Mon
ami Robin
J'étais en
ce jour froid de septembre un petit garçon tout à fait normal. J'avais six ans et j'allais
rentrer au CP. J'avais
peur, en effet, mon frère et ma sœur avaient trois ans, des jumeaux en plus.
J'avais la terrible impression d’être oublié, abandonné, mes frangins avaient à eux seuls canalisé toute l'attention de mes parents
et encore pire, je
n'avais pas d'amis et l'ennui me gagnait chaque jour un peu plus.
J'entrais
en classe et pendant qu'ils se chamaillaient tous, je remarquai un tout petit garçon,
assis seul dans un coin de la classe, il avait peur, tout comme moi il avait
peur. Dans mon école, tout était petit, une école de trois classes qui allaient
de la maternelle au CM2 et environ quatre-vingts élèves ; tout était si petit
mais pour lui tout lui semblait si grand, imaginez-vous un instant dans un
monde peuplé d'hommes dont le plus petit mesurait deux mètres et vous ressentirez ce qu'il ressentait.
Le cour
commença, tout me paraissait facile, fade. En effet, je savais déjà lire ; du moins je
savais déchiffrer son par son, je m'ennuyais.
A la
récréation, nous sortîmes dans la cour, l'air était froid et les fenêtres couvertes de buée.
Alors je vis ce petit garçon, il était assis là dans un coin, seul. Les autres enfants jouaient, certains pleuraient. Je
le rejoignis sous le tilleul principal, je lui demandai son nom, il se tut, je
lui demandai à nouveau, fort cette fois, et il me répondit de sa petite voix :
Robin.
Nous nous
revîmes à la récréation de midi, le temps s'était radouci et les nuages
maculaient le ciel de petites taches blanches. J'entamai la conversation et nous parlâmes des métiers de nos parents, il ignorait la profession de son père mais sa mère
commerçait des parfums
et travaillait à la maison, je l'enviais ; et oui depuis que mon père était avocat, je ne le
voyais que le week-end.
Nous étions donc assis à parlotter gentiment
quand deux grands CM2
vinrent nous embêter ;
-« Alors les minus, qu'est-ce que vous
foutez c'est «
not’ » coin ici ! »
-« La récré est à tout le monde » répliquai-je
d'un ton ferme »
-« Ouais,
c'est ça, me dit-il. Dégagez ou on va être obligés de vous faire mal. »
Nous
partîmes donc, furieux de n'avoir pas su nous défendre.
Plus tard dans l'après-midi, nous vîmes les
deux CM2 qui nous avaient embêtés, se faire disputer par une maîtresse.
-« Yannick, c'est trop, tu as encore
bousculé un petit dit-elle.
-Mais...
-Il n'y a pas de « mais » qui tienne, tu
passeras la récréation
sur le muret blanc avec moi ! ».
Je ris intérieurement.
Le soir dans mon lit j'étais content, les
injustices avaient été
réparées et surtout, j'avais un ami, un excellent ami.