ote2.gifEditorial par Serge Pouts-Lajus


Enjeux de la décentralisation

 

Le rapport de l’évaluation réalisée par l’OTE, au cours de l’année 2000-2001, d’une opération de formation de plus de 1000 professeurs de collèges de la Vienne est en ligne sur le serveur de l’Académie de Poitiers (http://www.ac-poitiers.fr/1prof-1micro/). C’est l’occasion de revenir sur le rôle grandissant des collectivités locales dans la gestion des établissements scolaires.

 

Déjà en charge de la construction et de l’entretien des bâtiments, du financement des équipements et en particulier des équipements informatiques, les villes et les conseils généraux ou régionaux s’impliquent, parfois avec une certaine audace, comme ce fut le cas en Vienne l’an passé, dans de nouveaux domaines, comme la formation continue des enseignants. Certains vont se réjouir de cette évolution, d’autres s’en inquiéter. Il y a certainement, en tous cas, de quoi ouvrir un débat intéressant et utile car les TICE fournissent l’occasion de ne pas s’en tenir à des considérations idéologiques vagues mais de rentrer dans le vif d’un sujet qui pose des questions intéressantes, en particulier concernant la ligne de partage que l’on peut ou que l’on ne peut pas établir entre la technologie et la pédagogie.

 

Les lois de décentralisation de 1982 fixent de façon détaillée les prérogatives des collectivités locales en matière d’éducation. Les questions relatives aux contenus et aux méthodes d’enseignement, socle des compétences de l’Éducation nationale et de ses représentants, en sont exclues. Pour pouvoir être appliqués, de tels principes supposent une séparation sans ambiguïté  entre les différents ordres d’expertise concernés. Or, une telle séparation est parfois difficile dans le domaine des TICE. Dans les cas les plus simples, la mairie ou le Conseil Général choisissent les matériels à partir de propositions formulées par les responsables académiques, les achètent, les livrent et les entretiennent tandis que les institutions éducatives prennent en charge tout le reste. Mais les choses ne se passent de cette façon que dans les cas des petites communes où les écoles n’ont pas de projets particuliers et pour lesquelles la mairie opte pour la solution standard d’un ou deux PC neufs installés dans les classes des enseignants volontaires ou bien une salle informatique commune. La plupart du temps, la séparation entre ce qui est pédagogique et ce qui ne l’est pas est tout simplement impossible. Des décisions qui peuvent apparaître comme purement techniques ont en réalité des implications pédagogiques importantes et, en face d’une exigence pédagogique, il n’est pas toujours possible de placer une solution technologique satisfaisante. Les collectivités locales et les services académiques doivent se concerter et se coordonner afin que les choix techniques et les orientations pédagogiques puissent être fixés dans un cadre commun cohérent. Mais lorsqu’elle accepte d’entrer dans ce processus, l’institution éducative se trouve en position de devoir négocier ses orientations pédagogiques avec un partenaire dont, a priori, elle ne reconnaît pas les compétences en la matière. Cette situation nouvelle exige une intelligence des institutions et des personnes qui, dans certains cas, n’est pas au rendez-vous.

 

La généralisation des TICE dans les écoles et les collèges constitue aujourd’hui l’un des chantiers les plus intéressants de la décentralisation du système éducatif. Mais c’est aussi un chantier à risque. La diversité des solutions et des démarches retenues par les collectivités qui s’y engagent est un signe de vitalité et une preuve que chacun dispose de la pleine liberté de ses choix. Mais elle peut aussi inquiéter car les erreurs restent possibles. Après toutes les critiques adressées, à tort et à raison, au plan national d’informatisation de 1985 (IPT), autoritaire et centralisé, il serait dommage que les plans conçus au niveau local aient les mêmes défauts et soient autant de petits IPT communaux, départementaux ou régionaux.


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