Texte en discussion
Pierre Landry, OTE, landry@idf.ext.jussieu.fr
Compétences et formation dans l'entreprise
La finalité d'une entreprise est de satisfaire aux exigences de ses clients en créant de la valeur par une mobilisation équilibrée de moyens humains (créativité, compétences) et matériels (outils de transformation/diffusion, de logistique et d'information) tout en dégageant des profits pour rémunérer les apporteurs de capitaux qui lui permettent d'investir.
Dans un environnement en changement rapide, l'entreprise doit s'assurer qu'elle dispose bien des compétences nécessaires à l'atteinte de ses objectifs de performance et de productivité, et ceci au moindre coût. Si l'on considère que les compétences se révèlent par une mobilisation de savoirs dans l'action, leur gestion est tributaire du contexte de la situation de travail.
La fonction formation peut être partie prenante dans la gestion des compétences en intervenant à différents niveaux :
Les dispositifs de formation et l'entreprise
Ils
sont la résultante d'une tension entre l'Institution porteuse du
dispositif, à la recherche de performance au moindre coût et, des personnes
qui souhaitent se former (compétences et identité) qui subissent des
contraintes tant professionnelles que personnelles et sociales (réseaux sociaux
d'appartenance). La fonction formation a pour rôle de produire ces dispositifs
par des actions d'ingénierie et de les intégrer dans l'organisation de
l'entreprise (budgets, intervenants, gestion du temps, contractualisation,
reconnaissance des acquis, etc.).
Les dispositifs de formation et les processus en jeux
Un dispositif de formation se décompose en trois processus principaux :
Le
processus d'apprentissage

Pour fonctionner, le processus s'appuie sur :
Le caractère " ouvert " d'une formation se manifestera, pendant le processus d'entrée en formation, par la possibilité pour la personne d'être acteur dans la définition de ses objectifs (apprendre et apprendre à apprendre) et la construction de son parcours qui pourra faire appel à des dispositifs hybrides mixant formation en face-à-face et autoformation accompagnée puis, pendant le processus d'apprentissage, par le degré d'autonomie dont dispose l'apprenant pour diriger sa formation et, par la diversité des accompagnements et des accès aux ressources (dimension documentaire) et aux échanges avec les autres acteurs (dimension sociale).
La " distance " est liée à la multiplicité des lieux de formation (centre de ressources, situation de travail, domicile, etc.) et des intervenants qui accompagnent l'apprenant dans son parcours (formateurs, experts, pairs, autres apprenants, etc.). La notion de " centre de formation " éclate au profit d'un périmètre élargi d'intervention de la fonction formation qui traverse les sphères professionnelle, personnelle et sociale tout en respectant le côté " privé " des personnes. Cela peut conduire à des conflits d'allocation de temps entre les activités de ces différentes sphères. Elle est aussi une " prise de distance " par rapport à l'existant pour gérer le changement induit par le fait de se former.
Les Technologies de l'Information et de la Communication, supportées par une logistique assurant leur installation et leur maintenance, peuvent intervenir dans le processus d'apprentissage, au niveau des moyens et en fonction des objectifs et du contexte, pour renforcer son efficacité et la disponibilité des ressources :
Leur emploi nécessite de repenser à la fois le
processus et son contexte organisationnel pour que les gains l'emportent
sur les dépenses d'investissement, d'amortissement et de fonctionnement.
Si non, on ne fait qu'additionner de nouveaux coûts aux coûts existants.
La question est de savoir s'il faut sortir de l'environnement de travail pour former ou, s'il faut " encapsuler " la formation dans les activités professionnelles (comme on le fait avec la formation juste-à-temps, à la mode actuellement dans les entreprises) ou, combiner les deux en fonction du contexte.
Autoformation accompagnée et formations ouvertes et à distance
Le texte qui suit est un résumé " personnel " de la troisième étape d'une Conférence de Consensus sur l'accompagnement pédagogique et organisationnel en Formations Ouvertes et à Distances. Cette conférence a été initiée par le CESI, l'ORAVEP, le ministère de l'Agriculture et la Délégation à l'emploi et à la Formation Permanente.
La notion " d'économie flexible " serait-elle entrain de pénétrer le milieu de la formation avec, comme conséquence, une plus grande ouverture ?
Les éléments suivant sont à considérer, d'une manière systémique, pour appréhender les dimensions de la formation ouverte et à distance :
Deux courants traversent le champ de la formation. Les entreprises privilégient les aides en ligne et poussent vers une industrie des contenus, centrée sur la logique de l'offre et la compétence immédiate. Les organismes de formation, favorisent la formation ouverte et à distance, pour tendre vers une industrie des services d'autoformation accompagnée se situant dans la logique de la demande et offrant le recul nécessaire pour gérer l'appropriation.
Les quatre pôles du questionnement sur
l'accompagnement pédagogique et organisationnel de la FOAD

Dispositifs et pratiques d'autoformation
In B. Albéro, Thèse, p.57
Pour H. Holec (1981), mettre en place un apprentissage auto-dirigé revient à donner les moyens à l'apprenant de prendre en charge " certaines opérations " qui étaient jusque là dévolues à l'enseignant(ibid, p.7). Pour ce chercheur, l'auto-direction constitue un principe directeur apte à orienter vers des réponses plus appropriées aux défis posés, aux exigences d'une véritable centration sur l'apprenant. L'apprenant prend de plus en plus d'opérations en charge ; l'aide extérieur, apportée par l'instance de formation, peut alors aller en diminuant. Il s'agit d'une prise en charge souple et évolutive, dont la progression va de pair avec l'augmentation du degré d'autonomie de l'apprenant.. Dès 1973, M. Cembalo et H. Holec, définissent ce qui sera le cœur pédagogique du dispositif mis en place au CRAPEL (Nancy II). A l'intérieur d'une double préparation d'ordre " psychologique " et " technique ", l'apprenant est amené à définir ses objectifs, ses conditions d'apprentissage, le contenu et la méthode d'apprentissage, procéder à l'apprentissage, et en évaluer les résultats. Il s'agit pour l'usager de ce type de dispositif de se former à apprendre dans la double perspective d'apprentissage d'une langue étrangère et d'acquisition d'une plus grande autonomie dans cet apprentissage.
Les pratiques d'autoformation
On distingue cinq pratiques d'autoformation :
deux types de dispositifs de formation proches de l'autoformation :
et, deux types de dispositifs de formation centrés sur l'individualisation
Ces dispositifs, nécessitant de l'ingénierie pour être produit, se rapprochent de la démarche d'autoformation dans la mesure ou ils favorisent des démarches autononomisantes et socialisantes et qu'ils laissent, à la personne qui veut se former, une marge de manoeuvre réelle dans la conduite du processus d'apprentissage. Un centre de ressources n'est pas en soi un dispositif mais peut s'intégrer dans chacun de ces 4 dispositifs. L'usage des NTIC n'est pas un préalable mais peut contribuer au développement de l'autonomie en introduisant un nouveau rapport au savoir plus distancié vis-à-vis du " porteur " de savoir et, des nouvelles possibilités d'échanges entre acteurs par le biais des réseaux de communication. Ces dispositifs peuvent se suffir à eux-mêmes ou venir compléter des dispositifs de formation ou d'enseignement en face-à-face.
Le dispositif , entre usage et concept - Hermès n°25, Editions du CNRS
Ce concept permet d'appréhender de manière interdépendante, dans toute leur complexité, les rapports entre la technique et le symbolique, entre le sujet et l'objet, entre le dedans et le dehors, entre l'humain et le non humain, en mettant en évidence à la fois les logiques d'usages et le positionnement idéologique ambigu du dispositif, entre liberté et déterminisme.
On est dans la logique de moyens mis en œuvre en vue d'une fin avec une visée d'efficacité et d'optimisation des conditions de réalisation. Ce concept est soudé au concept de stratégie. Sa régulation est moins technocratique dans la mesure où est déléguée à l'individu-usager une certaine faculté d'exercer sa propre intelligence. Les dispositifs, en visant à aider l'apprenant à s'aider lui-même, représente aujourd'hui une tentative curieuse, celle d'une instrumentation optimale de l'autonomie des acteurs - association paradoxale, ou tout au moins déroutante, entre instrumentation efficace et autonomie maximale. Cette association s'illustre notamment par un déplacement de la problématique de la connaissance, d'une logique de transmission du savoir vers une logique d'expérience ou d'expérimentation du savoir.
Le dispositif se définit dans une fonction de support, de balise, de cadre organisateur à l'action. Il procède essentiellement à des mises en ordre qui soutiennent l'action de l'individu, porteur d'une intentionnalité propre et figure centrale du dispositif. Il crée des effets de signification qui procurent des ressources pour un auto-pilotage. S'il organise et rend possible quelque chose, il n'en garantit pas cependant l'actualisation.
C'est un concept situé, lié à une " vision du monde ", valorisant l'initiative (ce qui n'est pas sans risque de dérapage idéologique) et, correspondant à deux changements dans la société :