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Textes, idées, informations, contributions du mois de février 1999


  1. Vers l'école de la réussite par Serge Pouts-Lajus
  2. Sortie du livre de Jacques Tardiff:
    Intégrer les nouvelles technologies de l'information. Quel cadre pédagogique
    ESF, Paris, 1998,126 p.

  3. Sortie du livre de Jean-Claude Tarondeau
    Le management des savoirs
    PUF Paris, 1998, Que sais-je n°3407, 126 p.

  4. Arnaud Galisson, Responsable du CRIPT du GET (Centre de Ressources en Innovation Pédagogique et Technologies) Enseignant-chercheur à l'ENST annonce la création du site : http://www.enst.fr/cript

  5. Le bureau DT-B2 (Ministère de l'Education Nationale) a réuni le 20 janvier 1999 la commission multimédia chargée de l'attribution, après expertise, de la mention "Reconnu d'intérêt pédagogique" aux produits multimédias présentés au "Guichet permanent" par les éditeurs.
    La liste des produits reconnus est consultable sur :
    www.educnet.education.fr/pages/08/8int/d8com.htm

Vers l'école de la réussite

Serge Pouts-Lajus, Observatoire des technologies pour l'éducation en Europe

ote@worldnet.fr

Ce serait une grave erreur de croire que le succès des technologies à l'extérieur du système éducatif suffirait à leur garantir le succès à l'intérieur : le bénéfice éducatif du multimédia ne va pas de soi, il a besoin d'être démontré. Or, cette démonstration ne peut pas être théorique. L'expérience montre que les technologies n'ont aucun pouvoir intrinsèque particulier sur le plan pédagogique. A la question : apprend-on mieux avec le multimédia ou Internet que sans eux ? la réponse est sans ambiguïté : ces outils, pas plus que n'importe quel autre, sont sans effet général, direct et mesurable sur l'apprentissage. L'histoire de l'informatique éducative fournit autant de réussites éclatantes que d'échecs cuisants et la science n'a jamais réussi à démontrer de façon indiscutable la supériorité de ces outils. L'apprentissage reste un phénomène complexe où se croisent, sans qu'il soit possible d'en démêler l'écheveau, des composantes personnelles, psychologique et affectives, mais aussi des composantes contextuelles, sociales et culturelles. Il ne faut donc pas compter résoudre les problèmes des élèves les plus faibles par l'usage intensif d'outils technologiques dont l'efficacité didactique aurait été démontrée d'avance. C'est un mirage qui doit être dénoncé.

Pour éviter de nouvelles erreurs, il faut considérer la question de l'évolution des méthodes éducatives et le phénomène de diffusion des technologies, comme possiblement complémentaires. La façon la plus simple et la plus naturelle d'envisager une telle complémentarité consiste à se poser la question suivante : quel rôle pédagogique les technologies d'information et de communication peuvent-elles jouer dans le mouvement d'évolution des méthodes éducatives ?

La question des méthodes éducatives se présente d'abord comme un problème technique, une affaire de spécialiste, consistant à panacher les activités pédagogiques qui mettent l'accent sur l'exposé et la transmission de savoirs (cours, lectures) et celles qui mettent l'accent sur la construction individuelle de connaissances (ateliers, recherche).  Mais en réalité, cette dimension technique du problème est placée sous la contrainte très forte du contexte socioculturel et notamment des missions que la société fixe à son système éducatif. Ces missions sont, en France, étroitement liées à une utopie fondatrice, celle de l'école républicaine, réductrice des inégalités, moteur de la promotion sociale : l'école doit donner sa chance à tous, en corrigeant, si cela est nécessaire, les inégalités d'origine, lesquelles sont à la fois économiques et culturelles. Les méthodes éducatives de l'école républicaine ont été conçues en référence à cette utopie et aux missions qu'elle implique.

Bien entendu, l'objectif égalitaire de l'éducation est une utopie, sa réalisation complète impossible. Mais pendant longtemps, la société s'est convaincue que l'école remplissait convenablement sa mission correctrice. Or, depuis quelques décennies, à tort ou à raison, on soupçonne que le système éducatif public est entré dans une phase de régression : l'ascenseur social est en panne. La crise qui en résulte est grave : l'école n'avancerait plus dans la direction de son utopie fondatrice.

Il est illusoire de croire qu'Internet et le multimédia pourraient apporter des solutions à cette crise. Mais il n'est pas possible non plus de prétendre traiter du rôle du multimédia et d'Internet dans l'évolution des méthodes éducatives sans se référer aux missions générales de l'école. Si l'on accepte l'hypothèse que l'utopie fondatrice de l'école républicaine fait actuellement l'objet, sinon d'une refondation, du moins d'une reformulation, il faut se demander d'une part quel en serait le sens, d'autre part quelle serait son incidence sur l'évolution des méthodes et par conséquent sur la contribution possible des outils technologiques dans cette évolution.

Pour ma part, car il s'agit bien là d'une position personnelle, je fais l'hypothèse, que la reformulation des missions et des méthodes de l'école pourrait aller dans le sens d'une nouvelle utopie qui serait celle de l'école de la réussite. L'échec scolaire qui est le signe manifeste de la crise prive un nombre grandissant d'élèves de diplômes et d'espoirs de promotion sociale. Mais au-delà de cette carence d'égalité, on découvre que l'école fait défaut aux élèves en situation d'échec sur un autre plan : ils n'y sont pas heureux. Tant que l'éducation était en mesure de promettre sinon de garantir l'ascension sociale, l'effort, la contrainte, l'ennui, pouvaient être acceptés comme conditions d'une récompense différée ; sans cette promesse, ils deviennent intolérables.

Faut-il, dans ces conditions, exiger de l'école qu'elle ne renonce pas et redouble d'efforts afin de renouer avec son idéal égalitaire ? Je ne le crois pas car les causes principales de la dégradation et les moyens d'y mettre fin se situent en dehors du champ de l'éducation. En revanche, l'école peut elle-même se donner les moyens d'être une institution, un lieu où les enfants, et les enseignants, sont heureux. Une telle évolution n'est évidemment pas facile ; elle exige du temps. Elle devra en particulier s'appuyer sur les méthodes actives qui sont potentiellement génératrices de davantage de plaisir que les méthodes traditionnelles.

L'école de la réussite, ce sera l'école du plaisir d'apprendre, et c'est dans la conquête ou la reconquête de ce plaisir qu'Internet et le multimédia sont appelés à jouer un rôle de premier plan. Ceci est une autre histoire qui commence à peine. Mais elle n'est pas celle que nous annoncent à grands fracas les thuriféraires de la société de l'information. En revanche, les signes avant-coureurs d'une évolution profonde dans les méthodes éducatives sont déjà visibles sur le terrain, dans des classes, dans les témoignages d'enseignants et d'élèves. Cette discrétion ne doit pas étonner ; comme le disait Nietzsche : " les idées neuves arrivent toujours sur des pattes de colombe. "



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