Serge Pouts-Lajus (OTE)
La question de l’emplacement des postes informatiques est la plus triviale des questions pratiques qui se posent aux écoles concernant les TIC. C’est aussi celle qui a le plus d’incidence sur les usages. C’est pourquoi nous l’avons considérée comme une question capitale qui méritait un traitement transversal. Nous la traiterons à travers quatre aspects particuliers en nous attachant à les illustrer d’exemples et en nous efforçant d’identifier, pour chacun d’eux, les facteurs contextuels semblant jouer un rôle explicatif important :
- les lieux où sont placés les ordinateurs (salle de classe, salle informatique, bibliothèque, cyber café) ;
- les dispositions rencontrées dans chaque lieu ;
- les raisons qui justifient les emplacements rencontrées ;
- les effets, notamment sur les usages, des différents emplacements et dispositions.
Le facteur contextuel le plus important est celui du niveau. La question de l’emplacement ne se pose pas, en effet, de la même façon au primaire et au secondaire. Au primaire, dans tous les cas, un groupe d’élèves, un enseignant et une salle de classe sont associés de façon exclusive tout au long de l’année. Au secondaire, l’organisation est plus complexe : les enseignants sont spécialisés dans une ou deux disciplines et ils enseignent à des groupes d’élèves différents. Dans certains cas (Écosse), chaque professeur dispose de sa classe où il reçoit des groupes d’élèves différents ; dans d’autres cas (Sardaigne), les salles de classe sont attribuées aux groupes d’élèves et ce sont les professeurs qui se déplacent ; dans d’autres cas enfin (France), professeurs et élèves se déplacent dans des salles qui ne sont, en propre, affectées à personne. La mobilité des personnes, la durée brève des séquences pédagogiques (50 minutes pour un cours ordinaire dans le secondaire) mais aussi la taille des établissements et le degré d’autonomie des élèves sont les facteurs principaux qui justifient, dans un premier temps, le traitement séparé des deux contextes.
Dans les écoles primaires, on considère qu’un niveau optimum pour le ratio nombre d’élèves par ordinateur se situe aux environs de 6, soit pour une école de 5 classes et de 120 élèves, un parc d’une vingtaine de postes. En ce qui concerne l’emplacement des postes, deux solutions apparaissent : soit, regrouper tous les postes dans une même salle qui deviendra alors la salle informatique (computer room ou computer lab) de l’école, soit les distribuer équitablement dans toutes les salles de classe. Dans ce dernier cas, le nombre de postes par salle est limité par la taille des salles : dans nos observations, nous n’avons trouvé aucune classe avec plus de 4 postes.
Nos observations concernant les choix opérés par les écoles primaires nous conduisent aux constats synthétiques suivants :
- en Écosse : ordinateurs dans les salles de classe ; pas de salle informatique ;
- en Norvège : une salle informatique mais certains enseignants, volontaires, ont également un ordinateur dans leur classe ;
- en Grèce, en Italie et en Hongrie : une salle informatique, pas d’ordinateurs dans les classes ;
- en France : des ordinateurs dans toutes les classes et également une salle informatique commune.
En Écosse, 93% des classes primaires étaient, en 2001, équipées d’au moins un ordinateur. Dans les deux écoles observées, les enseignants se sont très tôt équipés par des initiatives individuelles et, souvent, en sollicitant le soutien des parents d’élèves. Les politiques nationales d’équipement sont arrivées tardivement et se sont souvent contentés de compléter les équipements, par exemple en remplaçant les ordinateurs anciens par des modèles plus récents. Par ailleurs, en Écosse, la salle de classe est le lieu de travail personnel des enseignants, y compris en dehors des cours : l’ordinateur de la classe est, d’abord, celui de l’enseignant pour ses tâches de back-office.
Si les deux cas observés en Écosse sont, sur le plan de l’emplacement des PC, représentatifs de la situation générale dans ce pays, ceux observés à Besançon ne le sont pas de la situation générale en France : la configuration « salle informatique et PC en classe » est exceptionnelle ; elle s’explique par des conditions techniques particulières (voir la monographie FP1 pour plus de détails). En général, les deux solutions sont exclusives. Dans les quatre autres pays, la présence d’une salle informatique s’explique, dans tous les cas, par une décision politique administrative, nationale dans le cas de la Grèce (projet Odysseia) et de l’Italie (projet Multilab), locale dans le cas de la Norvège et de la Hongrie. Les bibliothèques d’écoles ne sont pas équipées en informatique, à l’exception d’un seul cas, celui de l’école norvégienne NP1 où la bibliothèque qui fait également office de bibliothèque publique accessible aux parents est équipée d’un PC connecté.
Dans l’alternative salle informatique vs ordinateurs en fond de classe, les instances administratives, qu’elles soient locales ou nationales, ont, dans tous les pays, tendance à favoriser la solution de la salle informatique. Les raisons de ce choix sont, pour l’essentiel, pratiques. Le regroupement des postes en un même lieu présente de nombreux avantages techniques et économiques (accès à Internet, partage de périphériques, acquisition de licences pour les logiciels, etc.) mais également organisationnels : généricité, facilité de maintenance et de surveillance des activités des élèves, câblage informatique limité à une salle et surtout, possibilité de faire travailler une classe entière sur ordinateur. Par ailleurs, les enseignants y sont souvent favorables car c’est la solution qui perturbe le moins leurs pratiques habituelles de gestion de la classe ; elle peut même ne pas les perturber du tout, pour les enseignants, et ils sont majoritaires dans certaines écoles, qui choisiront de ne jamais se rendre en salle informatique avec leurs élèves. Pour toutes ces raisons pour laquelle, la solution de la salle informatique, du moins dans les établissements de plus de 100 élèves, est aujourd’hui probablement majoritaire en Europe. Mais il n’est pas certain que cette solution soit destinée à perdurer.
Il existe en effet de nombreux arguments, notamment pédagogiques, qui plaisent en faveur de la solution des PC de classe et ses partisans sont, eux aussi, nombreux. Il s’agit d’abord des enseignants qui font le choix personnel d’intégrer l’ordinateur dans la vie quotidienne de leur classe d’une façon systématique et souple, c’est-à-dire, en fonction des besoins, au moment où ils se font sentir. Des enquêtes complémentaires à celles d’EMILE montrent que les recommandations faites par les inspecteurs pédagogiques, soutenues en cela par les analyses des chercheurs en sciences de l’éducation, vont également dans ce sens car les machines de classe permettent des activités pédagogiques plus fructueuses et plus nombreuses que celles possibles en salle informatique, compte tenu, en particulier, des contraintes de planification de l’occupation de ces salles. Enfin, un responsable informatique d’école (NP1), après plusieurs années de pratique en salle informatique, aboutit à cette conclusion : les machines actuellement dans la salle informatique de l’école devraient être distribuées dans les classes afin de responsabiliser les élèves et les enseignants.
Par rapport à celle du primaire, la situation du secondaire paraît beaucoup plus complexe. La liste des lieux où nous avons observés des ordinateurs le traduit bien :
- salle informatique généraliste (c’est-à-dire, accessible à tous les enseignants de toutes les disciplines) ;
- salle informatique spécialisée (pour l’enseignement de l’informatique ou de la technologie) ;
- salle de classe ordinaire ;
- bibliothèque ;
- salle des professeurs généraliste (accessible à tous les enseignants de toutes les disciplines) ;
- salle des professeurs spécialisée (accessible aux enseignants d’une discipline particulière).
La solution des machines en fond de classe, fréquente dans le primaire, est rare dans le secondaire. En Écosse où les statistiques nationales indiquent tout de même que 62% des enseignants du secondaire ont un ordinateur dans leur classe (contre 93% dans le primaire), nos observations montrent que, le plus souvent, il n’y a qu’un seul poste dans les salles de classe et qu’il n’est utilisé que par l’enseignant pour ses tâches personnelles de back-office. Parfois, l’ordinateur de classe, associé à un vidéoprojecteur, permet à l’enseignant d’illustrer un cours, en histoire, géographie ou sciences naturelles avec des documents multimédias.
Tous les établissements secondaires que nous avons visités disposent d’au moins une salle informatique généraliste. Tout indique qu’il s’agit là d’une donnée générale. Il est cependant important de bien faire la différence entre les salles informatiques généralistes, équivalentes de celles du primaire, et les salles informatiques spécialisées dont l’usage est réservé à certaines disciplines ou même, dans certains cas, à certains enseignants. On peut citer le cas de la discipline technologique ou informatique, en Grèce (GS2) par exemple, ou des langues vivantes qui, dans certains cas (FS1), peuvent disposer d’une laboratoire réservé. L’utilisation des salles informatiques pose les mêmes problèmes pratiques que dans le primaire : obligation de réserver à l’avance, parfois de partager une classe en deux si l’on veut éviter que plusieurs élèves travaillent sur le même poste, déresponsabilisation des élèves et des enseignants à l’égard du matériel.
Les salles des professeurs sont souvent équipées d’une ou de plusieurs machines, suivant la taille de l’établissement. Elles sont utilisées par les enseignants pour des tâches administratives spécifiques (saisie des notes en France par exemple) ou des travaux personnels de préparation de cours. Mais de tels usages semblent peu intensifs, à quelques exceptions près : en Hongrie, les postes connectés de la salle des professeurs sont très utilisés, sans doute en raison du fait que, dans ce pays, les enseignants sont encore peu équipés au domicile ; en Norvège, les enseignants se plaignent que les machines sont dépassées ; en Écosse, ils utilisent plus volontiers les postes de leur propre classe ou ceux des laboratoires disciplinaires.
La bibliothèque (appelée également centre de documentation) semble être, avec la salle informatique, l’un des lieux d’usages les plus répandus et sans doute destinés à se développer. En plus des livres et périodiques, les bibliothèques proposent des CD-ROM encyclopédiques et, de plus en plus souvent, des connections à Internet. Le nombre de postes y est limité, moins élevé qu’en salle informatique ; à cause de cela, les usages observés sont surtout individuels ou en petits groupes. Les usages en libre accès, entre deux cours ou au moment des pauses, posent des problèmes de contrôle. Un nombre significatif d’écoles ont recours à des logiciels de protection et interdisent la pratique du chat. Mais ce n’est pas une règle générale : certaines bibliothèques semblent fonctionner très bien en responsabilisant les élèves et en disposant les postes de façon à permettre une surveillance centrale des écrans. Il existe aussi, dans notre échantillon, des écoles ayant changé de stratégie, interdisant le chat après l’avoir toléré, installant des filtres de protection après s’en être passé.
En plus des six lieux répertoriés, les observations de terrain nous ont confronté à certaines situations locales qui apparaissent comme très particulières. Dans une école écossaise (ES1), un cybercafé a été créé par un enseignant à destination des élèves pour des usages libres en dehors des heures de cours. En Norvège (NS1), il existe une salle informatique réservée à la remédiation en langue norvégienne pour les élèves immigrants ou en grande difficulté. En France, l’autorité politique de tutelle des collèges du département de la Vienne a fait l’acquisition de PC qui sont prêtés aux enseignants qui veulent s’en servir chez eux. Le domicile des enseignants est donc un emplacement possible pour les machines d’un établissement scolaire. De la même façon, ce peut être le domicile des élèves dans le cas de collectivités locales prenant la décision d’équiper systématiques tous les élèves d’une classe, d’un établissement, d’une ville ou d’une région. De telles initiatives sont pour l’instant peu nombreuses et expérimentales mais elles sont sans doute appelées à se multiplier.
Après que l’on a décidé dans quelles salles les ordinateurs devaient être installés et pour quels usages, il faut choisir à quels endroits de la salle et de quelle façon les postes seront placés les uns par rapport aux autres. Il s’agit là d’une question importante, souvent négligée, mais dont nous avons vu qu’elle peut avoir des effets importants sur les usages.
Les PC de classe des écoles primaires sont généralement installés au fond de la classe, à l’opposé de la porte d’entrée. Les entretiens montrent que les décisions d’emplacement ne sont généralement pas prises par les enseignants mais par les personnes en charge de l’installation des prises électriques et, en cas d’accès au réseau, de la prise informatique. La disposition des ordinateurs est conçue de telle façon qu’elle ne doit pas perturber l’ordre existant dans la classe et, en particulier, la façon dont les tables et les chaises des élèves sont distribuées par rapport au tableau et au bureau de l’enseignant. Le fond de la classe présente, de ce point de vue, de nombreux avantages. Il s’applique aux classes où les tables des élèves sont disposés selon la classique forme par allées parallèles faisant face au tableau noir aussi bien qu’aux configurations par îlots de quatre à six élèves se faisant face, propice au travail coopératif en groupes. Dans les deux cas, les ordinateurs en fond de classe forment un atelier particulier (voir schéma).
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Ordinateurs en fond
de classe dans une disposition classique en colonnes. |
Ordinateurs en fond
de classe dans une disposition en ateliers. |
On comprend pourquoi l’introduction d’ordinateurs est, en général, plus facile et mieux acceptée par les enseignants ayant l’habitude de disposer leur classe en îlots. L’analyse des écoles de Besançon (FP1 et FP2) représente, relativement à cette question, un bon terrain d’observation car la présence de trois ordinateurs a été imposée à tous les enseignants de ces écoles : les deux configurations du schéma y sont représentées et les difficultés propres à chacune analysées en détail. On constate notamment que, même dans le cas d’une configuration classique en colonnes, l’intégration des PC en fond de classe et des usages pédagogiques efficaces sont possibles mais ils supposent des règles particulières d’organisation qui ne sont pas les mêmes que celles appliquées dans le cas d’une classe fonctionnant en ateliers parallèles.
Au primaire, comme au secondaire, les dispositions des PC dans les salles informatiques sont beaucoup plus diverses. Elles sont aussi, pour nous, plus intéressantes à étudier car, en général, aucun ordre ne leur pré-existe et qu’elles traduisent donc bien les intentions des personnes qui les ont décidé. Pour rendre compte de nos observations, nous regroupons les multiples solutions rencontrées en quatre catégories correspondant à des dispositions types.
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Configuration « Intérieure » Les écrans sont tournés vers l’intérieur de la salle, ce qui facilite le contrôle. C’est aussi une disposition simple sur le plan technique : les prises peuvent être installées dans les murs. En revanche, elle ne facilite pas le travail collectif puisque les élèves se tournent le dos. Dans les grandes salles, on peut disposer une table au centre (en pointillé sur le schéma) autour de laquelle les élèves peuvent se retrouver avec un enseignant en retournant leur chaise. |
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Configuration
« extérieure » Les écrans sont tournés vers l’extérieur de la
salle. La surveillance est difficile en cas d’usages libres car les écrans
sont peu visibles. Sur le plan technique, il faut faire passer des gaines
sous les tables ou les faire descendre du plafond. Cette disposition est
adaptée à la pratique de types « cours » puisque tous les élèves
peuvent regarder vers le centre de la salle ou vers un tableau installé sur
le côté droit (en pointillé sur le schéma). |
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Configuration « classique » Cette configuration de type salle de classe
classique, en colonnes, est en général celle de salles où l’on enseigne
l’informatique d’une façon traditionnelle. Elle oblige un câblage particulier
de toutes les tables. C’est une configuration peu flexible. |
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Configuration « en îlots » Cette
configuration est bien adaptée pour le travail en ateliers et en groupes,
mais aussi pour les usages libres. La surveillance des écrans est
relativement facile. Elle exige un câblage électrique et informatique par un
plancher ou un plafond technique. |
Ces quatre configurations sont des configurations types qui se rencontrent souvent telles quelles dans les écoles. Mais il existe également des salles informatiques où plusieurs types sont juxtaposés : par exemple, une configuration intérieure sur deux murs et un ou deux îlots ateliers dans la partie opposée de la pièce.
La configuration « intérieure » est celle que nous avons rencontrée le plus souvent. Elle présente des avantages de simplicité d’installation, de flexibilité et de surveillance qui expliquent sans doute ce succès. Il faut cependant se garder de toute sur-interprétation de ce phénomène. Le plus souvent, la disposition des salles informatiques est décidée sur la base de considérations techniques, par des personnes qui n’en seront pas les utilisateurs et qui ne sont pas directement concernées par les questions éducatives ; elles ne reflètent donc généralement pas une vision particulière des usages. Dans le cas du projet Odysseia en Grèce ou du projet Multilab en Italie, la disposition des postes (intérieure) a été décidé par les concepteurs du plan national. En Norvège ou en France, les choix techniques pris par la municipalité d’Oslo ou de Besançon concernant les salles informatiques s’imposent à toutes les écoles et leur laissent peu de choix quant à la disposition des postes. Par ailleurs, les critères économiques jouent un rôle non négligeable : les configurations les plus fréquentes sont aussi les moins coûteuses.
Les salles informatiques sont prévues pour accueillir des groupes, soit une classe entière, soit une demi-classe pendant une séquence pédagogique d’au moins 50 minutes. Suivant les cas, l’enseignant accompagne sa classe ou la confie à un animateur spécialisé. D’un établissement à l’autre et d’un pays à l’autre, les pratiques sont très diverses. D’une façon générale, la salle informatique semble n’être, aujourd’hui encore, utilisée de façon régulière que par une minorité d’enseignants dans les écoles secondaires. Parmi les raisons avancées par les enseignants non-utilisateurs, celles relatives à l’absence de fiabilité technique sont souvent mentionnées. Les enseignants qui ont connu des pannes, totales ou partielles, au cours d’une séance de travail en salle informatique avec leur classe en gardent en général le souvenir et hésitent à renouveler l’expérience. Dans les écoles où une personne est en permanence en charge de la gestion et de la maintenance de la salle informatique, de tels problèmes sont évidemment moins fréquents et le taux d’occupation de la salle informatique plus élevé. Mais cette règle n’est pas absolue car la fréquentation de la salle informatique dépend également de la personnalité du gestionnaire et de sa capacité à encourager les usages.
Nos observations et nos analyses convergent avec celles des spécialistes et confirment que l’emplacement des postes informatiques dans une école est un paramètre important pour les usages pédagogiques qui seront faits de ces machines. C’est particulièrement sensible au niveau de l’école primaire lorsque l’on considère l’alternative salle informatique vs postes en fond de classe. Nous avons vus également que la disposition des postes dans une même salle informatique favorisait des types d’usages distincts : cours traditionnels, travail en petits groupes, travail individuel.
Nos observations montrent pourtant que les enseignants ne sont généralement pas les décideurs, du moins collectivement, c’est-à-dire au niveau de l’équipe éducative, des emplacements des postes informatiques dans leur école ni de leur disposition dans les salles informatiques. C’est particulièrement sensible dans le cas des plans nationaux ou régionaux qui fixent, à partir de choix techniques et économiques, des équipements standards fondés sur des salles informatiques dont la configuration est imposée à tous. Il serait cependant exagéré de considérer que, même dans ces cas, la préoccupation pédagogique soit totalement absente des choix opérés. Des chercheurs spécialistes ou des enseignants praticiens sont souvent consultés pour participer à la spécification des réseaux. Dans le cas d’un établissement qui décide, de façon autonome, de s’équiper, l’opinion des enseignants s’exprime souvent à travers celui ou celle qui s’intéresse le plus à l’informatique et qui sera l’un des utilisateurs intensifs des équipements. Dans ces conditions, les recommandations qu’il ou elle fera reflèteront des préférences et des choix particuliers qui auront peu de chance de convenir à beaucoup de ses collègues, utilisateurs plus ordinaires, hésitants ou débutants.
Les emplacements et les dispositions que nous avons observés résultent surtout de choix techniques, économiques et organisationnels. Or, ces formes de rationalité sont moins dépendantes de paramètres contextuels fortement différentiateurs comme le sont les paramètres culturels, pédagogiques ou didactiques. C’est sans doute la raison pour laquelle les configurations observées dans nos six pays semblent obéir à des logiques communes. Les entretiens avec les enseignants dans plusieurs pays (France, Écosse, Italie, Norvège notamment), montrent cependant que les critères pédagogiques, peu présents au moment de la première implantation des machines, peuvent réapparaître avec le temps, à mesure qu’un nombre grandissant d’enseignants développe des usages et que l’expérience collective s’accroît. Il sera donc intéressant de suivre dans les prochaines années l’évolution des pratiques sur ce point, en particulier dans les écoles expérimentales et dans celles qui seront amenées à reconsidérer leurs configurations actuelles et de voir comment la composante pédagogique interviendra dans les nouveaux choix qui seront alors opérés par les équipes éducatives.