Texte
en discussion
Thèse de doctorat en Sciences de linformation et de la communication soutenue publiquement par Alain Chaptal le 8 décembre 1999 à l'université ParisX Nanterre.
Jury :
Résumé :
Jusquici, lhistoire des technologies éducatives se caractérisait par une succession de cycles ne dbouchant que sur des usages limits. La question de leur efficacit tait mal pose. DÕune part, elle prenait racine dans une conception industrielle totalement dpasse. DÕautre part, elle s'tait essentiellement efforce d'apporter une preuve comparative purement quantitative, que la complexité et l'imbrication des facteurs rendait illusoire. Aujourd'hui, elle s'efface devant la nécessité, pour le système éducatif, de sadapter, comme il la toujours fait, aux changements de la société.
Lenjeu est important car, contrairement aux cycles précédents, les outils de la pédagogie sont désormais aussi ceux grâce auxquels la société crée ses richesses. Or, fait radicalement nouveau, ces technologies sont devenues, grâce à lunification numérique, des technologies de matrise personnelle de l'information. Elles permettent l'adaptation des ressources aux besoins spcifiques de chaque enseignant et sÕadaptent tous les styles pdagogiques, crant les conditions d'un saut qualitatif au niveau des pratiques.
Si une masse critique déquipements autorisant la banalisation des pratiques semble en voie de constitution, la situation demeure toutefois encore fragile, incertaine. Les risques de retour en arrière existent si les usages ne se développent pas rapidement. Ce sont dÕabord les enseignants quÕil faut convaincre, en nÕoubliant pas quÕils sont d'ores et dj soumis des contraintes fortes dans leur action quotidienne.
Le changement ne pourra être que progressif.
Il ne semble pas réaliste d'exiger des enseignants une
Òdouble innovationÓ, changeant simultanment
de rle et dÕoutils. Par contre, des services et dispositifs
facilitateurs, accompagnant les enseignants dans cette volution,
apparaissent ncessaires, selon une dmarche globale
dingénierie éducative. A ces conditions, le
temps des technologies éducatives paraît enfin venu.
Until recently, educational technologys history has experienced a succession of technological cycles leading only to limited use. The efficiency issue was not properly stated. First, it had roots in a totally out of date industrial model. Secondly, it identified itself with desperate efforts to find quantitative evidences of a comparative advantage, when the complexity and the number of intricated factors made outcomes far from certain.
Unlike previous cycles, the stake seems higher now, since pedagogical tools are also those with which is predomiantly built the richness of our society. This is being reinforced by another radically new aspect. Due to the digital unification, educational technologies are now technologies of personal control of information. They can accomodate any pedagogical style and give to each teacher the ability to adapt resources to his or her specific needs. Therefore, conditions for a qualitative step in practices have been created.
A critical mass of equipment enabling pervasive use seems about to be reached but the situation remains fragile and full of uncertainty. Significant risks do exist if the use of technology doesnÕt develop quickly, accompanied by a resulting backlash in both perception and purposes. Teachers are gatekeepers. They have to be convinced first, but one should not forget that they already are under pressure in accomplishing their everyday activity.
Change would only be a progressive one. It doesnt not seem realistic to ask teachers to shoulder twice the workload concerning both methods and tools. They desperately need support services targeted to save time and effort and to make easier the use of educational technologies, according to a holistic approach called Ôingenierie educativeÕ. Under such conditions, the time for educational technology may have come.
Key Words
Educational Technology; Information and Communication Technology; School; Efficiency; Use; Audiovisual; Multimedia; Computer; Internet;
Lhistoire des technologies éducatives est constituée dune série de cycles. Lactuel mouvement déquipement croissant des établissements en technologies dinformation et de communication, constaté depuis une quinzaine dannées, soulève une question centrale, celle de lÕefficacit des technologies ducatives, doublement formule :
Lhypothèse sous-jacente à cette thèse est quil ne sagit pas dun cycle de plus et que lunification numérique des technologies constitue un changement fondamental. Tant la nature des évolutions auxquelles nous assistons que leur impact sur la société en gnral, que le contexte thorique et pratique dans lequel elles sinscrivent, tout comme lévolution de la dimension économique de la productivité pédagogique suggèrent un changement de paradigme. De ce point de vue, cette fin de siècle, marquée par lentrée dans la société de linformation, semble traduire une rupture significative par rapport aux situations antrieures.
S'il existe, effectivement, des indices qui incitent à considérer comme possible une telle rupture avec les modèles antérieurs, il en existe d'autres, annonciateurs de la fragilit de ce mouvement qui apparat doublement incertain, quant aux rapports de force qui lui sont favorables et quant aux directions susceptibles d'tre empruntes par cette volution qui s'esquisse sous nos yeux.
Il paraîtrait donc totalement erroné d'envisager une quelconque inéluctabilité de cette dernière. Bien au contraire, et cest précisément tout lenjeu de la période actuelle du point de vue de la médiatisation de léducation, les risques dun résultat identique aux cycles prcdents existent et semblent aussi importants que les potentialités entrevues. Un certain nombre de conditions apparaissent nécessaires, pour que les évolutions structurantes puissent sengager. Si elles ne sont pas prises en compte, le danger dun fort mouvement de retour en arrière, aux consquences graves pour le devenir du systme ducatif, est rel.
Ces conditions sont, dabord, fondées sur une histoire et une culture des technologies éducatives quil faut réinterroger. Ceux qui ignorent le passé se condamnent à commettre les mmes erreurs que leurs prdcesseurs. LÕanalyse historique des volutions significatives des technologies ducatives est donc un pralable indispensable, dÕautant plus ncessaire que les schmas d'introduction de ces technologies sont trs influencés par le modèle américain et que lhistoire de ce pays, de sa culture particulière, des nombreuses innovations technologiques qui y ont été expérimentées tout comme des problématiques qui y ont été posées est une question en soi. Il est surprenant quen France, parmi les élites dirigeantes, lhistoire de lAntiquité soit plus familière que celle des cent cinquante dernières années de lAmérique du Nord, alors même que limportance économique, politique, stratégique de celle-ci est sans commune mesure avec celle-l.
Larticulation déclairages divers et complémentaires
Pour valider lhypothèse de la thèse, il convient de commencer par mesurer ce que la notion de cycles peut avoir de fondé et de dépasser, en la mettant en évidence, la bienheureuse amnsie qui semble caractriser le domaine. Pour cela, le premier chapitre analyse le caractre unique de lÕexemple amricain, soulignant certaines de ses spcificits telles que le rle de la pression sociale, du complexe militaro-industriel ou des associations professionnelles, distinguant les étapes marquantes de leur évolution.
Le second chapitre montre combien les initiatives françaises, dont il trace un panorama comparatif, se sont, depuis les origines, généralement situées dans la filiation dexpériences amricaines, malgr des profondes diffrences de culture pdagogique.
Le troisième chapitre analyse le contexte théorique dans lequel sintègrent ces tentatives, en montrant comment lon est progressivement passé dune approche pragmatique à la recherche de plus en plus systématique dune assise scientifique reposant sur une thorie unifie, avant de revenir une approche discontinue, plus modeste, renouant avec le pragmatisme originel et faisant son miel dÕune diversit de thories dÕapplication locale.
Le quatrième chapitre interroge cette notion defficacité dans le contexte économico-social qui détermine profondément la nature des questions posées. Il permet de dégager les principales problématiques soulevées par cette approche et den identifier les diverses dimensions historiques, thoriques, technologiques et sociales.
Le cinquième chapitre revient sur cette notion de productivité pédagogique qui est au coeur de la problématique de lefficacité et, replaçant celle-ci dans sa dimension historique, il montre dans quelle mesure cette question est mal pose et ignore le nouveau contexte issu des volutions actuelles.
Le sixième chapitre analyse ces évolutions du point de vue des technologies pour mettre en évidence les facteurs qui permettent de valider lhypothèse de lémergence dune situation radicalement nouvelle et donc, corrélativement, du caractère jusquà présent immature ou incomplet des technologies mises en oeuvre. On y insiste sur les consquences nouvelles issues du fait que dsormais, et pour la première fois, les technologies éducatives sont à la fois celles sur lesquelles la société crée ses richesses mais, également des outils de maîtrise personnelle de linformation, à mêmes de sadapter à tous les styles pédagogiques, concrtisant, ainsi, le rve quasi centenaire des pres-fondateurs de la technologie de lÕducation.
Enfin, les deux derniers chapitres, sont
consacrés aux conditions minimales nécessaires pour
la réalisation des potentialités offertes par des
outils qui sadaptent dsormais tous les modles
pdagogiques. On sÕy interroge sur les principes qui,
la lumire des expriences passes et prsentes,
devraient guider les politiques actuelles, en plaidant pour la
mise en place de mcanismes dÕaccompagnement des volutions
et pour la généralisation dune approche intégrée
définie comme une ingénierie éducative.