Editorial
par Serge
Pouts-Lajus
Les technologies d'information et de communication sont porteuses d'une nouvelle vision de l'éducation et de la pédagogie qui se veut moderne, par opposition à une autre vision, désignée comme traditionnelle, devenue inefficace parce qu'inadaptée à un monde qui change. Aux anciennes méthodes qui reposaient sur la transmission du savoir par un enseignant/expert, maître de la relation pédagogique, devraient être substituées des méthodes nouvelles où c'est l'élève qui occupe le centre et construit ses connaissances par l'action.
Chacun connaît ce raisonnement. Mais correspond-il bien à la réalité ? Et surtout, les enseignants peuvent-ils s'y reconnaître ?
Si l'école d'aujourd'hui est traditionnelle, elle ne l'est évidemment pas de la même façon d'un pays à l'autre, d'une culture à l'autre. On n'enseigne pas et, donc, on n'apprend pas les mêmes choses de la même façon dans les écoles de Manchester et dans celles de Lisbonne. Les identités culturelles qui s'ancrent dans l'histoire marquent les institutions éducatives plus que toute autre ; elles fondent la tradition éducative d'un pays ; elles modèlent les relations entre les adultes et les enfants, entre les élèves et le savoir.
Ces identités vont-elles se réduire et se fondre sous l'effet de la diffusion des technologies ? Les pratiques pédagogiques qui sont aujourd'hui si différentes de Paris à Berlin vont-elles converger vers cet idéal commun d'une école active, collaborative et ouverte sur le monde ? Personne ne peut croire cela. Les différences dans les contenus, les méthodes et les styles survivront aux technologies. L'école de demain sera sûrement active, collaborative et ouverte sur le monde - ne l'est-elle pas déjà beaucoup plus qu'on ne le dit ?-, mais elle ne le sera pas de la même façon à Oslo qu'à Athènes.
Les enseignants d'aujourd'hui peinent à adhérer à un idéal qui leur semble abstrait parce qu'il se prétend universel et fait trop peu de cas de ces identités culturelles auxquelles ils sont, à juste titre, attachés. Dans ces conditions, l'intégration des technologies dans l'éducation et l'évolution des méthodes ne pourra aboutir que dans des formes différenciées qui sauront tenir compte des identités culturelles régionales.
Pour réussir, il faudra être, en même
temps, moderne et traditionnel.