ote2.gifEditorial par Serge Pouts-Lajus


Le portail et le café

D'un côté : le portail de l'éducation produit par la filiale d'édition du groupe international Vivendi-Universal-Publishing dont la naissance a été annoncée avec fracas le 12 février dernier dans le cadre du Milia par deux de ses dirigeants, Jean-Marie Messier et Agnès Touraine. Adresse : education.com.

De l'autre : le café pédagogique animé par une équipe d'enseignants qui réalisaient jusqu'à présent la revue Epi.net ; François Jarraud en a discrètement levé le volet pour la première fois le 27 mars à l'adresse : cafepedagogique.net

Le rapprochement entre ces deux initiatives, incomparables par les moyens dont elles disposent et les ambitions qu'elles affichent, peut paraître incongru. Le portail de Vivendi voudrait devenir un immense marché où parents, enfants et enseignants de tous les pays viendront chercher les services et les produits dont ils ont besoin pour enseigner, apprendre et éduquer. Lors de son ouverture, ses producteurs ont annoncé qu'ils avaient déjà dépensé 175 millions de Francs.

Loin des néons d'Education-point-com, le café pédagogique a tiré ses tables sur le trottoir d'une petite rue tranquille avec une autre ambition : être un bistro accueillant où les enseignants viendront lire les nouvelles, en apporter, s'asseoir et bavarder quelques minutes avec des collègues.

Deux projets différents mais aussi, et c'est cela qui nous intéresse, deux façons différentes d'habiter le Web. Les mots sont, de ce point de vue, révélateurs. L'expression portail a fait florès au moment où Internet était donné comme l'Eldorado de la nouvelle économie. La valeur des sites y était indexée sur le nombre de leurs visiteurs et des pages lues, pardon,… vues ; les annonceurs assuraient la conversion du flux des clics en flux financier. L'idée d'un portail sous lequel et par lequel on ferait passer les foules fascinait donc logiquement les entrepreneurs.

A cette époque, les visiteurs étaient encore nombreux à venir sur le Web en empruntant un autocar qui les déposait sous le portail de Yahoo ou de Wanadoo. Ils étaient alors des millions d'usagers, captifs pendant quelques instants de ces portes d'accès, et les publicitaires étaient prêts à payer très cher le privilège d'y accrocher leurs bannières animées. Mais aujourd'hui que les usagers d'Internet ont appris à mieux connaître le Web, il restent moins longtemps sous les portails et surtout, ils sont de plus en plus nombreux à sauter de l'autocar en marche et à se disperser dans les dédales du Web avant d'arriver au portail où on les attend. Quand ils ont besoin d'un moteur de recherche, ils préfèrent Google, qui n'est qu'un moteur, mais un bon...

On voit donc de plus en plus de ces portails déserts ; tristes comme des galeries marchandes où le public n'est pas venu et dont les boutiques ont fermé les unes après les autres. Et on ne comprend pas pourquoi.

On le comprend d'autant moins que, juste à côté, il y a un petit café qui ne désemplit pas…


ote@worldnet.fr

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