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Machines pour apprendre

Serge Pouts-Lajus
Article paru dans Visa, revue de la Cité des Sciences et de l'Industrie en préambule à la prochaine exposition "Désir d'apprendre" à partir du 23 novembre.

Une promesse

Les ordinateurs rendent-ils intelligents ? Les CD-ROMs font-ils réussir les élèves en difficulté ? Internet permet-il d'apprendre tout au long de sa vie ?

A ces questions brutales et un peu naïves, personne, bien sûr, n'osera répondre oui. Comment croire en effet que les problèmes de l'éducation puissent être résolus par des dispositifs techniques ? Les technologies de l'information et de la communication n'ont pas de tels pouvoirs. Pourtant, spécialiste ou non, chacun sent que ces nouveaux arrivants disposent de capacités qui les prédisposent à l'exploitation pédagogique : comme le livre, ils sont des supports pour la diffusion de textes et de documents ; comme la radio, la télévision et le cinéma, ils transmettent des sons et des images animées ; en tant que machines automates enfin, ils sont capables d'interactivité. Si bien que les ordinateurs arrivent dans les familles et dans les établissements scolaires chargés d'une promesse : celle d'être des instruments avec lesquels nous pourrons apprendre mieux, plus vite, plus facilement et peut-être plus agréablement. Cette promesse sera-t-elle tenue ?

Déjà, dans les années 60, les premiers ordinateurs avaient retenu l'attention des béhavioristes, représentants d'un courant de pensée alors très influent aux Etats-Unis. L'un d'eux, B. F. Skinner, crût alors tenir avec l'enseignement programmé, basé sur le conditionnement du sujet par le jeu des stimulus-réponses, une technique d'enseignement et d'apprentissage qui " marcherait à tous les coups ", quels que soient le niveau, les capacités cognitives et le profil psychologique de l'élève. Mais même avec le secours des ordinateurs, la promesse de l'enseignement programmé ne sera pas tenue et le béhaviorisme finalement abandonné.

Faire évoluer les méthodes éducatives

Depuis l'époque de Skinner, le contexte social et culturel dans lequel se pose la question de la contribution des technologies à l'éducation des enfants et à la formation des adultes a évolué et, plus encore, les technologies elles-mêmes. La promesse d'une machine universelle d'enseignement a été oubliée et, avec elle, le rêve de rationalisation de la pédagogie. Mais dans un monde qui change, les méthodes éducatives, elles aussi, de toutes parts, sont pressées d'évoluer. Si bien qu'aujourd'hui, le danger qui nous guette est le même qu'il y a trente ans : croire que la solution nous viendra de la machine.

Skinner n'était pas moins fasciné par les ordinateurs de son époque que nous le sommes aujourd'hui par Internet…

Si les méthodes éducatives doivent évoluer, ce ne peut pas être pour faire de la place à de nouvelles machines mais pour répondre à des exigences sociales et culturelles différentes. Les ordinateurs multimédias et le réseau Internet ne sont pas la finalité de cette évolution. Par contre, ils sont susceptibles de lui apporter un soutien décisif. Comme poste individuel hors-ligne, l'ordinateur a fait la preuve, à de nombreuses occasions, qu'il pouvait être un remarquable outil de travail et d'apprentissage pour l'élève, l'étudiant, l'adulte en formation : que l'on songe aux multiples usages du traitement de texte dès l'école primaire, aux outils d'expérimentation mathématique comme Cabri-Géomètre, aux logiciels d'apprentissage de la lecture comme Elmo, puis Elsa, aux simulateurs pour la formation des pilotes. Ici, la condition d'efficacité de la machine, c'est d'être mise dans les mains de celui qui apprend pour l'aider à atteindre ses buts.

Enfin, vint l'Internet…

Avec Internet, les technologies sont aujourd'hui porteuses d'une nouvelle promesse. Chez un individu, le désir d'apprendre est toujours lié à un désir de socialisation. Internet, parce qu'il est un outil très ouvert de mise en relation des personnes, fait naître de grands espoirs du côté de l'enseignement à distance : rapprochement de l'élève isolé et de son tuteur, constitution de communautés virtuelles d'apprentissage. Mais il faudra attendre que des pratiques convaincantes se développent, ce qui n'est pas encore le cas aujourd'hui, pour dire si ces espoirs sont fondés. Par contre, il n'est pas nécessaire d'attendre pour constater que dès aujourd'hui, les professeurs de l'enseignement primaire et secondaire s'emparent d'Internet avec un bel appétit pour échanger entre eux, par niveaux et par disciplines, sur leurs pratiques de classes afin de mutualiser leurs connaissances et leurs expériences. Puisqu'il s'agit de faire évoluer les méthodes éducatives, il est bien normal que les premiers à se poser la question soient les enseignants. Or, nul n'est capable aujourd'hui de leur dire comment il faudrait qu'ils enseignent, dès lors que les méthodes dites traditionnelles sont remises en cause. Internet se présente alors comme un instrument très efficace pour la création collective de nouvelles modalités d'enseignement.

L'éducation et la formation sont aujourd'hui engagées dans un profond processus de changement. Les technologies d'information et de communication n'en sont certes pas le moteur principal mais, sans conteste, elles pourraient être un instrument capital de sa réussite.


ote@worldnet.fr

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