Analyse
L'ordinateur à l'école : de l'introduction à l'intégration
Ouvrage collectif coordonné par Luc-Olivier Pochon et Alex Blanchet. Contributions de Georges-Louis Baron, Alex Blanchet, Eric Bruillard, Christian Depover, Michelle Harrari, Luc-Olivier Pochon et Albert Strebelle.
Institut de Recherche et de Documentation Pédagogique
éditeur Neuchâtel, Loisirs et Pédagogie,
Lausanne, 1997, 128 pages, ISBN 2-606-00550-3
Ce livre regroupe cinq contributions à un
bilan sur l'usage des ordinateurs à l'école obligatoire
dans des pays d'Europe francophone : la France, la Suisse et la
Belgique. Depuis un peu plus de dix ans, l'ordinateur a fait son
entrée à l'école. Il s'agit dans ce livre
d'étudier son intégration, c'est-à-dire de
" rendre compte d'usages suffisamment réguliers ".
Ces usages posent des problèmes de différentes natures
: problèmes d'intendance, problème de gestion de
la classe, problèmes de l'instrumentation des disciplines
et de remise en cause de certain savoir. Ce sont ces problèmes
qui sont abordés par les cinq contributions présentées
dans le livre.
Etat de situation en Suisse Romande et au Tessin
La première contribution d'Alex Blanchet et
Luc-Olivier Pochon présente une enquête réalisée
auprès d'enseignants de Suisse latine afin de cerner d'une
part les représentations des enseignants sur les objectifs
de l'informatique scolaire et, d'autre part, les usages les plus
fréquents de l'ordinateur. Au plan des représentations
l'accueil de l'ordinateur est très favorable. Les enseignants
soulignent la motivation des élèves, la valorisation
de leurs travaux et l'amélioration de leur fonctionnement
autonome. Au plan des pratiques, près de la moitié
des enseignants qui ont répondu à l'enquête
n'ont tenté aucune expérience avec les élèves.
Pour les autres, " l'ordinateur est tout d'abord utile pour
familiariser les élèves avec... l'ordinateur ! ".
Il est ensuite utilisé pour mettre en valeur les productions
des élèves (traitement de texte) et enfin comme
répétiteur. Ce sont les deux types d'activités
pour lesquels les enseignants l'utilisent le plus et lui reconnaissent
une efficacité certaine. Ainsi, il ressort de cette enquête
que le traitement de texte est l'outil le plus utilisé
à l'école ; mais " derrière cet outil
se cache tout un pan de pédagogie ". Ceci amène
une question des auteurs : Faut-il donc réfléchir
aux buts de l'informatique en tant que tels ou la soumettre à
des objectifs éducatifs plus généraux ? Y
répondre nécessiterait des études complémentaires
sur l'enseignement professionnel, l'individualisation de l'enseignement
(en particulier pour les enfants étrangers), sur l'enseignement
aux médias (Cédéroms, Internet) sur l'enseignement
dans les disciplines.
Informatique et enseignement obligatoire en France : évolution et perspective
La contribution suivante de Georges-Louis Baron présente de façon synthétique les différentes formes d'intégration en France de l'informatique dans des contextes non expérimentaux à l'école élémentaire et au collège. Il distingue quatre grands types d'usage : l'informatique objet d'initiation et de formation générale (en régression), les outils de bureautique personnelle, la technologie éducative (EAO et maintenant cédéroms) et enfin utilisation d'instruments logiciels dans les disciplines qui sont susceptibles d'en être renouvelées. Les technologies de communication (visioconférence, courrier électronique, lettre-vidéo) centrales en éducation à distance, sont encore très peu utilisées dans l'enseignement obligatoire. À l'école élémentaire, le traitement de textes et l'élaboration de journaux d'écoles sont les usages les plus repérés. L'auteur relève une grande disparité entre les écoles et des usages très liés à l'engagement de personnes singulières (activités abandonnées à leur départ) et à l'existence de projet pédagogique : " les actions les plus novatrices sont le fait d'enseignants talentueux et motivés dont l'exemple est difficile à suivre par des personnes moins formées et moins engagées ". Actuellement l'intérêt pour Internet est très fort mais on en est encore au stade de l'innovation. Au collège, les Centres de documentation et d'information (CDI) sont un des lieux où les élèves s'initient à la recherche documentaire. Dans les disciplines scolaires, seuls les programmes de technologie prévoient explicitement l'emploi de l'informatique. Cependant là encore, la majorité des activités portent sur la bureautique. Dans les autres disciplines, les usages relèvent, comme dans l'enseignement primaire, de l'innovation. En conclusion GeorgesLouis Baron constate que " tous les enfants sortant de l'enseignement obligatoire auront sans doute eu une rencontre avec des instruments logiciels, auront eu une initiation au traitement de texte et peut-être même au tableur. Certains auront eu l'occasion de s'entraîner avec des environnements d'apprentissage de la lecture ou de l'écriture, beaucoup auront été en situation de mener des recherches dans des bases d'informations complexes. " Les questions importantes qui se posent pour généraliser des pratiques dont l'efficacité a été testée dans des situations d'innovation, sont :
A propos de l'intégration de l'informatique et de ses instruments dans l'enseignement scolaire
La contribution de Michelle Harrari présente une revue de la littérature à propos des différentes approches de l'intégration des Technologies de l'Information de la Communication (TIC) à l'école. Elle distingue trois approches:
Tous ces auteurs considèrent les TIC comme
supports et vecteurs de changements dans l'institution scolaire
et non comme de simples outils permettant de faire mieux ce qu'on
faisait avant. Ce qui provoque bien sûr de fortes résistances.
Ainsi, l'auteur estime que ce ne sont pas les technologies qui
font évoluer les pratiques mais que " ce sont généralement
les classes où des pratiques innovantes existaient préalablement
que les technologies nouvelles sont le plus largement utilisées
".
Un modèle et une stratégie d'intervention en matière d'intégration des TIC dans le processus éducatif
Christian Depover et Albert Strebelle proposent une démarche d'intégration fondée sur le potentiel innovateur des maîtres. Ils présentent une expérience et un modèle de développement d'outils pédagogiques impliquant des maîtres dès les premières phases de conception des produits. Ce travail d'analyse et de modélisation les amène à insister particulièrement sur trois points déterminants pour le succès d'une telle entreprise :
Enfin les auteurs mettent l'accent sur l'importance
d'une démarche systémique pour comprendre les processus
d'innovation et les réactions de résistances qu'ils
ne manquent pas de susciter.
L'ordinateur à l'école de l'outil à l'instrument
La dernière contribution est celle d'Éric Bruillard qui développe l'idée que l'ordinateur n'est pas un simple " outil " au service d'une action mais un " instrument " qui modifie la nature de cette action. Je ne développe pas ce point de vue qui me semble tout à fait intéressant puisqu'il le fait lui-même dans ce numéro de STE.
En ces périodes de fêtes d'Internet
et de grandes envolées lyriques médiatico-lyriques
sur les NTIC à l'école, ce livre présente
des points de vue et une argumentation scientifique qui aideront
certainement ses lecteurs à capitaliser l'expérience
acquise et, pour reprendre l'image proposée par Luc-Olivier
Pochon, qui contribueront à aider l'institution scolaire
à affronter (entre autres) la déferlante Internet
avec davantage de moyens et de sérénité que
la première vague d'introduction des NTIC.
Notes de lecture d'Elisabeth DELOZANNE, LIUM