font pas
l’unanimité. |
- Il demande un fort investissement de la part des enseignants. - Les premiers produits sur le marché sont portés par des petites
équipes et peuvent rencontrer des difficultés pour passer à l’échelle. - Les produits proposés par des entreprises installées (le plus
souvent américaines) sont coûteux et relativement fermés. |
|
Les ENT dans le monde, une analyse comparative
L’organisation interne des systèmes éducatifs nationaux
conditionne en partie leur capacité d’innovation technologique et pédagogique,
essentielle pour les projets d’ENT. Parmi les multiples facteurs entrant en
ligne de compte, celui relatif au niveau d’autonomie des établissements
scolaires et des acteurs locaux de l’éducation est l’un des plus importants.
Dans les pays du Nord de l’Europe, Danemark et Pays-Bas, les chefs
d’établissement disposent d’importantes marges de manœuvre en terme de budget,
d’organisation et de gestion des personnels pour lancer des projets et
mobiliser leurs équipes. En Allemagne, en France et en Espagne, le niveau
d’autonomie des établissements est beaucoup plus faible ; il est notamment
limité par des exigences élevées d’homogénéité du service éducatif, au niveau
régional en Allemagne et en Espagne, national en France. Dans ces pays, ce sont
les enseignants bien plus que les chefs d’établissement ou les responsables
administratifs qui sont considérés comme les acteurs clés pour les projets
d’ENT, ce sont eux que les porteurs de tels projets s’efforcent de mobiliser.
Le substrat social et culturel dans lequel les écoles sont
immergées joue également un rôle important. De ce point de vue, les Etats-Unis
semblent se trouver dans la situation la plus favorable. On y rencontre
certains des projets d’ENT et de cartables électroniques les plus innovants sur
le plan technologique mais aussi sur celui des intentions pédagogiques. L’analyse
comparative montre cependant qu’aucun des pays étudiés ne peut se prévaloir
d’une situation qui serait globalement plus favorable que celle des autres.
Chaque pays dispose d’atouts et de handicaps qui s’équilibrent. Un niveau élevé
d’autonomie des établissements facilite le lancement de projets innovants car
il donne les moyens aux chefs d’établissement d’entraîner les équipes
pédagogiques. Mais c’est aussi une gêne lorsqu’il s’agit de déployer un
dispositif dans plusieurs dizaines d’écoles sur un même territoire. Par
ailleurs, aux Etats-Unis comme dans tous les pays, les enseignants restent des
acteurs décisifs qu’il faut former et surtout convaincre de l’intérêt des
projets qui leur sont proposés.
Le montage des projets
d’ENT est souvent complexe. Il s’appuie sur des partenariats entre acteurs
publics et privés aux modalités variables selon les pays : soutien à
l’initiative privée (Pays-Bas) ; reprise par une structure publique de
l’exploitation de projet issus d’initiatives privées ou communautaires
(Danemark) ; conditions contractuelles avantageuses accordées aux
autorités publiques par des entreprises privées (Etats-Unis)...
La mise en place de dispositifs de concertation est
particulièrement utile lorsque le système éducatif repose sur une forte
hiérarchisation des compétences entre l’administration centrale et les
collectivités territoriales ou lorsque les compétences sont réparties entre
différents niveaux d’acteurs intervenant sur un même territoire, ce qui est le
cas en France plus qu’ailleurs. Dans les pays où la même entité régionale est
investie de la quasi-totalité des responsabilités en matière d’éducation
(Espagne, Allemagne, Etats-Unis), des projets plus importants sont susceptibles
d’émerger ou de se déployer de manière très rapide ; à l’inverse, il
existe alors assez peu de contrepoids face à l’inertie de l’autorité en place
ou à des choix erronés.
ENT ou équipement informatique ?
Des ordres de priorités différents selon les pays et
les acteurs
Dans plusieurs pays (Danemark et Canada notamment),
l’équipement informatique et le raccordement des établissements scolaires ne
font plus partie des orientations gouvernementales prioritaires, sauf en ce qui
concerne les zones géographiques les plus isolées. Par ailleurs, on ne
rencontre pratiquement nulle part des politiques d’équipement des familles, du
moins en liaison avec des projets de type « cartable électronique». Au
Canada et en Suède, les mesures financières d’aide à l’équipement et au raccordement
des familles sont interrompues depuis quelques années et n’ont jamais été
conçues en relation avec un projet éducatif.
En dehors de la France, seules certaines autorités publiques
locales aux Etats-Unis continuent de mener des projets reposant sur l’équipement
individuel des élèves (Etats du Maine et de l’Illinois). Plusieurs facteurs
expliquent, au moins partiellement, cette exception qui peut sembler paradoxale
dans un pays très équipé et libéral : un relatif retard de certaines régions
par rapport au reste du pays, l’intérêt qu’un élu peut avoir à développer ou à
soutenir un projet populaire, une intéressante opportunité de partenariat avec
un industriel du secteur de l’informatique, etc.
Compte tenu de l’importance et du caractère sensible des
projets d’ENT, on pourrait s’attendre à ce que les projets se développent de
manière progressive au travers d’étapes d’expérimentation, d’évaluation et de
déploiement. La réalité est très différente. Les expérimentations sont
fréquentes mais soit, elles ne sont pas évaluées de façon rigoureuse, soit la
décision d’interrompre ou de généraliser est prise avant même que les résultats
de l’évaluation soient connus et analysés.
Les déploiements les plus importants ont pour origine, soit
le succès inattendu d’un projet qui se répand tout seul (Cas de SkoleIntra
ou de SkoleKom au Danemark), soit la décision unilatérale d’une autorité
politique qui décide de lancer le projet de façon assez soudaine et
volontariste, sans étude préalable des besoins (cas du Maine au
Etats-Unis).
De ce rapide voyage, nous revenons forts de deux constats
apparemment paradoxaux. D’un côté, le besoin se fait partout sentir d’unifier,
de faciliter l’usage des outils et des ressources numériques et par là, d’en
enrichir l’utilisation : l’intuition sous-jacente au concept d’ENT s’avère
juste ou au moins partagée. Mais de l’autre, aucun modèle dominant ne s’impose
: les stratégies, les pratiques, les modalités de déploiement, les choix
techniques et fonctionnels, sont presque aussi nombreux que les projets
rencontrés. Il n’existe pas de « Mecque » de l’ENT ni du cartable électronique.
Références
« Du cartable électronique aux espaces
numériques de travail » - La Documentation française, juin 2004
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/catalogue/9782110056061/index.shtml
Sur le site du ministère de l’Education
nationale :
http://www.educnet.education.fr/equip/ent.htm
Sur le site de la FING :
http://www.fing.org/index.php?num=5062,1
[1] Une enquête réalisée en septembre 2004 dans un lycée ordinaire d’Ile de France donne les résultats suivants pour les équipements domestiques des lycéens : 97% ont un PC, 86% connectés à Internet et 75% par l’ADSL.
[2] http://cyberportfolio.st-joseph.qc.ca/
[3] http://www.cyberlycee.net
[4] http://rasi.ago.fr/
[5] http://laclasse.com/
[6] http://www.edu365.com/
[7] http://forside.skolekom.dk/
[8] http://www.landesinteractives.net
[9] http://ordina13.cg13.fr/
[10] http://www.ac-bordeaux.fr/argos/
[11] Voir sur le site de la ville : http://www.besancon.fr
[12]http://pedagogie.ac-montpellier.fr/tice/3.htm
[13] http://www.state.me.us/mlte/
[14] La société Editronics, créée par Stéphane Gaultier en 2000, a été contrainte de cesser ses activités au début de l’année 2004. Le i-cartable a été repris sous la forme d’un projet en Open Source.
[15] http://www.santillana.es/proyectosEnRed/proyecto.htm