L’offre de services et de contenus

éducatifs en ligne

des acteurs privés, associatifs et institutionnels

Situation en mai 2001

 

Etude réalisée pour la Direction de l’action éditoriale

du Centre national de la Documentation pédagogique

 

Serge Pouts-Lajus

(avec la participation de Elisa Leccia)

 

 

 

Introduction..................................................................... 2

Champ de l’étude : services offerts, publics visés,

types d’offreurs................................................................ 3

Les deux grands groupes d’édition : Hachette et

 Vivendi........................................................................... 4

Hachette........................................................................... 5

Vivendi.............................................................................. 7

Deux groupes face à face................................................... 7

Les autres éditeurs privés............................................... 12

Jériko............................................................................... 12

Editronics......................................................................... 13

Rue des écoles................................................................. 14

Lili-Bibliopolis.................................................................... 15

Quelle place pour les éditeurs indépendants ?...................... 15

Les start-up de soutien scolaire en ligne......................... 16

Les industriels................................................................. 18

France Télécom et l’éducation en ligne................................ 18

Les médias : télévision et presse écrite............................... 20

EDF, Nestlé, Renault et quelques autres............................. 21

Analyse............................................................................ 23

Les grandes institutions publiques.................................. 24

Le Louvre.......................................................................... 25

La bibliothèque nationale de France..................................... 26

Le musée national d’histoire contemporaine (l’image)............ 27

Analyse............................................................................ 27

Sites associatifs, d’enseignants et d’établissements....... 28

Impossible inventaire.......................................................... 28

Contenus et services.......................................................... 30

Questions transversales................................................... 32

Offreurs, usagers et services : une vue d’ensemble............... 33

Retour sur la question économique...................................... 36

 

 


 

Introduction

 

La situation actuelle de l’offre de services éducatifs en ligne paraît, à l’image de l’ensemble du secteur de l’Internet, effervescente et confuse. À la vague d’euphorie qui a entouré les débuts de ce que l’on a appelé la « nouvelle économie » a succédé une vague tout aussi brutale de reflux. La rapidité et la force avec lesquelles se sont succédés ces mouvements contradictoires et en partie irrationnels ont provoqué des turbulences qui n’ont pas épargné le secteur de l’éducation.

 

C’est aux États-Unis qu’Internet est né ; c’est dans ce pays que son succès auprès du grand public s’est établi, à partir de 1994. C’est également aux États-Unis qu’à partir de 1998, ce qu’on a appelé la folie Internet s’est développée et qu’elle a touché, parmi bien d’autres, le champ de l’éducation. Les grandes universités se sont mises à voir leur avenir dans le e-learning ; Seymour Papert, célèbre inventeur de Logo, a prédit la fin de l’école, l’avènement du home schooling et de la famille connectée ; mieux encore, le financier Michael Milken, inventeur des junks bonds et condamné pour malversations, déclarait à sa sortie de prison, en exergue à son engagement sur le marché des technologies éducatives : l’éducation sera le plus grand marché du XXIème siècle.

 

L’écho de ces clameurs s’est fait ressentir, avec quelques mois de retard en Europe, mais dans une forme atténuée. Les universités européennes, qui ne sont pas, comme leurs consœurs nord-américaines, des acteurs du marché, envisagent la mise en ligne de leur offre avec une très grande prudence ; les systèmes éducatifs nationaux, malgré les critiques dont ils font l’objet dans certains pays et notamment en France, conservent la totale confiance des familles. Certes, quelques jeunes gens intrépides ont lancé des start-up d’accompagnement scolaire en ligne ; mais ils ont été rattrapés par la vague de reflux des investisseurs avant même d’avoir pu faire leur preuve. En revanche, les opérateurs industriels nationaux les plus directement concernés par le développement des services éducatifs en ligne, France Télécom et les deux groupes d’édition Hachette Lagardère et Vivendi Universal Publishing, affichent, depuis 1998, une volonté qui vacille parfois mais ne se dément pas.

 

On a trop stigmatisé l’irrationalité des enthousiasmes de la nouvelle économie pour retomber dans le même travers, mais inversé, en niant ce que le phénomène Internet a de réel. Si les industriels les plus importants du marché sont actifs sur le marché de l’éducation en ligne c’est parce qu’ils font, comme tout le monde, le constat de l’exceptionnel succès d’Internet dans le système éducatif et dans les familles. Relayée par les collectivités territoriales, l’Éducation nationale est en passe de réussir son pari d’équiper et de connecter la totalité des établissements d’enseignement primaire et secondaire avant 2002. Le taux d’équipement des familles ayant des enfants scolarisés dépassera 40% à la fin de l’année 2001. Les enseignants, à titre personnel, sont équipés et connectés à un niveau très élevé, probablement voisin de 70%.

 

Mais les acteurs du marché ne sont pas les seuls à être actifs dans le champ de l’éducation en ligne ; loin de là. C’est même l’une des caractéristiques de ce nouveau support de communication d’être moins facilement accessible aux industriels capables d’investir et recherchant le profit qu’aux organisations sans but lucratif dont les moyens sont limités : acteurs institutionnels, associations, individus et regroupements informels d’individus.

 

L’objectif de cette étude est de repérer les acteurs importants de l’offre de services éducatifs en ligne, de les situer les uns par rapport aux autres, de décrire et d’analyser le contenu de leur offre ainsi que leurs stratégies. Cet inventaire ne cherche pas à être exhaustif ; objectif évidemment inaccessible si l’on considère la multitude des sites Web individuels et, par ailleurs, sans intérêt puisque même les stratégies des grands acteurs restent sujettes à de profondes remises en cause, que de nombreux acteurs, dans toutes les catégories, sont en permanence susceptibles de disparaître du marché, remplacés par de nouveaux qui prendront leur place ou en créeront d’autres.

 

Pour la commodité de l’exposé, les offreurs de service ont été regroupés dans différentes catégories suivant leur statut légal (privé/public), leur taille ou leur domaine d’activité. La description et l’analyse des stratégies des acteurs les plus importants ou les plus représentatifs dans chacune de ces catégories constitue le cœur de l’étude. Il est complété par quelques analyses transversales, notamment sur la question économique, et par des recommandations stratégiques adressées au CNDP. Les fiches descriptives synthétiques des services étudiés sont regroupées en annexe.

 

Champ de l’étude : services offerts, publics visés, types d’offreurs

 

On désignera par services d’éducation en ligne, tout service à contenu et à vocation éducative accessible par le réseau Internet. Le champ de l’étude est limité aux services s’adressant aux élèves et aux enseignants de l’enseignement primaire et secondaire. On ne considère que les organismes opérant depuis le territoire national et l’on exclut tous ceux qui sont directement rattachés à l’institution scolaire (ministère, rectorats, réseau CNDP).

 

Le public, l’ensemble des personnes et des institutions auxquelles ces services s’adressent, peut être, en première approximation, partagé en quatre groupes :

 

-           les enfants scolarisés : ils sont les destinataires de certains services, notamment d’accompagnement scolaire, mais les clients, dans le cas d’un service payant, sont les familles, les parents de ces enfants ;

-           les parents : ils peuvent être la cible de services particuliers, notamment de conseils concernant la scolarité de leurs enfants ;

-           les enseignants : ils sont, à titre personnel, les usagers visés par de multiples services, notamment d’aide à la préparation des cours, mais ces services, payants ou non, peuvent s’adresser à eux à titre individuel, pour être consommés à domicile, ou au contraire, les toucher par l’intermédiaire de leur établissement ;

-           les établissements : certains services s’adressent à la communauté éducative d’un établissement, enseignants et élèves, ensemble ou séparément ; dans le cas de services payants, le client est alors l’établissement.

 

Pour désigner l’ensemble des personnes et des institutions visées par les services qui sont l’objet de l’étude, on utilisera souvent le terme de marché. Mais c’est avec la conscience que ce terme peut être impropre lorsque le cadre du service rendu n’est pas celui d’un échange marchand mais celui d’un don, d’une mutualisation. Il nous a toutefois semblé que cette spécificité de l’objet étudié est suffisamment pris en compte dans les analyses proposées pour que l’ambiguïté dans les termes employés n’entraîne pas d’ambiguïté sur le fond.

 

On propose, pour la commodité de la description, de regrouper les acteurs du marché de la façon suivante.

 

§         Les deux grands groupes d’édition : Hachette-Lagardère et Vivendi Universal Publishing.

§         Les autres éditeurs privés : Jériko, Editronics, Bibliopolis, Info Média Communication (Rue des écoles).

§         Les start-ups du secteur parascolaire : Paraschool, Ysangar, Keepschool, Cyberprofs, etc.

§         Les industriels : France Télécom, Boulanger (Cyberpapy), EDF, Renault, Nestlé, certains médias, etc.

§         Les institutions publiques (hors Éducation nationale) : Louvre, Musée d’Histoire contemporaine, BNF, musées, etc.

§         Les enseignants et les associations coopératives d’enseignants : EPI, Café Pédagogique, Clionautes, Cartables, Lilimaths, sites personnels, etc.

 

On observera que les acteurs pour lesquels la prestation de services éducatifs en ligne représente une activité exclusive sont minoritaires. A l’exception de quelques start-ups telles qu’Editronics ou Paraschool et, bien sûr, des associations coopératives d’enseignants, l’éducation en ligne est, pour tous les autres, y compris pour les deux grands groupes d’édition, une activité secondaire, voire même absolument marginale.

 

Les deux grands groupes d’édition Hachette et Vivendi

 

L’analyse parallèle de la stratégie des deux grands groupes français d’édition est intéressante pour deux raisons. D’une part, les structures des deux groupes, sans être absolument identiques, présentent une similitude : la présence en leur sein de deux composantes fortes, l’une éditoriale, l’autre technologique. D’autre part, étant en position de concurrence frontale sur le marché de l’éducation, les deux groupes s’observent et sont très réactifs l’un par rapport à l’autre. Sans en faire une règle absolue, on peut dire que Hachette se trouve souvent en position de challenger par rapport à Vivendi qui cherche à prendre son concurrent de vitesse. Mais dans un secteur qui ne tient pas toujours ses promesses, la position de suiveur est aussi celle où l’on prend le moins de risque…

 

Les deux groupes sont entrés sur le marché des technologies éducatives, par certaines de leurs filiales, quasiment en même temps, au début des années quatre-vingt. Depuis lors, malgré toutes sortes de vicissitudes, ils n’ont jamais cessé de prétendre y tenir la première place. A lire ces deux histoires, une impression domine : la création et la diffusion de produits et de services éducatifs multimédias n’a été profitable aux deux groupes que très ponctuellement. Mais malgré l’absence de profit, malgré les revers, aucun n’a jamais abandonné ni accepté de laisser le champ libre à l’autre. D’autant plus que, de révolution technologique en révolution technologique, le marché des technologies éducatives a toujours été donné comme un marché prometteur. Il l’est aujourd’hui plus que jamais ; toutes les conditions sont réunies pour que la rivalité, vieille de vingt ans, se poursuive.

 

L’analyse parallèle des deux groupes est intéressante à un autre titre. Elle révèle les difficultés que l’un et l’autre éprouvent et ne parviennent jamais à surmonter lorsqu’ils tentent de marier les deux cultures qui coexistent en leur sein, celle du contenu et celle de la technologie.

 

Hachette

 

Hachette a, sur Vivendi, un avantage important : la permanence de la marque. Depuis 1826, la maison Hachette édite des manuels scolaires. « J’enseignerai quand même avait dit » Louis Hachette en quittant l’Éducation nationale. Le secteur éducatif, institutionnel et parascolaire compris, constitué principalement des marques Hachette-Education, Hatier, Didier, Foucher et Istra, représente aujourd’hui un tiers de l’activité de Hachette Livres. Hachette est une branche du groupe Lagardère présent également dans la presse et les médias (Fillipachi, Europe1, Canal J), les télécommunications (Club-Internet), les transports (Matra), l’aéronautique et l’armement (EADS).

 

Naissance de Hachette-Multimédia

 

L’intérêt pour les technologies éducatives et l’édition électronique s’est développé à la fin des années quatre-vingt au sein de Hachette-Livres dirigé par Jean-Louis Lisimachio. Hachette a réalisé, en 1990, le premier dictionnaire français sur CD-ROM (Zyzomis). Jusqu’en 1997, Hachette-Livres développera sa politique multimédia de façon indépendante, mettant notamment sur le marché une collection de CD-ROMs d’accompagnement scolaire baptisée Atout-Clic. Parallèlement, Grolier, entité entièrement dédiée au multimédia, développe ses activités, en particulier avec Club-Internet, fournisseur d’accès au réseau. A la fin de l’année 1997, Arnaud Lagardère décide de rassembler les activités numériques de Hachette-Livre et de Grolier dans une entité baptisée Hachette-Multimédia dont la direction est assurée par Fabrice Sergent, créateur de Club-Internet et par Mireille Maurin, transfuge de Hachette-Livre où elle dirigeait le secteur parascolaire. Hachette-Multimédia a réalisé un chiffre d’affaires de 120 MF en 2000.

 

Au moment de la fusion, Club-Internet vient de lancer un service parascolaire en ligne, payant par abonnement et réservé aux abonnés de Club-Internet, Id-Clic. Mais les résultats seront décevants. Une nouvelle version du site, détachée de Club-Internet et baptisée Webbiz, est lancée à la fin de 1999 ; le succès ne sera pas davantage au rendez-vous. Avant même d’être lancé, on estime que les chances de réussite d’un site payant sont trop faibles, si bien que Webbiz est finalement proposé gratuitement. A la fin de l’année 2000, le site change de nom et devient Atout-Clic : les responsables de Hachette-Multimédia espèrent ainsi accompagner et renforcer le succès de leur gamme de CD-ROM d’accompagnement scolaire qui gagne du terrain sur le leader ADI. Le site est d’accès gratuit et vise les 8-12 ans (voir la fiche descriptive en annexe).

 

En janvier 2000, les ventes de l’encyclopédie Hachette multimédia sur CD-ROM, l’un des fleurons de Hachette-Multimédia, chutent. Une autre voie est aussitôt prise : proposer l’encyclopédie en ligne aux abonnés des quatre grands portails d’accès au réseau : Wanadoo, Yahoo, Voilà, Club-Internet. Cette initiative commerciale limite la casse mais les revenus qu’elle génère ne suffisent pas à compenser les importants frais de développement et de mise à jour annuelle des contenus. En septembre 2000, les recettes publicitaires des portails chutent à leur tour, ce qui menace indirectement les fournisseurs de contenus. Pour Mireille Maurin « le seul modèle économique viable, c’est de faire payer l’utilisateur final ; ça prendra du temps mais c’est la seule solution. » A propos des services d’accompagnement scolaire en ligne, elle précise : « la difficulté, c’est le fantasme du tutorat en ligne ; un humain derrière la machine pour mon enfant ; mais c’est impossible, trop cher. »

 

Vers un portail éducation

 

Au cours de l’année 2001, les responsables du groupe, Arnaud Lagardère en particulier, sont amenés à reconsidérer leur stratégie d’ensemble sur le marché éducatif. La séparation des activités livres et multimédia a des conséquences fâcheuses dont l’une d’elles est l’absence de stratégie multimédia forte du groupe sur le secteur institutionnel. Hachette-Multimédia ne s’y intéresse pas ou peu. L’univers scolaire n’appartient pas à la culture des jeunes responsables marketing de la société. De plus, ce marché a la réputation, en partie justifiée, de ne pas être profitable ou du moins de l’être beaucoup moins que le marche familial. Enfin, l’institutionnel est le domaine privilégié de la branche livres avec laquelle la branche multimédia entretient des relations qui ne sont courtoises qu’en façade. L’intérêt de Hachette-Multimédia  pour le marché institutionnel se mesure à la taille des moyens qui lui sont consacrés : une équipe d’à peine trois personnes, dirigée par Jean-Paul Demarson, mal logée dans un petit bureau, et dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’est, en interne, ni encouragée ni considérée. Cette cellule est pourtant le seul interlocuteur des collectivités territoriales  chez Hachette-Multimédia ; c’est avec elle que la municipalité de Besançon a traité pour mettre en ligne la gamme Atout-Clic à destination de ses écoles.

 

Du côté de Hachette-Livres,  on n’a jamais apprécié d’avoir été, en 1998, dépouillé de ses moyens de production multimédia au bénéfice de Hachette-Multimédia et, en quelque sorte, interdit d’une politique autonome dans ce domaine. Engagé en 1999 par Jean-Louis Lisimachio pour préserver cette activité, Stéphane Gaultier, aujourd’hui remplacé par Marie Gaillard, renoncera après quelques mois, faute de moyens, pour fonder Editronics et éditer les i-manuels que Hachette n’avait pas pu ou pas voulu produire.

 

Pour donner de la visibilité et de la cohérence à la politique du groupe sur le marché de l’éducation, mais aussi en réaction à l’offensive que prépare le groupe rival avec son portail Education.com, Arnaud Lagardère crée, au début de 2001, Lagardère Active Education, dont la mission est de réaliser l’impossible regroupement des forces de Hachette-Multimédia et de Hachette-Livres sur le marché de l’éducation. En nommant Jean-Louis Lisimachio à la tête de cette entité, il prend acte du fait qu’en trois ans, la synergie attendue n’a pas eu lieu ; en redonnant l’initiative à la branche livres, il fait repartir le balancier dans l’autre sens. Cette décision est prise dans un contexte défavorable pour Hachette-Multimédia qui ne peut se prévaloir que de la bonne tenue sur le marché, en France et à l’étranger, de la collection Atout-Clic.

 

Jean-Louis Lisimachio confie la responsabilité de la création d’un « portail éducation Hachette » à Yves Clavier, directeur général adjoint de Hatier, qui constitue une équipe d’une vingtaine de personnes prises dans les diverses filiales du groupe concernées par la question, consulte, commande des études et des analyses de besoin. La priorité est donnée au public enseignant. Le portail, payant par abonnement, ouvrira à l’automne 2001. Un service de préparation au Bac est également envisagé pour l’année prochaine. Yves Clavier, interrogé sur cette question en avril n’a pas souhaité nous en dire davantage.

 

 

Vivendi Universal Publishing

 

Le parcours de l’organisation aujourd’hui appelée Vivendi Universal Publishing (VUP : 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 22 000 employés dans 40 pays) dans le multimédia éducatif est plus chaotique et plus difficile à reconstituer, mais il traduit bien la même difficulté à réussir le mariage entre les forces éditoriales traditionnelles et celles dédiées aux technologies. Vue du côté des filiales françaises d’édition scolaire (Nathan, Bordas, Larousse, Retz), la situation actuelle est le résultat d’absorptions successives. Au départ, maisons indépendantes, elles sont devenues d’abord filiales d’un groupe d’édition (CEP), puis d’un groupe de communication (Havas), enfin d’un énorme groupe international de médias et de services (Vivendi Universal). Certaines de ces maisons ont profité des absorptions (Nathan par exemple) mais ce n’est pas le cas pour toutes (Bordas par exemple). Ces transformations ont parfois eu pour effet de réunir d’anciens rivaux, ce qui ne manque pas de poser un problème à au moins l’un des deux. Lorsque, à la suite d’une acquisition aux États-Unis, Coktel et son célèbre ADI, leader des CD-ROMs d’accompagnement scolaire, rejoint le groupe, Nathan se voit contraint d’abandonner ses propres projets dans ce secteur (Nathan entraînement).

 

Le développement du multimédia éducatif au sein de Havas puis de Vivendi est marqué par la forte personnalité d’Agnès Touraine. Venue de Hachette, elle est appelée en 1995 par Christian Brégou, dirigeant de la CEP, pour prendre la tête de Liris Interactive, filiale chargée de fédérer et de développer la production multimédia du groupe CEP, alors dispersée dans plusieurs maisons. Agnès Touraine a réussi un parcours très impressionnant qui l’a conduit aujourd’hui à la vice-présidence de VUP.

 

On retrouve dans l’histoire du multimédia éducatif chez Vivendi les mêmes ressorts rencontrés chez le groupe rival : la volonté de rassembler les énergies des différentes composantes éditoriales et technologiques du groupe autour d’un projet commun et l’impossibilité d’y parvenir, quelle que soit la façon de s’y prendre, que l’on laisse les filiales libres de leur politique, que l’on donne le leadership aux composantes technologiques ou que l’on crée des structures ad-hoc telles que Havas-Interactive ou Hachette-Multimédia. Mais là où ces difficultés sont facilement perceptibles chez Hachette du fait de la relative stabilité du périmètre du groupe, elles sont masquées chez VUP qui s’est lancé depuis 1995 dans une course en avant effrénée, fondée sur les acquisitions et la croissance externe.

 

Pour illustrer les difficultés de la synergie chez VUP, nous nous contenterons d’un exemple récent, celui de Internet-Ecoles, puis nous présenterons la politique actuelle du groupe en matière de services éducatifs en ligne, dernière tentative en date de réussir l’impossible coopération des filiales.

 

L’aventure manquée de Internet-Écoles

 

En 1998, alors qu’il devient certain que les établissements scolaires vont tous se connecter à Internet, les responsables de Nathan se posent la question de leur présence sur ce front. Plusieurs hypothèses sont envisagées. A ce stade, les filiales du groupe concernées, Nathan et Cegetel principalement, débattent d’une stratégie commune. Il est finalement décidé de se concentrer sur les écoles primaires et de créer un site Web, payant par abonnement et adossé au célèbre Journal des Instituteurs (JDI), fleuron de Nathan. Sur le papier, le projet se présente bien : les intérêts des deux filiales sont parfaitement complémentaires : grâce à un site riche en contenus et à la notoriété de Nathan, Cegetel disposera d’un instrument efficace pour rivaliser avec France Telecom sur le marché de la connexion des écoles à Internet.

 

La logique voulait que la direction éditoriale du projet soit confiée à l’éditeur et que la synergie avec Cegetel joue sur le plan technologique et commercial. Mais, pour des raisons impossibles à élucider, c’est une équipe de Cegetel qui prend la direction opérationnelle du projet, baptisé alors Internet-Ecoles plutôt que Nathan-Ecoles, contre toute logique commerciale. Les équipes de Nathan assument leur responsabilité éditoriale, mais sans enthousiasme ; en matière de commercialisation, Cegetel et Havas ne sont pas à la hauteur et le projet, lancé à grands fracas, sera finalement un échec cuisant. Rapidement, Cegetel se retire et abandonne le projet à Nathan qui le maintiendra en vie mais, fautes de moyens, ne parviendra pas à le développer jusqu’à sa dissolution attendue dans Enseignants.com.

 

Le portail Education.com

 

L’annonce par Jean-Marie Messier et Agnès Touraine, le 12 février 2001, dans le cadre du Milia, du lancement du portail Education.com a fait sensation. Bénéficiant d’un budget de 25 millions d’euros, Education.com veut être le portail de l’éducation en France, aux États-Unis, en Allemagne. Ce lancement spectaculaire n’a pas été immédiatement suivi d’effets visibles ; le site existe mais ses responsables reconnaissent que l’ouverture véritable du service et la nécessaire campagne de communication qu’elle suppose ne se feront pas avant septembre 2001. L’annonce du Milia correspondait sans doute à des objectifs de communication externe et interne ; elle ne facilite en tous cas pas la tâche des responsables du site.

 

Le service s’adresse d’abord aux familles, parents et enfants, ainsi qu’aux enseignants mais à titre personnel, dans le cadre des usages au domicile. Ces services sont complétés par l’inévitable boutique où l’on peut acquérir les produits du groupe. Aucune offre n’est prévue en direction des établissements scolaires. En France, le service proposé aux enseignants est plus étoffé du fait de la présence dans le groupe d’une forte composante d’édition scolaire. Aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne où VUP ne dispose pas de telles filiales, l’offre aux enseignants est plus réduite, semblable à celle faite aux parents dans tous les pays : des informations, des outils de communication et de mutualisation (espace familial, salle des profs virtuelle). Le service destiné aux enfants, baptisé Moskitown comporte les services classiques de jeux, centre de ressources, forums et chats, révision et soutien scolaire. Pour l’instant ces services sont gratuits. Les tarifs envisagés sont les suivants : 149 F par an pour l’espace familial privé et la salle des profs virtuelle, 249 F par an pour le service d’entraînement scolaire personnel. L’équilibre financier est attendu pour 2002. Le modèle économique est basé sur les revenus suivants : 44 % d'abonnements, 46 % de vente directe et 10 % de publicité.

 

Le risque couru est à la mesure des ambitions affichées. Il est difficile d’en dire davantage à ce stade, tant que le service n’est pas totalement opérationnel.

 

En dehors de l’accompagnement scolaire proposé dans Moskitown, l’offre scolaire et parascolaire de la version française de Education.com se trouve concentrée dans deux services extérieurs, pilotés par Nathan : Abcbac et Enseignants.com.

 

Deux services scolaires en ligne : Abcbac et Enseignants.com

 

Lorsque les responsables de VUP envisagent la création de Education.com, ils savent que des services  éducatifs en ligne existent déjà dans certaines filiales : Adiland, complément en ligne des CD-ROMs, chez Coktel, Internet-écoles et Abcbac, un service de préparation au Bac, chez Nathan. L’orientation très familiale du portail doit faciliter la complémentarité avec ces deux derniers services.

 

Abcbac a été lancé en avril 2000 au sein du département parascolaire de Nathan par Dominique Korach. Le service se veut le complément en ligne de la collection d’ouvrages imprimés du même nom et des annales du Bac. Il est payant et probablement non rentable : les 3 500 abonnés payants déclarés, s’ils étaient confirmés, ne suffisent tout de même pas à amortir les investissements consentis et les frais de fonctionnement, qui restent cependant limités : une seule personne, au sein de Nathan, travaille sur le service. Pour Nathan et au-delà, pour VUP, l’attrait du secteur de la préparation aux examens (un service pour le Brevet est envisagé) provient surtout du fait que les familles sont, pour ce type de service davantage que pour tout autre, particulièrement bien disposées à l’égard d’un service payant, ponctuel et jouant sur la promesse de la réussite à l’examen. On verra plus loin que des start-up s’intéressent également à ce marché ainsi qu’à celui, complémentaire, des résultats et corrigés.

 

Enseignants.com est une initiative plus récente de Nathan. Fabienne Rubert est engagée en mars 2000 pour reprendre la direction de Internet-Ecoles et envisager son extension au collège et au lycée. La solution qu’elle met finalement en œuvre, Enseignants.com, se démarque nettement d’Internet-Ecoles en ce sens que le service s’adresse, non pas aux établissements, mais aux enseignants à titre personnel. Fabienne Rubert justifie ce choix comme étant la réponse à une demande des enseignants : « la demande des enseignants c’est : avec Internet, on perd du temps. Donc, nous, on leur fait gagner du temps en leur apportant des ressources sélectionnées ».

 

Le nouveau service se présente comme une base de données de ressources didactiques (scénarios d’activités pédagogiques pour l’essentiel) classées par niveau et par discipline et provenant principalement des revues papier éditées par Nathan : le Journal des Instituteurs, la Nouvelle Revue Pédagogique (enseignement du français), Éducation enfantine (maternelle). Les ressources sont vendues à l’unité, sous forme de micro-paiements, par un système de points. L’abonnement correspond à un certain nombre de points. Le service actuellement en expérimentation est gratuit ; il devrait devenir payant à partir de septembre.

 

 

Deux groupes face à face

 

Ni au sein des deux groupes, ni entre eux, la cohérence ne semble être de mise. On peut par exemple s’étonner qu’au même moment, on fasse du côté de Hachette le constat que le marché du parascolaire n’est pas bien disposé à l’égard des services payants par abonnement et qu’on se lance chez Vivendi dans un projet pharaonique de ce type. Et s’étonner encore davantage de voir le même Hachette se lancer dans un projet de service pour les enseignants fondé, lui aussi, sur le principe d’un abonnement individuel payant. Un autre exemple chez VUP : la solution de micro-paiements imaginée pour Enseignants.com n’est pas compatible avec le système d’abonnement plus traditionnel mis en place par le portail Education.com dont Enseignants.com est, en quelque sorte, la composante institutionnelle. Dernier exemple : au moment où, chez Hachette, on déclare solennellement que le public qui doit être visé prioritairement par les services éducatifs en ligne est celui des enseignants, clients naturels des maisons d’édition, prescripteurs à la fois de l’école et des familles, VUP concentre ses efforts sur la famille, se contentant de récupérer l’offre institutionnelle de Nathan sous forme de liens. Plus grave, la valeur ajoutée d’une part importante des services offerts par Education.com est loin d’être évidente : soit elle ne repose que sur la présence simultanée d’autres abonnés (forums, chats, salles des profs), soit elle recoupe des offres disponibles ailleurs gratuitement (espace familial).

 

Que faut-il penser de telles différences et de telles incompatibilités apparentes dans les analyses et les stratégies ? On peut être tenté, en face de groupes industriels si puissants et des intelligences qui les gouvernent, d’adopter une posture modeste : les ressorts des politiques de ces grands groupes et de ces grands esprits nous sont nécessairement inaccessibles. Nous pouvons, heureusement, faire un peu plus que cela.

 

Pour commencer, il est sain de prendre les déclarations des dirigeants avec prudence. Lorsque ceux de VUP déclarent avoir investi 25 millions d’euros dans le site Education.com et que l’on regarde le site en question, rien ne force à croire en la réalité d’une telle dépense. Les annonces que fera Hachette à la rentrée en lançant son site devront être prises, elles aussi, avec circonspection. Plus significatif, les deux groupes, comme on l’a montré dans les paragraphes précédents, en plus des difficultés propres du marché, lesquelles ne sont pas minces, doivent affronter des difficultés internes de management, notamment celles qui découlent de la confrontation des intérêts contradictoires des filiales concernées par un même marché. Les décisions prises résultent plus souvent d’un arbitrage interne que d’une analyse objective des conditions du marché.

 

Enfin, il ne faut pas oublier que les grandes décisions sont prises, dans ces groupes, au niveau le plus élevé du management : Arnaud Lagardère pour Hachette, Agnès Touraine pour VUP.. Or, rien ne dit que ces deux personnes aient une connaissance personnelle de l’Internet éducatif qui garantirait la pertinence de leurs décisions. Le caractère insaisissable de ce marché fait que l’un et l’autre sont probablement soumis à des avis et à des conseils contradictoires. Et quand leurs décisions sont prises, elles ne sont plus discutées. Après avoir donné l’ordre à ses troupes de foncer sur le projet de cartable électronique, Agnès Touraine passe à autre chose et la décision prise ne sera plus contestable par qui que ce soit. Arnaud Lagardère, ébranlé dans ses certitudes par les déboires de Hachette-Multimédia finit par céder aux recommandations de Jean-Louis Lisimachio. Mais lorsque Yves Clavier reçoit pour mission de concevoir, pour les enseignants, un site payant par abonnement, plus personne n’est en mesure de discuter cette orientation, pourtant éminemment discutable.

 

En conclusion, il faut cesser de voir les deux grands groupes d’édition, comme des conquérants puissants et intelligents, décidés à prendre des positions hégémoniques sur un marché auquel ils croient, mais comme des acteurs maladroits, indécis, contraints de se battre sur un marché qu’ils comprennent mal, dont ils font parfois semblant de croire qu’il les intéresse au plus haut point, craignant de rater une occasion, mais craignant surtout que leur absence ou leurs erreurs ne finissent par miner les positions solides et profitables qu’ils occupent sur des marchés voisins, celui du manuel scolaire par exemple.

 

 

Les autres éditeurs privés

 

Les éditeurs scolaires, comme Magnard ou Vuibert, qui n’appartiennent pas à l’un des deux grands groupes ont une position très modeste sur le marché du multimédia éducatif. Aucun d’eux, à notre connaissance, n’est présent sur le réseau autrement que par un site Web promotionnel. De même, la plupart des éditeurs spécialisés dans les produits multimédias éducatifs, comme Auralog, Génération5 ou EMME, se contentent de leur offre de produits hors-ligne. Quatre exemples d’éditeurs ayant une réelle stratégie de services en ligne nous semblent devoir être considérés : Jériko, Editronics, Groupe Info Média Communication (éditeur de Rue des Ecoles) et Bibliopolis.

 

Jériko

 

Jériko, créée en 1984, édite et distribue des logiciels éducatifs. La société est dirigée par Michelle Barrière. Depuis 1996, Jériko a surtout développé son activité de distribution de CD-ROMs sur le marché institutionnel avec un catalogue qui réunit la quasi-totalité de l’offre existante, y compris celle des deux grands groupes Vivendi et Hachette. Mais Jériko reste actif sur le front de l’édition et en particulier sur celui de l’édition en ligne. Après une première tentative en 1998 avec Bayard Presse dans le domaine des langues (I love English, Today English), tentative décevante mais qui a donné naissance à une collection de CD-ROMs, Jériko s’est relancé dans l’aventure avec, en 2000, un premier service destiné aux écoles, Espace-Ecoles, suivi, un an après, de deux autres, sur le même principe : Espace-Collèges et Espace-Lycées (voir la fiche descriptive de ces trois services en annexe).

 

Pour créer ces services, Jériko a bénéficié du soutien du ministère de l’Éducation nationale et d’un partenariat de trois ans avec France Télécom. Ces services visent à être ce que l’on pourrait appeler des services d’éditorialisation de la production des établissements scolaires : travaux d’élèves sur le thème du patrimoine pour le primaire, dossiers de travaux croisés (itinéraires découvertes dans la réforme annoncée) pour les collèges et de TPE (travaux personnels encadrés) pour les lycées. Ils sont, pour l’instant, gratuits. Un peu plus de 1000 écoles élémentaires se sont inscrites sur Espace-Ecoles mais toutes n’ont pas apporté de contribution. Le service rendu est incontestablement utile et, pour ce que l’on peut en juger de l’extérieur, bien réalisé. Au moment de son lancement, il a provoqué quelques réactions défavorables de la part d’associations, telles Cartables.net, qui ont contesté le fait qu’un éditeur privé intervienne dans un processus, la mutualisation des travaux d’élèves, qui relèverait à leurs yeux du service public ou du secteur associatif.

 

Pour financer les dépenses de fonctionnement du site, Michèle Barrière envisage deux solutions. D’une part, la vente aux collectivités territoriales d’un droit d’usage forfaitaire pour l’ensemble de leurs établissements ; d’autre part, le paiement par les usagers des outils spécifiques d’aide à la production multimédia. La première solution est explorée avec plusieurs Conseils Généraux et Conseils Régionaux ; la seconde est à l’étude.

 

Les trois sites imaginés par Jériko correspondent incontestablement à un besoin des établissements qui ne pourra que se renforcer lorsque les dispositions prévues par la réforme des collèges, celles notamment concernant les activités pluridisciplinaires, seront mises en place. La participation d’un éditeur privé dans ce nouveau domaine d’activités scolaires pose un problème qui n’est que l’une des facettes d’une question plus générale concernant la position de l’édition privée sur le marché institutionnel du multimédia éducatif. Cette question sera reprise dans la dernière partie de l’étude.

 

Editronics

 

Créée par Stéphane Gaultier en mai 1999, l’entreprise Editronics peut être considérée comme une start-up de l’Internet. Le projet, lauréat du concours de création d’entreprises innovantes du ministère de l’Education nationale, est soutenu par un fonds d’investissement (Finadvance Venture) et un Business Angel. Stéphane Gaultier en est l’actionnaire majoritaire.

 

Le principe original du i-manuel est d’être un manuel imprimé ordinaire complété par un service en ligne. Le manuel est léger (96 pages) et se limite aux contenus stricts du programme (une page = une leçon de 50 minutes). Sa conception et sa réalisation ont été sous-traitées à la société ATE (Atelier d’édition européen). L’économie réalisée sur le papier est réinvestie dans le site mais globalement le prix du i-manuel est aligné sur celui de ses concurrents : 17 euros par élève et par an. Comme pour tout manuel, l’adoption du i-manuel se fait au niveau de l’établissement. Le service en-ligne propose toutes sortes de pistes d’enrichissements des cours, soit sous forme de documents prêts à l’emploi, soit sous forme de liens vers des sites Web et de fonctions permettant d’éditer et de mettre ces ressources à la disposition des élèves. Chacun peut consulter le service depuis l’établissement ou à son domicile. Des fonctions sont prévues pour la mutualisation des compléments de cours produits par les enseignants utilisateurs du i‑manuel. Les premières expérimentations qui auront lieu au cours de l’année scolaire 2001-2002 à partir des quatre premiers manuels commercialisés (Education civique, juridique et sociale - 1ère ; Histoire Géographie - 5ème ; Sciences et Vie de la Terre - 5ème) permettront de dire lesquelles parmi les multiples fonctions offertes par le service en ligne sont les plus utiles et les plus utilisées.

 

Dans un premier temps, Editronics recherche des partenariats avec des collectivités locales pour réaliser des expérimentations dont les résultats seront cruciaux pour la réussite et l’avenir du i-manuel. Il s’agit là d’un authentique projet industriel qui explore une solution alternative à la formule du manuel scolaire classique auquel les enseignants restent très attachés. La formule est, sur le papier si l’on peut dire, un astucieux compromis entre cet attachement et le goût avéré de ces mêmes enseignants pour Internet. Si ce premier essai est transformé, Stéphane Gaultier, plutôt que de développer une série de manuels sous la marque Editronics, préfèrerait nouer des accords avec des éditeurs scolaires indépendants, tels Belin, Magnard ou Bréal, pour co-produire des i-manuels avec eux, sous leur marque et avec leurs équipes d’auteurs. Le projet de l’entreprise est donc davantage celui d’une prestation de service auprès d’un ou de plusieurs éditeurs scolaires qu’un projet de maison d’édition.

 

Rue des écoles

 

Info Média Communication est un groupe d’édition et de distribution (environ 80 personnes) créé et dirigé par Philippe Sylvestre, également actionnaire principal de Bibliopolis. Rue des écoles est l’une des activités du groupe à côté de l’édition et de la distribution de livres jeunesse (éditions Circonflexe, Cesam). Rue des écoles est un site Web gratuit, entendant bien le rester, et qui cherche à couvrir les besoins d’information des élèves, des parents et des enseignants, pour l’instant au niveau primaire et secondaire. Des extensions du service actuel pour la préparation du Bac et l’enseignement supérieur sont en projet.

 

Pour Charles Myara, responsable du service, « l’originalité de Rue des Ecoles c’est d’offrir des contenus personnalisés pour aller vite et travailler efficacement ; on demande aux usagers de s’identifier de façon que, suivant qu’ils sont parents, élèves ou enseignants, suivant leur niveau scolaire, ils se trouvent dans un univers personnalisé où les informations qui les concernent directement leur sont présentées en premier plan ». Le nombre de visiteurs, d’inscrits et de pages vues est le souci principal du responsable du site. Les chiffres annoncés (1,7 millions de pages vues en mars 2001, voir fiche descriptive en annexe pour d’autres détails), invérifiables, doivent être pris avec prudence. Par quel facteur faut-il les diviser pour approcher la réalité de l’audience : 2, 3, 10 ?…

 

Parmi les multiples services offerts : pour les élèves, des fiches de révision et des aides à la résolution des exercices de tous les manuels scolaires du marché ; pour les enseignants, un observatoire des manuels scolaires comportant un descriptif de chaque manuel et une analyse de ses points forts et de ses points faibles.

 

Sur le plan économique, le service ne peut pas se permettre de perdre de l’argent. Le site est développé avec les ressources internes (équipe informatique du groupe) et les charges supplémentaires se limitent pour l’essentiel à deux salaires auxquels s’ajoutent les coûts de production de contenus, rémunérations des auteurs, enseignants pour la plupart. Ces dépenses doivent être financées par des partenaires industriels qui interviennent comme parrains d’une partie du site. Ainsi, par exemple, la MAIF a-t-elle financé un dossier sur les risques professionnels des enseignants. C’est ce modèle économique que Charles Myara souhaite étendre en démarchant systématiquement les grandes entreprises publiques et privées et en proposant à chacune de financer un dossier thématique dans un domaine les concernant directement. Rue des écoles cherche donc à être l’interlocuteur de toutes les organisations qui souhaitent communiquer avec l’éducation. On comprend pourquoi l’affichage de niveaux d’audience élevés est un argument si décisif pour la réussite de cette stratégie.

 

Lili-Bibliopolis

 

Bibliopolis se définit comme « la référence électronique en littérature et sciences humaines ». C’est une entreprise privée qui commercialise des fonds documentaires numérisés, sous forme d’abonnement, auprès des bibliothèques universitaires et des grandes bibliothèques publiques, en France et à l’étranger. Complétant cette offre de base, le service Lili propose aux professeurs de lettres du collège et du lycée une grande variété de ressources pédagogiques : fiches de lecture, dossiers, notes de lecture sur les textes et les auteurs du programme, forums thématiques, bulletin d’information. Il compte 14 600 abonnés dont tous ne sont évidemment pas des usagers réguliers. La qualité des contenus explique la très bonne réputation qu’il a parmi les professeurs de lettres.

 

Le site a été conçu et développé par les équipes de Bibliopolis en 1999, sans soutien de l’Éducation nationale. L’accès est gratuit et réservé aux enseignants. Pour rentabiliser les frais de création du site et de son entretien (une personne à temps plein en interne et un animateur enseignant extérieur, Jean-Eudes Gadenne, par ailleurs animateur du Portail des lettres, rémunéré en droits d’auteurs), l’entreprise comptait sur la vente de « manuels sur mesure », livres imprimés à partir des documents sélectionnés sur le site ou créés par l’enseignant lui-même. Pour une commande de 60 exemplaires d’un manuel de 100 pages, le prix à l’unité serait d’environ 60 F. Mais aucune commande n’a été enregistrée : « trop compliqué » estime Laurence Péan, responsable du site chez Bibliopolis.. Le passage à un service payant est envisagé mais l’éditeur hésite, craignant que le site ne soit aussitôt abandonné par ses usagers actuels. Pour l’heure, les dépenses de fonctionnement du site sont consolidées au niveau de l’entreprise qui a souffert, en 2001, des contrecoups de sa fusion manquée avec Gallimard. Des transformations profondes dans l’actionnariat et la ligne éditoriale de Bibliopolis sont possibles dans les mois qui viennent.

 

Quelle place pour les éditeurs indépendants ?

 

Les éditeurs privés indépendants ne sont pas davantage que les deux grands groupes à leur aise sur le marché des services éducatifs en ligne. Contraints à la rentabilité à court terme, disposant de capacités d’investissements limitées, il sont condamnés à être plus imaginatifs, plus rapides plus malins que leurs rivaux. Mais dans un domaine où le problème principal demeure la rémunération des services en ligne, il est difficile de prédire lesquels d’entre eux réussiront à tirer leur épingle du jeu.

 

Conscients que, dans le domaine de l’éducation, faire payer un service en ligne à l’utilisateur final revient, actuellement, à le condamner, tous ces éditeurs s’efforcent, par divers moyens de trouver une solution, une contrepartie à leurs dépenses. Rappelons-les : Jériko s’appuie sur les financements publics et le partenariat avec France Télécom en attendant le relais des collectivités territoriales ; Rue des écoles se fait financer par des parrains ; Bibliopolis espère vendre  des manuels sur mesure à ses usagers. Editronics avec son i-manuel réussit à échapper au piège en ne fixant pas de prix pour le service en ligne mais seulement un pour l’ensemble manuel-service ; de plus, ce n’est pas l’utilisateur final qui paie mais l’établissement scolaire ou la collectivité locale. En définitive, aucun de ces éditeurs dont on peut supposer qu’ils connaissent bien leur marché ne croit à la solution qui est pourtant celle retenue par les deux grands groupes d’édition : faire payer l’usager final sous forme d’abonnement ou de micro-paiements. Nous reviendrons sur cette question dans la conclusion de l’étude.

 

 

Les start-up de soutien scolaire en ligne

 

Plusieurs start-up proposant des services de soutien scolaire, qualifiés également d’aide aux devoirs ou d’accompagnement scolaire, sont apparues en 1999 et 2000. On ne considère pas ici les services similaires proposés par les deux grands éditeurs (Atout-Clic pour Hachette ou Moskitown et Abcbac pour Vivendi) ou par des industriels comme France Télécom (Après l’école) ou Boulanger (Cyberpapy) qui sont analysés ailleurs. Certaines des start-up créées en 1999 et 2000 ont disparu mais d’autres restent présentes sur le marché. La plus en vue, Paraschool, a récemment réussi ce qui peut être considéré comme un tour de force : réaliser une deuxième levée de fond de 9 MF auprès de ses investisseurs en  mars 2001, au plus fort de la déprime de la nouvelle économie.

 

L’argumentaire sur lequel ces services en-ligne se sont montés est bien connu. Le secteur du parascolaire, cours particuliers ou de groupes, cahiers de vacances, CD-ROMs, est, depuis une vingtaine d’années un secteur florissant, en constante progression. Le phénomène est général mais il est particulièrement fort en France où le système éducatif, très sélectif, incite les parents à soutenir leurs enfants pour les aider à mieux franchir la série ininterrompue des obstacles scolaires, de la maternelle jusqu’aux grandes écoles : passage dans la classe supérieure, examens, concours. Les services en-ligne offrent, par rapport aux formules existantes, une série d’avantages spécifiques :

 

-           continuité du service dans l’espace et dans le temps grâce au mail et au site Web ;

-           possibilité de dialogues en direct et d’échanges avec des enseignants et avec d’autres élèves  ;

-           mise à jour régulière des contenus ;

-           prix compétitifs par rapport aux cours particuliers.

 

C’est à partir de ces avantages que de jeunes entrepreneurs ont bâti leur business plan et ont réussi à convaincre des investisseurs de se lancer, avec eux, dans l’aventure de l’accompagnement scolaire sur Internet. Ces services s’adressent à des familles équipées et connectées mais ce sont heureusement celles aussi qui ont les moyens de les payer. La présence sur ce marché de très grandes entreprises, telles Vivendi, Hachette et France Télécom, réputées bien connaître le marché, a été un argument supplémentaire fort dont ces nouvelles entreprises ont certainement joué auprès de leurs financeurs potentiels.

 

Contenus des services et fonctionnement

 

Les six services ayant fait l’objet d’une analyse détaillée (voir les fiches en annexe de Paraschool, Keepschool, Ysangar, Cyberprofs, Clic-école, Kidiweb) proposent chacun une sélection de services, de l’école primaire au premier cycle universitaire, pris dans l’ensemble suivant :

 

-           fiches de cours téléchargeables ;

-           cours complet consultables en ligne (cours, exercices, Quizz) ;

-           envoi périodique par mail de leçons, d’exercices, de corrigés ;

-           aide au devoir par question/réponse (mail) avec un enseignant ;

-           forum d’élèves ;

-           forum d’élèves et d’enseignants ;

-           chat avec un enseignant (rendez-vous individuel ou plage horaire quotidienne fixe) ;

-           cours à domicile.

 

Mieux que par le type de services qu’elles proposent et qui sont assez proches les uns des autres, ces entreprises se distinguent par le fonctionnement et l’esprit qui les anime. Il y a d’une part, celles qui, comme Paraschool, Keepschool et Kidiweb ont été lancées au début de l’année 2000 avec l’esprit d’aventure très spéculatif des start-up de l’Internet. Ces entreprises sont actuellement dans une position difficile car leurs objectifs, en terme de nombre d’abonnés et de rentabilité, sont loin d’être atteints. Nicolas Vauvillier, jeune dirigeant de Keepschool a accepté de nous communiquer le chiffre d’affaires de son entreprise : 1 MF attendu en 2001. C’est évidemment très peu. Les dirigeants de Paraschool n’ont pas voulu nous donner leur résultat ni le nombre de leurs abonnés ; sans doute sont-ils supérieurs mais, malgré le succès relatif de cette entreprise auprès des financiers, l’euphorie ne semble pas régner non plus de ce côté. Le cas de Kidiweb est un peu différent. Il s’agit d’un site entièrement gratuit dont les contenus s’adressent aux familles ; un service de soutien scolaire a été ouvert récemment, appuyé sur un groupe d’enseignants bénévoles qui répondent aux questions que leur posent des parents et des élèves. Mais sur l’ensemble de son activité, Kidiweb est, comme toutes les entreprises dont les revenus proviennent principalement des annonceurs, dans une situation relativement incertaine.

 

Le second groupe, au sein duquel nous avons retenu Ysangar, Cyberprofs et Clic-Ecole, est formé d’entreprises créées par un ou plusieurs enseignants qui tentent d’étendre le principe des cours particuliers en utilisant le support Internet. Dans le cas de Clic-Ecole, il s’agit d’une institutrice isolée qui envoie une fois par semaine des leçons et des exercices par mail à une cinquantaine d’élèves du primaire. Le prix relativement élevé du service (139 F par mois) ne lui apporte pourtant pas un revenu mensuel supérieur au SMIC. Or, dans une économie de services de ce type, les sources de productivité sont faibles. Ysangar et Cyberprofs, organisés différemment et bénéficiant d’investissements de départ plus importants pourraient être confrontés aux mêmes difficultés, une fois leurs réserves financières épuisées. Cyberprofs a choisi une modalité de paiement qui nous paraît très peu attractive pour l’usager et, surtout, absolument anti-pédagogique : chaque question posée coûte 30 points (environ 3 euros) et une correction de copie, 120 points (environ 12 euros). Curieuse façon de motiver un élève à travailler…

 

Les sites « examens »

 

En dehors du site de Nathan (Abcbac) et de celui, annoncé de Hatier, les services spécialisés sur le Bac, soit dans la préparation de l’examen, le bachotage en-ligne un mois avant la date fatidique, soit dans la mise en-ligne des résultats et des corrigés, se multiplient, ce qui rend ce secteur très compétitif. C’est un segment du marché parascolaire dont certains acteurs soupçonnent qu’il pourrait être particulièrement rentable. Il est vrai qu’il l’est déjà, au moins pour la société Eductique qui réalise depuis plusieurs années de substantiels bénéfices grâce à la diffusion sur Minitel des corrigés et des résultats du Bac. Le passage progressif à Internet est, pour cette entreprise, inévitable mais synonyme d’une baisse considérable de ses revenus. Son site Web (http://www.france-examen.fr), ouvert en juin 2000, présente les résultats du Bac et du brevet des collèges et envisage de s’étendre à d’autres examens et concours ; mais surtout, pour compenser le manque à gagner financier dû au passage sur Internet et qui ne pourra pas être rattrapé, et de très loin, par les recettes publicitaires, les responsables de la société ont choisi d’étendre leur offre à des services de préparation ; mais sur ce front, ils devront faire face à une concurrence redoutable.

 

En mars 2001, Patrice Magnard, héritier de l’éditeur du même nom et l’un des fondateurs de la librairie en ligne Alapage annonçait, à l’adresse http://www.exam.fr, son arrivée sur ce créneau prometteur mais décidément bien encombré, avec un service qui prévoit, sans surprise, des QCM de préparation à l’examen en accès gratuit et des fiches de révision en accès payant. Tous ces compétiteurs commerciaux devront compter avec la multitude d’acteurs associatifs (voir plus loin) qui proposent gratuitement toutes sortes de soutiens en ligne à la préparation au fameux examen. Ils devront enfin prier pour qu’aucun ministre de l’Education nationale n’ait l’idée saugrenue de supprimer un jour le Bac, cette poule aux œufs d’or…

 

 

Les industriels

 

Sont rassemblés dans ce groupe, des entreprises publiques et privées d’où émerge France Télécom, grand par la taille, mais également par la force de son engagement dans le domaine de l’éducation en ligne. Pour tous ces industriels, y compris pour France Télécom, l’éducation représente un domaine d’activité secondaire et même marginal lorsqu’il n’est qu’une composante de la politique de communication d’une grande entreprise en direction du monde de l’éducation.

 

France Telecom et l’éducation en ligne

 

Depuis plusieurs années, France Télécom (FT) est présent sur le domaine de l’éducation en-ligne, non seulement comme fournisseur de services de télécommunication et de raccordement au réseau, mais également comme prestataire de divers services éducatifs qui complètent cette offre de base. Depuis 1998, les ambassadeurs FT forment les équipes pédagogiques des établissements à l’utilisation du réseau. FT est également présent sur le secteur parascolaire avec le service Après l’école ouvert en octobre 1998. Sur le secteur institutionnel, les services de raccordement des établissements scolaires et de sensibilisation des enseignants sont regroupés au sein de Scolagora, tandis que le portail Wanadoo-éducation rassemble, depuis novembre 1999,  toute une série de services en ligne gratuits dont certains développés en partenariat avec des éditeurs et des associations.

 

·        Le tour du Net : un magazine périodique d’informations générales sur l’Internet éducatif.

·        Educadoc : un annuaire de sites Internet éducatifs répertoriés par les usagers du service Wanadoo eux-mêmes.

·        « Ca c’est vraiment nous ! » : une série de courtes émissions de Web-tv sur des thèmes intéressant les collégiens.

·        Studio Internet : service de création en ligne de sites Web d’établissement.

·        Romans virtuels et collectifs créés en ligne par des écoliers du monde entier, projet développé avec l’association ADEMIR.

·        Espaces-Ecoles, Espaces-Collèges et Espaces-Lycées développé avec l’éditeur et distributeur Jériko (voir plus haut)

 

Par ailleurs, FT est partenaire du site Rue des écoles (voir plus haut). La présence très forte de FT sur l’ensemble de la gamme des services éducatifs n’est pas toujours du goût de certains représentants du monde de l’éducation qui estiment que l’opérateur, en formant des enseignants et en produisant des services éducatifs en-ligne, sort du champ de ses missions.

 

Les performances du service après l’école sont difficiles à estimer. Les chiffres figurant sur le site de FT (110 000 inscrits) ne sont pas crédibles et les responsables interrogés se refusent à communiquer le nombre de leurs abonnés payants. Les indications que nous possédons sur le succès des sites payants en général et sur ceux du secteur parascolaire en particulier nous incitent à une certaine prudence. Il est peu probable que le service soit financièrement rentable et personne ne serait très étonné d’apprendre que FT décide finalement de l’arrêter.

 

Sur le plan de la gestion interne, les services éducatifs en ligne se sont trouvés écartelés entre deux entités : Wanadoo et notamment la direction Wanadoo Services Professionnels d’un côté, la direction France Télécom Education qui gère l’ensemble des services aux établissements sous le nom de Scolagora, de l’autre. Initialement situés du côté de la direction de FT, les services éducatifs en ligne se sont progressivement rapprochés de Wanadoo jusqu’à y être totalement rattachés en novembre 1999, peu de temps avant que Mireille Le Van qui en était alors la responsable soit nommée à la direction de Wanadoo Services Professionnels.

 

Cette organisation qui prévalait jusqu’en avril 2001 vient d’être remise en cause par une décision interne importante prévoyant de ramener les services éducatifs en ligne, actuellement chez Wanadoo, du côté de la direction Education de FT et donc de Scolagora. Les causes de ce retournement stratégique sont multiples ; les difficultés de Wanadoo comme de tous les offreurs de services en ligne à trouver un modèle de fonctionnement qui soit économiquent viable y est certainement pour beaucoup. Par ailleurs, la nouvelle configuration a l’avantage de concentrer l’ensemble de l’offre faite par FT aux établissements scolaires et aux enseignants dans une direction opérationnelle unique. Quelles qu’en soient les causes, cette évolution s’accompagnera certainement d’une réduction de voilure et du retrait de FT d’un certain nombre de projets dans lesquels il est actuellement engagé. Par cette décision, FT manifeste également sa volonté de ne plus apparaître comme un compétiteur sur le marché institutionnel des services éducatifs en ligne. En se rapprochant de Scolagora il lui ajoute une composante pédagogique qui sera certainement un instrument efficace pour les ambassadeurs Internet de FT. La nouvelle organisation devrait être opérationnelle en octobre 2001.

 

Les médias : télévision et presse écrite

 

Les sept grandes chaînes nationales de télévision entretiennent un site Web sur lequel elles s’appuient de plus en plus pour enrichir et maintenir le lien avec leur public. Seule de ces chaînes, la cinquième propose des services en ligne qui s’adressent directement au monde de l’éducation :

 

-           La BPS (Banque de Programme et de Services) sur laquelle nous ne nous attarderons pas ; le service en ligne n’est qu’une composante d’un service global très complexe de diffusions par satellite d’émissions enregistrées qui justifierait une étude de cas en lui-même.

-           Les amphis de la Cinquième dont certaines des émissions sont diffusées en ligne par l’université de Nancy.

-           Côté profs, une rubrique qui propose des pistes pour l’exploitation pédagogique des émissions diffusées par la chaîne.

-           Le musée amusant, complément en ligne d’une collection de produits d’édition (cassettes vidéos, DVD) sur le thème de l’art, coproduite avec le magazine Astrapi et Arte pour le public des 8-13 ans.

http://www.lacinquieme.fr

 

 

Les autres chaînes publiques n’empiètent pas sur le territoire de la cinquième et les chaînes privées n’ont de proposition en ligne pour le public jeune que de pure distraction, directement en relation avec les émissions diffusées. Du côté des chaînes du câble, le site de Canal J se contente de faire un lien vers Atoutclic de son partenaire Hachette.

 

Des quotidiens et des hebdomadaires de la presse nationale et régionale offrent sur leurs sites Web des  rubriques qui s’adressent directement, soit aux enseignants, soit aux élèves de l’enseignement primaire et secondaire, soit aux étudiants. Cette offre est, suivant les titres, plus ou moins développée. On se contentera ici de quelques exemples.

 

·          Le Monde propose une rubrique très fournie intitulée Chaîne de l’éducation qui regroupe les articles et les dossiers du quotidien et du mensuel Le monde de l’éducation, des forums de discussion sur des thèmes éducatifs et d’importantes rubriques d’information sur les examens, les concours et les performances des lycées.

http://www.lemonde.fr

·          Le Figaro se contente d’une rubrique dédiée aux étudiants avec, notamment, une bourse aux stages.

http://www.lefigaro.fr

·          L’Express se limite aux résultats du Bac (archives et résultats de l’année).

http://www.lexpress.fr

·          Le Nouvel Observateur anime, comme le Monde, une rubrique à l’intention des enseignants constituée d’articles et de dossiers sélectionnés.

http://quotidien.nouvelobs.com/

·          Les Dernières Nouvelles d’Alsace mettent en ligne depuis janvier 1999, deux magazines culturels hebdomadaires pour les jeunes : Au fond du cartable pour les 8-12 ans et Quoi d’neuf pour les 12-16 ans.

http://www.dna.fr/dna/

·          Ouest-France utilise son site Web depuis 1998, comme relais pour l’opération Presse à l’école qu’il anime depuis près de vingt ans en partenariat avec le CLEMI.

http://www.ouestfrance.fr

 

Du côté de la presse spécialisée, on mentionnera le groupe Bayard qui a lancé, en partenariat avec Jériko (voir plus haut) deux sites consacrés à l’apprentissage de l’anglais, I love English et Today English ; mais ces services n’ont pas rencontré le succès attendu. Le groupe a également créé un site pour le journal Phosphore (http://www.phosphore.com/) mais les contenus proprement éducatifs y sont limités. Un autre éditeur, Play Bac qui  commercialise également avec succès depuis plusieurs années deux périodiques d’information pour les 6-9 ans (Mon petit quotidien) et les 10-14 ans (Mon quotidien) qui s’appuient chacun sur un site Web de très bon niveau : http://www.lepetitquotidien.com et http://www.monquotidien.com).

 

Au groupe des médias, on peut associer celui des organisateurs d’événements, sportifs ou culturels, qui peuvent également trouver de l’intérêt à ouvrir des services éducatifs en ligne pour accroître leur audience. On citera l’exemple récent de la course de bateaux Vendée Globe dont les animateurs ont monté, grâce à un partenariat très étroit avec l’Inspection Académique de Vendée, un important ensemble d’animations avec les écoles primaires du Département, fortement appuyé sur le site Web de la course (voir la rubrique Vendée Globe Junior à l’adresse : http://www.vendeeglobe.com/).

 

EDF, Nestlé, Renault et quelques autres

 

L’intérêt de certaines entreprises industrielles et commerciales, au premier rang desquelles il faut compter celles de l’informatique et des télécommunications, pour le marché de l’éducation n’est pas nouveau. Ces entreprises ne cherchent pas à réaliser sur le marché de l’éducation des opérations financièrement rentables ; s’ils le faisaient, ils provoqueraient des réactions négatives ce qui est exactement l’inverse de ce qu’ils recherchent[1]. L’intervention des industriels dans l’éducation est toujours une opération de communication destinée à  développer l’image de l’entreprise ou de son secteur d’activité auprès du public des jeunes, des enseignants ou des parents, lequel représente, à lui seul, près des trois quarts de la population française. Pour les industriels qui commercialisent des produits ou des services touchant le grand public, c’est donc un champ très attrayant. Aux États-Unis, la présence des industriels, en particulier ceux de l’agroalimentaire, dans les écoles est très forte à tous les niveaux : publicités, opérations de communication, parrainage, production et distribution de ressources éducatives. En Europe et en France, les systèmes éducatifs nationaux, correctement financés par les pouvoirs publics, ce qui n’est pas toujours le cas aux États-Unis, sont peu ouverts à ce type de partenariat pour reprendre la formule utilisée par les industriels lorsqu’ils qualifient leurs initiatives sur ce marché.

 

En France, quelques entreprises ont commencé à explorer de possibles interventions sur le marché scolaire ou parascolaire via des services en ligne. L’une des premières à se lancer est le distributeur de matériel informatique et électroménager Boulanger qui crée, dès 1997, un service gratuit d’aide aux devoirs, baptisé Cyberpapy, ayant la particularité d’être animé par des personnes âgées bénévoles. Le service semble rencontrer un certain succès ; les services de communication de la fondation interrogés se déclarent satisfaits : 250 contributions quotidiennes, un nouveau service ouvert en Espagne en 2000 (voir la fiche détaillée en annexe). L’absence de qualification des intervenants pose problème à certains ; mais d’un autre côté, on peut comprendre que beaucoup de parents préfèrent s’adresser à une grand-mère dévouée et bénévole qu’à un inconnu qu’il faut payer et qui se prétend professeur. Cyberpapy est un concurrent avec lequel les sites parascolaires commerciaux devront compter.

 

Un exemple plus récent est celui de la société de conseil Accenture (ex- Arthur Andersen) qui a lancé en 1999 le projet CyberEcoles (http://www.cyberecoles.org), très américain dans son esprit, visant à aider les écoles françaises à intégrer les TICE et leurs usages grâce au soutien des CyberVolontaires, employés de l’entreprise qui acceptent bénévolement d’aider des écoles et des enseignants à organiser des projets. On peut trouver toutes sortes de raisons pour justifier l’engagement d’une entreprise comme Accenture dans une aventure qui l’entraîne loin de ses marchés habituels : mécénat, opération de communication. La présence d’une personne enthousiaste, avocat enflammé de l’idée au sein de l’entreprise (Arnaud André en l’occurrence), a sans doute joué un rôle décisif. Après deux années de fonctionnement et un impact qu’il est très difficile de mesurer, l’opération semble marquer le pas et cherche des relais qu’elle peine à trouver.

 

Plus classiquement, des industriels mettent en ligne des dossiers thématiques directement reliés à leurs secteurs d’activités. Ces dossiers sont toujours réalisés avec le concours d’enseignants, parfois même d’associations ou d’institutions publiques reconnues. De telles initiatives sont plutôt le fait d’entreprises de très grande taille qui occupent une position dominante sur leur marché. Nous en donnons quelques exemples mais d’autres pourraient leur être ajoutés sans difficulté.

 

·          EDF a développé et mis en ligne trois dossiers très complets sur le thème de l’énergie et de l’électricité : l’école de l’énergie pour les classes primaires, voyage en électricité pour le niveau secondaire, avec une série de dessins animés créés par Jacques Rouxel, père des célèbres Shadocks. Voir la rubrique éducation de : http://www.edf.fr

 

·          Le CEA (Commissariat à l’énergie atomique), dans le même esprit, a réalisé un dossier sur l’énergie nucléaire et une série d’animations. Voir les rubriques cahiers pédagogiques et l’école de l’atome à l’adresse : http://www.cea.fr

 

·          Nestlé a créé un site très riches contenant des documents en ligne et des documents téléchargeables sur le thème du café, du chocolat, du verre et de sa fabrication, des métiers de l’alimentaire. Voir la rubrique enseignants à l’adresse : http://www.nestle.fr

 

·          Renault a ouvert en 2001 un site très complet consacré à la sécurité routière. Il s’adresse aux établissements et aux familles. Des kits pédagogiques pour l’école et le collège sont téléchargeables à partir du site. Voir :
http://www.securite-pour-tous.com

 

A côté des grandes entreprises, les organisations professionnelles, les syndicats de branches peuvent également être tentés de proposer des ressources et des services en ligne, notamment aux filières de l’enseignement professionnel, dans les domaines qu’elles ont la charge de promouvoir. A titre d’exemple, on peut citer le cas de Melchior (http://www.melchior-eco.com.fr), un site très ambitieux, destiné aux professeurs de sciences économiques et sociales des lycées, et conçu par l’Institut de l’Entreprise, une association d’entreprises liées au MEDEF et qui souhaite apporter des « compléments aux sources de documentation et d'information dont disposent déjà les professeurs », ces compléments portant principalement sur les questions de micro-économie dont les auteurs du site considèrent qu’elles sont négligées dans l’enseignement actuel de l’économie au lycée. Ce site, lancé en mars 2000, ne semble cependant pas avoir dépassé le stade du prototype.

 

Analyse

 

L’offre des médias, des organisateurs d’événements sportifs et culturels, des industriels et des organisations professionnelles, forcément dispersée, forme une partie mal connue de l’offre de services éducatifs en ligne. Les motivations de ces opérateurs sont diverses mais relèvent presque toujours de la promotion et de la communication ; tous les exemples repérés correspondent à des services gratuits. La plupart se limitent à la mise en ligne de documents thématiques d’information ou d’activités pédagogiques destinés aux élèves ou aux enseignants, dans des domaines de l’éducation que les ressources pédagogiques traditionnelles ne prennent pas en considération ; c’est le cas, par exemple, de la sécurité routière, domaine dans lequel un grand constructeur automobile peut s’estimer légitimé à intervenir. Certains sites affichent d’autres ambitions ; établir un lien direct avec des enseignants et des établissements scolaires comme dans le cas des Cyberécoles d’Accenture ; nouer des partenariats avec des institutions éducatives comme dans dans le cas de la course Vendée Globe avec l’Inspection Académique de Vendée ou du journal Ouest-France avec le CLEMI ; intervenir directement sur les contenus de l’enseignement comme dans le cas de Melchior. Il est important de noter que toutes ces organisations n’interviennent que dans des domaines qui sont en lien direct avec leur champ d’activité : l’alimentation pour Nestlé, l’électricité pour EDF.

 

Cette partie de l’offre apparaît comme un secteur dynamique, avec un fort potentiel. En pratique, la décision pour une entreprise ou une organisation professionnelle de produire un service éducatif en ligne se prend dans le cadre de la politique de communication de l’entreprise. Aucune retombée financière directe n’en est attendue ; il s’agit de services d’appoint dont les effets se mesurent en terme d’image. Par ailleurs, il s’agit souvent d’activités ponctuelles, qui peuvent être sans lendemain, ce qui limite les risques. D’autant plus que, comparativement aux médias traditionnels, Internet est un média peu coûteux. On peut donc s’attendre à voir cette partie de l’offre se développer et apparaître des opérateurs intermédiaires offrant leur services, à la fois de production et de diffusion. C’est d’ailleurs sur ce créneau très spécifique que cherche à se placer Rue des Écoles, éditeur de contenus se prévalant d’une très forte audience auprès des parents, des enfants et des enseignants.

 

 

Les grandes institutions publiques

 

La plupart des grandes institutions nationales publiques sont, à la fois des objets et des sources d’informations pour le travail scolaire. On citera, à titre d’exemple, le site Web de la Présidence de la République, l’un des plus visités du cours d’instruction civique ; mais c’est surtout l’exemple du Sénat qui retient l’attention avec son site très complet développé pour les jeunes désireux d’« apprendre la citoyenneté en s’amusant ». La même analyse peut être appliquée aux institutions à caractère scientifique, telles que l’INSEE, l’IGN, Météo France ou le CNES qui sont des sources d’information très utilisées par les enseignants. Le CNES qui a une longue tradition de coopération avec le monde de l’éducation a développé un site qui sert, à la fois de ressource documentaire sur le thème de l’espace et de plate-forme de communication entre le CNES et les établissements scolaires. L’IGN, par le biais de l’École Nationale des Sciences Géographiques, s’est associée avec le ministère de l’Éducation nationale pour produire un site dédié à l’enseignement de la géographie au secondaire. La plupart des analyses faites plus haut à propos des industriels et des organisations professionnelles s’appliquent aux institutions publiques, à la différence près que leur légitimité à intervenir dans le champ de l’éducation n’y est généralement pas contestée, ce qui n’est pas toujours le cas pour les organismes privés.

 

Voir :    http://www.elysee.fr
http://www.junior.senat.fr/
http://www.cnes-edu.org
http://pse.ensg.ign.fr

 

Un traitement particulier doit être réservé aux institutions culturelles, aux musées notamment. Par leur nombre et par les liens étroits qu’ils entretiennent avec les institutions éducatives[2], les musées ont été, de tous temps, producteurs de ressources pédagogiques, sur tous les supports et en particulier sur Internet. Dans ce chapitre, nous nous contenterons d’analyser trois initiatives récentes provenant du musée du Louvre, de la Bibliothèque Nationale de France et du musée d’Histoire contemporaine.

 

Le Louvre

 

Le site Louvre.edu est né en 1998 d’un partenariat entre la société ODA, alors co-propriété de Havas et de France Télécom, devenue depuis lors la société Pages Jaunes, entièrement détenue par France Télécom, et du département audiovisuel et multimédia du musée du Louvre. Il s’agissait d’offrir un service payant[3] par abonnement aux particuliers et aux organisations intéressées par les œuvres du musée. Le site a été d’emblée conçu comme un espace d’échanges et de coopérations entre les usagers ; il comporte, en plus de 2000 œuvres numérisées et documentées, des fonctions de travail en ligne. La sélection des œuvres et la rédaction des notices sont réalisées conjointement par les conservateurs du Louvre et par Pages Jaunes. Le projet a bénéficié pour sa production du soutien financier de l’Éducation nationale. Le site a été mis en expérimentation dans plusieurs établissements au cours de l’année scolaire 1999-2000 ; il a été acheté par la Région Île de France pour l’ensemble de ses lycées et un accord avec l’Éducation nationale a été conclu en 2001 pour étendre l’accès gratuit à l’ensemble des établissements scolaires pour l’année 2001-2002. La SDTETIC au ministère de l’Éducation nationale suit le développement de l’expérimentation et met en ligne les réalisations des enseignants[4].

 

La commercialisation du service auprès des particuliers n’a pas rencontré le succès escompté ; le principe du paiement a été critiqué ce qui explique sans doute que la voie des partenariats avec les autorités éducatives régionales ou nationales ait été prise. Par ailleurs, l’exploitation pédagogique d’images d’œuvres d’art, par nature interdisciplinaires, ne va pas de soi et pose aux enseignants toutes sortes de problèmes techniques et d’organisation. Le développement des travaux croisés et des TPE dans les collèges et les lycées aidera sans doute le service à trouver son audience. Par ailleurs, du côté du musée du Louvre, on envisage de reconsidérer l’ensemble de la politique Internet ainsi que les contenus et la forme du site. Le service éducatif du musée, dirigé depuis novembre 2000 par Frédérique Leseur souhaite orienter la politique éditoriale du site vers la production de dossiers thématiques ; un premier dossier a été réalisé sur le Mastaba, une chapelle égyptienne très prisée des visiteurs scolaires. Pour la responsable du service éducatif du musée, le site, tel qu’il se présente actuellement, c’est-à-dire comme une base de données, semble réservé à des personnes qui connaissent déjà le musée, les salles et ses œuvres ; les dossiers pédagogiques du Metropolitan Museum of Art (http://www.metmuseum.org) sont, pour elle, une référence dont elle voudrait s’inspirer.

 

Bibliothèque Nationale de France

 

Dans le registre des dossiers thématiques en ligne, la BNF possède aujourd’hui la plus grande expérience. Sur son site (http://www.bnf.fr), à la rubrique Dossiers pédagogiques, on trouve une collection impressionnante de ressources utilisables dans le contexte éducatif. Ces ressources sont classées en dossiers (regroupement iconographique et commentaires sur un thème particulier), explorations (découverte d’un document unique), dossiers iconographiques (sélection d’images provenant des dossiers thématiques) et ateliers (activité associée à un thème de dossier). Ces ressources d’une très grande qualité graphique ont été développées à l’occasion des expositions temporaires de la BNF dans le cas des dossiers, mais également à partir de documents extraits du fond de la bibliothèque. Elles traitent de sujets aussi divers que : le portrait (premier dossier de la série, réalisé à titre de prototype), les utopies, les brouillons d’écrivains,  la bande dessinée, les encyclopédies, les carnets de Villard de Honnecourt, une étude sur une gravure de Barry Flanagan.

 

La richesse graphique de ces ressources pose des problèmes d’accès à tous les usagers ne disposant pas d’accès rapides, c’est-à-dire à l’immense majorité des usagers. Françoise Juel, responsable de ce service à la BNF a fait, dès le départ, le choix du haut débit mais dans le même temps, elle a décidé de réaliser des CD-Web (copie sur CD-ROM de tous les dossiers disponibles) qui sont distribués gratuitement aux établissements et aux enseignants.

 

Ces ressources sont très majoritairement destinées à l’enseignant ; c’est à lui que, spontanément, les spécialistes sollicités pour la rédaction des dossiers, s’adressent. Les documents peuvent être projetés en classe ou imprimés puis photocopiés pour des usages avec les élèves. Pour Françoise Juel : « ces ressources sont une nourriture intellectuelle et un courant d’air pour le professeur ».. Le contexte le plus favorable pour les usages est celui des travaux pluridisciplinaires (travaux croisés, TPE).

 

Pour réaliser ces dossiers, la BNF a bénéficié du soutien financier du ministère de l’Éducation nationale, dans le cadre d’un accord global. En interne, la volonté de produire des ressources éducatives en ligne et d’y consacrer les moyens financiers nécessaires ne va pas de soi ; la tentation d’un repli sur le public des chercheurs et sur une approche scientifique « pure et dure » de la bibliothèque est toujours présente.

 

Musée d’Histoire Contemporaine (Association l’Image)

 

Laurent Gervereau, conservateur du musée national d’histoire contemporaine, est également le fondateur et principal animateur de l’association l’image qui est le producteur réel du site d’apprentissage de la lecture d’images (http://www.imagesmag.net). Les réseaux d’experts de l’association et ceux du musée ont été sollicités pour concevoir ce site au design original et réussi. Le projet a, comme les deux précédents, bénéficié d’un important soutien financier du ministère de l’Éducation nationale. Ouvert depuis octobre 2000, le site est bilingue anglais-français. Il est entièrement consacré à l’analyse d’image, pour l’instant fixe mais qui pourrait s’étendre à l’image animée. Il comporte une partie magazine (image de la semaine), une partie pédagogique (dossiers, fiches), une partie références, plutôt réservée aux spécialistes et aux chercheurs, une partie forum (joliment intitulée vos yeux) où les usagers peuvent proposer leurs propres images ou leurs propres lectures des images du site.

 

Par principe, le site est gratuit. Mais dans la mesure où les moyens de l’association et du musée sont limités, Laurent Gervereau envisage de réaliser des produits d’édition (CD-ROMs et livres) qui seront vendus en ligne sur le site, d’autre part ainsi que des prestations de service payantes d’analyse d’images.

 

Analyse

 

Ces trois exemples de services en ligne à très forte valeur ajoutée en terme de contenus ont de nombreux points communs. Ce sont des sites gratuits, sans publicité ; ils ont bénéficié d’un important soutien de la part de l’Éducation nationale ; ils sont tous trois consacrés à l’image ; ils s’adressent plutôt aux enseignants du secondaire ; ils ne sont attachés à aucune discipline en particulier ; ce sont des sites pluridisciplinaires. Si l’on regarde du côté de leur genèse, on trouve également une similitude qui pourrait être résumée de la façon suivante : nous pensions que c’était notre devoir de le faire, nous avions les moyens et l’envie de le faire, alors nous l’avons fait.

 

N’étant pas liées par les impératifs commerciaux qui sont ceux des éditeurs privés (je le fais si je pense que ça va me rapporter de l’argent) ou des industriels (je le fais parce que c’est bon pour mon image), les institutions publiques, qu’elles soient culturelles, politiques ou scientifiques sont mues par des motivations qui sont certainement moins triviales que celles des opérateurs privés mais qui ont aussi une faiblesse : étant principalement basées sur des rationalités internes, elles sont fatalement moins attentives au public, au marché, aux usagers, quelle que soit la façon dont on les désigne. Nous ne faisons pas l’injure aux initiateurs de ces projets de penser qu’ils aient pu être aveugles aux attentes et aux besoins réels des enseignants et des élèves. On ne peut cependant pas s’empêcher de constater qu’ils ont tendance à négliger des paramètres qui ne devraient pourtant pas l’être (l’abonnement payant dans le cas du Louvre, le débit des réseaux dans celui de la BNF) et à considérer que leur domaine de compétence, par exemple la lecture de l’image, est forcément une priorité de l’éducation, ce qui n’est tout de même pas une évidence éclatante pour qui la connaît bien.

 

C’est sur ces questions que les institutions publiques devraient s’interroger. Il ne leur suffira pas de mettre en ligne des bases de données de grande qualité et d’accès gratuits pour engendrer des usages. Cette partie si importante de l’offre fera, à la rentrée, l’objet d’une étude spécifique par la Direction des Musées de France du ministère de la culture et de la communication. Cette enquête dont les résultats seraient communiqués dans le cadre d’un colloque en mars 2002, pourrait s’appuyer sur ceux de la présente étude dont elle prolongerait les analyses.

 

 

Sites associatifs, d’enseignants et d’établissements

 

Cette dernière catégorie de services en ligne est la plus dispersée, la plus importante en volume, la plus riche. Toute tentative d’inventaire est vaine ; à la fois à cause du nombre de sites concernés mais également à cause de leur fort taux de renouvellement : chaque jour, des sites naissent, d’autres disparaissent ou sont abandonnés par leurs animateurs. Des annuaires tentent d’en faire un recensement, général ou sectoriel. La plupart d’entre eux retiennent les sites dont les contenus sont utiles à l’éducation, dans une acception très large. L’étude se limite à ce que nous avons appelé les services éducatifs en ligne, des sites dont les contenus sont destinés de façon quasiment exclusive à des enseignants ou à des élèves et qui ont été conçus dans un but explicitement pédagogique. Pour prendre un exemple dans le domaine institutionnel, le site de la Documentation française est répertorié dans la plupart des annuaires de sites éducatifs, alors que, dans la forme qu’il a aujourd’hui, il ne peut pas être considéré comme un service éducatif.

 

Impossible inventaire

 

L’annuaire du CNDP, Educasource recense 8319 ressources électroniques pour l’enseignement ce qui ne signifie pas autant de sites Web puisqu’un même site peut être indexé plusieurs fois suivant ses contenus, mais donne une idée des quantités en jeu. L’annuaire Educlic recense les contenus de 354 sites dont plus de la moitié sont des sites institutionnels, les autres, des sites indépendants d’associations ou d’éditeurs privés. Le travail d’inventaire réalisé par le CNDP est naturellement bien meilleur pour les sites institutionnels, nationaux ou académiques, qu’il ne l’est pour les sites non-institutionnels. Si bien que l’image donnée par ces deux annuaires du vaste domaine qui nous intéresse ici est sans doute encore très imparfaite. Pour en avoir une meilleure vue, il faut porter le regard vers des sites sectoriels indépendants dont les animateurs sont bien insérés dans des réseaux spécialisés.

 

Pour l’enseignement primaire, la meilleure référence est le site Cartables qui recense des sites d’écoles en France (2198 au 13 mai 2001) et dans le monde entier mais également des sites dont les contenus peuvent être utiles aux enseignants et aux élèves du primaire, une gazette d’information, plusieurs listes de diffusion.

 

Pour l’enseignement secondaire, c’est le découpage disciplinaire qui prévaut. Prenons-en un exemple, parmi les plus faciles parce que bien organisé. L’association des Clionautes animée par François Jarraud et Daniel Letouzey rassemble des professeurs d’histoire géographie de collège et de lycée depuis 1998 autour d’une liste de diffusion et d’un site Web.  Le site contient, parmi bien d’autres rubriques, un annuaire de ressources en ligne utiles à l’enseignement de la discipline qui sont, soit des sites ressources au sens habituel (signets), soit des « cours » mis en ligne par des collègues.  A cet important travail d’inventaire réalisé par les Clionautes s’ajoutent ceux de professeurs indépendants, souvent eux-mêmes membres des Clionautes.. Gilles Badufle, par exemple, entretient un annuaire dans lequel il a répertorié 128 sites de profs d’histoire géographie tandis que Eric Ranguin a réuni sur son site 96 cyber-profs ayant chacun un site personnel. Cette description très partielle concernant une seule discipline pourrait être appliquée toutes les autres. Nous ne tenterons pas de le faire ici.

 

Il faut également mentionner les anneaux (Web-ring) qui rassemblent, eux aussi, des sites de même nature mais suivant une démarche très différente sur le plan technique et qui, généralement, se fonde souvent sur une approche transversale. Trois exemples : l’anneau des ressources francophones de l’éducation, l’anneau des sites éducatifs à but non lucratif (touche pas à mon site !) et celui très spécialisé des mathématiques francophones.

 

Cette approche par les sites ou les anneaux qui réalisent des recensements et maintiennent des bases de données peut être complétée par une approche qui cherche à saisir le flux des nouveautés : les listes de diffusion et les revues périodiques en ligne réalisent ce travail qui croise celui des annuaires et se confond en partie avec lui. Des revues comme Ac-tice, Epi.net ou le Café pédagogique fonctionnent suivant le même principe : le numéro en cours est envoyé aux abonnés par mail tandis qu’un site Web donne accès aux archives des numéros passés. Il suffit d’être abonné à ces revues et à quelques listes pour saisir combien les enseignants, individuellement ou organisés en association, sont collectivement productifs et enclins à faire connaître leur production et leurs idées.

 

L’abondance des ressources et la dispersion des moyens disponibles pour les repérer, en indexer le contenu et a fortiori en évaluer la qualité, posent des problèmes aux usagers mais surtout aux institutions en charge de la régulation du système éducatif. Ce n’est pas le lieu de pousser plus avant l’analyse de cette question.

Voir :    http://www.educasource.education.fr
http://educlic.education.fr
http://www.cartables.net
http://www.clionautes.org
http://soshg.free.fr/
http://perso.club-internet.fr/erra/
http://www.arfe-cursus.co
http://www.cartables.net/touchepas/
http://www.ann.jussieu.fr/anneau/
http://ac-tice.ac-strasbourg.fr
http://www.epi.asso.fr
http://www.cafepedagogique.net

 

Contenus et services

 

Les services en ligne offerts par les sites indépendants d’enseignants, d’établissements scolaires et d’associations, même s’ils revêtent des formes particulières, sont, dans leurs fonctionnalités et leurs finalités, semblables à ceux que proposent les sites des autres acteurs de l’Internet. La plupart des sites éducatifs indépendants, comme ceux étudiés jusqu’à présent, contiennent très souvent un bouquet de ces services, souvent même la totalité de ceux répertoriés.

 

Annuaires

 

C’est le type de rubrique que l’on retrouve le plus souvent : sous le titre Liens, une liste de signets, de favoris dans le domaine de prédilection de l’animateur du site. Très utiles aux premiers temps d’Internet, ces annuaires partiels le sont moins aujourd’hui. Seules, les associations bien organisées s’appliquent à maintenir à jour une base complète et structurée.

 

Cours et dossiers

 

C’est la partie la plus abondante dans l’enseignement secondaire. Les professeurs les plus prolixes créent des sites personnels où ils rassemblent les cours et les dossiers qu’ils produisent ; les autres peuvent se contenter de les enregistrer sur un site d’établissement, un site académique ou encore, un site d’association. Cette pratique entre directement en concurrence avec celles des sites commerciaux. C’est peut-être en histoire géographie qu’elle est la plus répandue. Mais elle se rencontre dans toutes les disciplines. En sciences et techniques industrielles, Georges Garcia, professeur d’électrotechnique met en ligne un véritable manuel en fiches. En lettres, le portail des lettres animé par Jean-Eudes Gadenne rassemble une intéressante liste de 68 sites de professeurs de lycée. En mathématiques, des enseignants numérisent leur cours, l’agrémentent d’exercices, de QCM et d’animations Flash ce qui les rend utilisables aussi bien par les professeurs que par leurs élèves. On peut, à titre d’exemple visiter le site de Xavier Delahaye pour le lycée ou celui, moins classique de Thérèse Eveillau sur le thème des mathématiques amusantes. En mathématiques toujours, les utilisateurs du célèbre logiciel de tracé géométrique Cabri échangent des scénarios d’usage du logiciel au sein de diverses associations. Il est aujourd’hui impossible de confronter l’ensemble de tous ces cours et dossiers, œuvres d’enseignants qui veulent faire connaître leur travail, avec les usages qui en sont faits par leurs collègues.

 

Voir :    http://perso.wanadoo.fr/grc/
http://www.lettres.net
http://xdelahaye.multimania.com/
http://perso.wanadoo.fr/therese.eveilleau
http://www.cabri.net/abracadabri/

 

Listes de diffusion

 

C’est beaucoup par les listes de diffusion qu’elles animent avec succès que les associations d’enseignants sur Internet se sont fait connaître et sont aujourd’hui le mieux connues. C’est par ces listes que les abonnés s’échangent les adresses des sites indépendants et c’est grâce à elles que se sont constituées de véritables communautés délocalisées. Preuve du dynamisme et de la réalité de ces communautés (par opposition à la qualification de virtuelle dont on les afflige sans raison), leurs membres se retrouvent lors de congrès ou d’universités d’été. Suivant les cas, le service se limite à l’accès à la liste ou bien s’étend à la consultation libre des archives. On considère généralement que les listes indépendantes ont davantage de succès que les listes gérées par des responsables administratifs (inspecteurs par exemple). Mais cette hypothèse aurait besoin d’être soigneusement étayée car il n’est pas très difficile de trouver des exceptions de chaque côté.

 

Forums d’élèves et d’enseignants

 

A notre connaissance, il ne figure généralement pas de forums réservés strictement aux enseignants sur les sites indépendants. Ceux que proposent certains éditeurs, Vivendi par exemple sur Enseignants.com, ne sont pas fréquentés. Cela correspond sans doute à un phénomène général : les forums de discussion ont du succès dans certains domaines (par exemple l’informatique) et pas dans d’autres (l’éducation pouvant être de ceux-là), mais il est possible que des paramètres relatifs à des particularismes culturels interviennent également. En revanche, et c’est une particularité qui mérite d’être analysée, il existe des forums réunissant élèves et enseignants et qui semblent fonctionner beaucoup mieux. Nous pouvons en citer au moins deux : SosPhilo, fondé par un groupe d’enseignants aujourd’hui financièrement aidés par l’éditeur Hatier, sur lequel il convient de visiter la rubrique Forum des questions. Des élèves y soumettent à quatre enseignants tuteurs mais également aux autres élèves qui fréquentent le forum, des questions philosophiques, des sujets de dissertation. L’intervention des enseignants qui se limite à des pistes de réflexion, à des conseils méthodologiques, semble très appréciée des élèves. Un autre exemple est celui du site Webmaths, lui aussi très visité par des collégiens et des lycéens qui sèchent sur leur exercice et où les tuteurs semblent avoir moins de retenue que les professeurs de philosophie ; les solutions sont parfois entièrement transcrites, ce qui explique peut-être le succès du forum.

 

Voir :    http://www.sosphilo.com
http://www.webmaths.com

 

Travaux individuels et collectifs d’enfants et d’élèves

 

Dans l’enseignement primaire, les enseignants s’investissent souvent dans la création de sites Web de classe ou d’école. Certains de ces sites sont très anecdotiques (photos de l’école, du village, adresse) mais d’autres sont beaucoup plus riches, ceux notamment  présentant des travaux de classe, individuels mais surtout collectifs. Ces réalisations peuvent être accompagnées de documents complémentaires destinés aux enseignants et précisant les conditions dans lesquelles le travail a été réalisé. A titre d’exemple, on pourra consulter le site, très réussi, réalisé conjointement par des élèves de CM2 des écoles primaires de Pannes et de 6ème du collège Paul Eluard de Chalette-sur-loing. Dans un tel cas, on peut parler de service éducatif, dans la mesure où la ressource peut être utilisée, par d’autres enseignants, comme un modèle et un guide. Les sites qui rassemblent des collections importantes de travaux de ce type sont plus rares, du moins dans la catégorie considérée ici[5]. Mais il en existe au moins un, pionnier parmi les pionniers, celui de Marie Plassard, Mômes, qui a donné et continue de donner ses lettres de noblesse à ce type de ressources. Ce site, du fait de sa longévité et du dynamisme de son animatrice, est d’une richesse impressionnante. La mise en ligne de travaux d’enfants, à ce niveau en quantité et en qualité, doit être considérée comme un véritable service éducatif, dans la mesure où elle constitue une incitation très forte pour les visiteurs à y ajouter leurs propres productions. Au niveau de l’enseignement secondaire, les TPE et autres activités pluridisciplinaires seront certainement l’occasion de réunir des collections de travaux d’élèves. Christian Feytout, professeur de sciences économiques et sociales, a réalisé un site sur les TPE comportant une rubrique Travaux qui préfigure ce que pourraient être de tels services dans l’avenir.

 

Voir :    http://www.classe-canal.fr.st/
http://www.momes.net
http://cfeytout.free.fr

 

Questions transversales

 

Ce tour d’horizon du marché des services éducatifs en ligne a permis de montrer que les acteurs de l’offre sont extrêmement nombreux et divers[6]. Mais les caractéristiques techniques d’Internet, du Web en particulier, tendent a gommer les différences entre acteurs. On accède en effet aussi facilement, par le même moyen et pour le même prix au site Education.com pour lequel, son propriétaire, un énorme groupe international de médias, dit avoir dépensé des fortunes, qu’à celui d’une association d’enseignants bénévoles sans moyens financiers. C’est l’une des raisons pour lesquelles le domaine des services éducatifs en ligne apparaît beaucoup moins comme un marché que comme un domaine d’échange de services fonctionnant sur une base majoritairement non marchande. Ce qui ne signifie pas, comme l’inventaire des acteurs le montre bien, que les agents économiques du marché, éditeurs, médias, industriels, n’y soient pas présents. Mais alors que les associations sans but lucratif et, dans une moindre mesure, les institutions publiques sont parfaitement à l’aise sur le réseau, les entreprises privées y rencontrent des difficultés inhabituelles. Ayant d’abord cru, comme beaucoup d’autres agents économiques, qu’Internet leur ouvrirait des marchés nouveaux et profitables, les industriels et leurs financeurs, ceux du marché de l’éducation comme beaucoup d’autres, ont constaté que les choses ne se passaient pas comme ils l’avaient prévu et espéré. Les stratégies qu’ils mettent aujourd’hui en place sont plus prudentes, mais gardent les traces, en creux, de leurs enthousiasmes déçus.

 

Si la question économique est naturellement au centre des préoccupations des acteurs industriels, elle l’est aussi pour les autres : les institutions culturelles peuvent-elles dépenser leur énergie et leur argent sur l’éducation sans contre-partie financière de la part des institutions éducatives ? Les personnes et les associations indépendantes qui nourrissent et animent bénévolement le Web ne risquent-elles pas de se lasser ou de s’épuiser à la tâche ? La question se pose tout autant au CNDP : l’édition, même dans le cadre du service public, est une activité qui suppose des choix, des arbitrages, en fonction d’impératifs dont certains sont économiques. Mais avant de revenir plus en détail sur cette question, nous proposons de rassembler les résultats de l’investigation de terrain auprès des acteurs en tentant d’en donner une vue générale synthétique.

 

Offreurs, usagers et services : une vue d’ensemble

 

L’approche par les acteurs de l’offre et par leurs caractéristiques institutionnelles qui a prévalu pour cette étude pourrait être complétée par deux autres approches :

 

-           une approche par les usagers consistant à décrire les services qui s’adressent à eux, en fonction de leur position dans le champ (élèves, parents, enseignants, établissements) ;

-           une approche par les services eux-mêmes consistant à en décrire les contenus et les caractéristiques.

 

Les contenus des services offerts par les acteurs de l’offre ont été décrits et analysés tout au long de l’étude.  Pour analyser l’offre foisonnante des sites d’enseignants et d’associations indépendantes, nous avons établi une liste des différents services offerts : annuaires, cours et dossiers, listes de diffusion, forums d’élèves et d’enseignants, travaux individuels et collectifs d’enfants et d’élèves (pages 30-32). Cette liste peut être reprise, certains types de services, scindés et d’autres ajoutés, de façon à obtenir une liste qui couvre l’ensemble de l’offre. Cette proposition de classement est présentée dans le tableau suivant.


 

 

Type de service

 

 

Description

 

Exemples

 

Annuaires Web

Liste de signets renvoyant à des sites ou a des pages Web présentant un intérêt pour un domaine particulier d’enseignement.

Presque tous les sites proposent un annuaire.

Cours et scénarios pédagogiques

Documents multimédias (pages Web) destinés à l’enseignant et utilisables pour la préparation des cours.

Enseignants.com

Clionautes.org

 

Dossiers thématiques

Documents multimédias (pages Web) d’information générale sur un thème particulier pouvant faire l’objet d’une exploitation pédagogique.

Dossiers pédagogiques de la BNF.

 

Bases de données

Sont regroupés dans cette catégorie, les services qui se contentent de rassembler de façon systématique un ensemble de données numériques relatives à des informations de même nature et ne relevant pas des catégories précédentes.

Louvre.edu : tableaux numérisés du musée.

Rue des écoles : corrigés des exercices de tous les manuels scolaires.

France-Examen : résultats du Bac.

 

Exercices interactifs

QCM et variantes destinés aux élèves pour leur permettre de tester leurs connaissances, scolaires ou non.

Atoutclic.com (Hachette)

Paraschool

Bulletin – Lettre d’information

Diffusion d’un périodique par mail.

Lili (Bibliopolis)

Café pédagogique

Listes de diffusion

Système d’échange entre un groupe d’abonnés par mail.

Lettres.net

 

Forums d’élèves

Discussion asynchrone entre élèves.

Keepschool

Forums d’enseignants

Discussion asynchrone entre enseignants.

Education.com

Forums d’élèves et d’enseignants

Discussion asynchrone entre élèves et enseignants.

Sosphilo.

Cyberpapy.

Chats

Discussion synchrone, peu répandu sur les sites éducatifs.

Education.com (Moskitown)

 

Travaux individuels et collectifs d’enfants et d’élèves

Mise en ligne de documents multimédias réalisés par des enfants ou par des élèves en contexte scolaire.

Espaces-Ecoles (Jériko)

Momes

 

 

En mettant en relation les acteurs de l’offre, les services offerts et les clients visés par ces services, on obtient une image globale du domaine traité. De cette image et du fourmillement de liens qu’elle contient, nous proposons, à titre d’hypothèse, d’extraire une vue synthétique simplifiée mettant en évidence trois groupes principaux de liens associant certaines catégories d’offreurs à certains types de services et à certaines cibles. Ces trois groupes sont représentés dans les trois premières lignes du tableau, les tendances qu’ils traduisent rencontrant un certain nombre d’exception dont certaines figurent dans la quatrième ligne du tableau.

 

 

 

Offreurs

 

 

Cibles

 

Services offerts

 

 

 

 

 

 

Editeurs privés.

Prestataires commerciaux de services parascolaires.

 

 

 

 

 

 

Usagers individuels, élèves, parents et enseignants, dans le cadre domestique

 

Services, payants ou gratuits, de révision et d’accompagnement scolaire pour les élèves, de conseils sur la scolarité des enfants pour les parents.

Services délivrés sous la forme de documents pédagogiques, interactifs ou non, consultables en ligne ou téléchargeables, de forums, de chats et d’échanges par mail avec des spécialistes, des tuteurs et des enseignants.

 

 

 

Institutions publiques.

Industriels opérant sur des secteurs autres que l’éducation.

 

 

 

 

Etablissements scolaires

 

Offre gratuite (seule exception le Louvre) constituée de base de données, de dossiers et de documents thématiques, consultables en ligne ou téléchargeables.

 

 

 

Enseignants.

Essociations indépendantes d’enseignants

 

Enseignants, considérés individuellement dans le cadre domestique (back office)

 

Offre gratuite constituée de listes de diffusion, de bulletins d’information, d’annuaires thématiques de sites, de scénarios de cours.

 

 

Exceptions

 

Jériko et Accenture font une offre aux établissements.

France Télécom et Boulanger font une offre de service parascolaire aux familles.

SOS-philo, Mômes et Web-maths (associations d’enseignants) font une offre aux élèves dans le cadre domestique.

 

 


 

Retour sur la question économique

 

Dans l’état actuel de nos connaissances, il nous est impossible de citer un seul exemple de service éducatif en ligne fonctionnant suivant une logique marchande et pouvant se prévaloir d’une rentabilité acquise. Beaucoup l’espèrent mais aucun des modèles économiques qui nous ont été présentés ne paraît en mesure de garantir le succès.

 

Rappelons que le fond du problème tient à la difficulté que les propriétaires de sites éprouvent à faire payer leurs visiteurs, que ce soit sous forme d’abonnement ou de micro-paiements. Or, si les usagers d’Internet se détournent, à quelques exceptions près, des services en ligne payants, ce n’est pas seulement par souci d’économie. Internet est fondé, techniquement et culturellement, sur le principe de l’échange non marchand. En s’abonnant à un site, ce n’est pas seulement les quelques francs dépensés que l’usager regrette ; restreint aux services qu’il a payés, il sait qu’il se prive de tous les autres qui sont la vraie richesse d’Internet.

 

La notion de non marchand ne doit pas être confondue avec celle de gratuit, au sens d’un prix égal à zéro, qui est une notion du marché ; le non marchand se situe hors du marché, dans le domaine des échanges personnels basés sur le don. C’est pourquoi, dans le tableau suivant, nous avons distingué modèle gratuit et modèle non marchand. Certes, la logique non marchande qui imprègne Internet peut être mise au service du marché ; de telles pratiques existent depuis fort longtemps dans des domaines bien connus, celui de la pornographie et plus généralement du e-commerce. Une autre façon, encore plus simple et encore plus répandue, étant celle consistant à offrir des services gratuits avec, ce que l’on pourrait appeler, une arrière-pensée marchande. Mais cette sorte de détournement de la logique non marchande d’Internet ne peut pas être réalisée sans respecter quelques conditions, en particulier dans le domaine de l’éducation.

 

Les modèles économiques revendiqués par les offreurs de services éducatifs en ligne interrogés au cours de l’étude ont été rassemblés dans un tableau synthétique. Dans ce tableau, le trait épais sépare les modèles où le financement se situe du côté des usagers et ceux pour lesquels il se situe ailleurs.

 


 

 

Nom

 

 

Financeur

 

Modalités

 

Exemples

Abonnement individuel

Elève (famille)

Enseignant

Abonnement mensuel ou annuel pour des usages illimités.

Paraschool

Abcbac

 

Micro-paiements

Elève (famille)

Enseignant

Achat par abonnement d’un nombre forfaitaire de points. Paiements à l’acte en points.

Enseignants.com

Cyberprofs

Abonnement de groupe

Établissement.

Abonnement mensuel ou annuel pour des usages illimités.

Editronics

 

Forfait

 

Collectivité

Achat groupé forfaitaire par une collectivité pour un ensemble d’établissements.

Louvre.edu

Espace-Ecoles

Parrainage

Parrains (sponsors)

Gratuit pour l’usager. Coûts de production payés par fraction par des parrains.

Rue des écoles.

Publicité

 

Annonceurs

Gratuit pour l’usager. Coût (total ou partiel) payé par les annonceurs.

Education.com

Kidiweb.

Services dérivés

 

Clients des services dérivés.

 

Gratuit pour l’usager. Coût en partie payés par la prestation de services dérivés.

Images-mag

Lili (Bibliopolis)

Gratuit

 

Producteur du service.

Gratuit pour l’usager. Tous les coûts payés par le producteur.

BNF.

Nestlé.

Non marchand

 

Offreur du service à titre personnel.

Gratuit pour l’usager.

Bénévolat des animateurs.

 

Tous les sites d’enseignants et d’associations indépendantes.

 

 

 

Quels sont, parmi ces neuf modèles, ceux qui ont la chance d’atteindre leurs objectifs et peuvent donc être considérés comme des modèles durables et reproductibles ? Vouloir répondre à cette question, c’est déjà se placer dans une perspective de prévision, hautement hasardeuse dans un tel contexte. Le tableau suivant reprend les modèles et propose, pour chacun, quelques observations susceptibles de nourrir la réflexion et l’analyse.

 

 

Abonnement

individuel

 

C’est la formule de base des sites parascolaires. L’équilibre économique paraît pourtant difficile à atteindre, sauf à trouver des ressources complémentaires (annonceurs). Le marché du Bac est attractif mais très disputé.

 

 

Micro-paiements

 

Formule très mal adaptée à l’éducation, pour les élèves aussi bien que pour les enseignants.

 

 

Abonnement

groupe

 

 

Pour que cette formule se développe, il faudrait que soient remises en cause les structures de dépenses des établissements. Ce qui prendra nécessairement du temps. Sauf à se placer directement sur le terrain du manuel scolaire, cette formule semble, elle aussi, difficile à court terme.

 

 

Forfait

 

 

Les remarques faites pour la formule d’abonnements groupés s’appliquent ici. Mais les collectivités ayant davantage de souplesse que les établissements, des percées sont peut-être possibles à plus court terme, au moins à titre expérimental.

 

 

Parrainage

 

Modèle astucieux mais risqué car il suppose un positionnement préalable très solide sur le marché et donc coûteux à obtenir. Sauf pour l’institution éducative qui l’a par nature mais peut difficilement mettre ce modèle en œuvre pour des raisons déontologiques…

 

 

Publicité

 

 

Cette formule est aujourd’hui jugée décevante pour l’ensemble des services Web. Mais qui y a jamais cru dans l’éducation ?

 

 

Services dérivés

 

 

Ce modèle ne peut financer qu’une partie des coûts. Il n’existe aujourd’hui qu’à l’état de projet.

 

 

Gratuit

 

 

C’est un modèle bien adapté à l’Internet. Il pose cependant à ses producteurs un problème de suivi : comment être sûr que le service proposé est consommé et apprécié ? les investissements doivent-ils être reconduits d’année en année ? comment s’arrêter sans donner l’impression d’un échec ?

 

 

Non marchand

 

 

C’est le modèle roi de l’Internet. Son seul défaut est qu’il use ses producteurs. Est-ce un défaut grave ? L’avenir le dira.

 

 



[1] La présence de France Télécom sur le marché des services éducatifs en ligne est peu remise en cause tant que qu’elle est perçue comme une sorte de retour d’une partie des profits réalisés par l’opérateur sur le marché éducatif ou même comme une opération de promotion. Par contre, le service après-l’école, bien qu’il cherche à s’éloigner de l’image d’un service scolaire, déroge à cette règle. Cela ne pose pas de problème tant qu’il reste manifestement déficitaire ; mais si cette situation devait changer, des réactions ne manqueraient pas de se manifester.

[2] Les services d’action culturelle des musées sont presque toujours animés par des enseignants détachés par l’Education nationale.

[3] Les tarifs sont aujourd’hui de 240 F par an pour un abonnement individuel, 1206 F pour un établissement scolaire.

[4] Voir : http://www.educnet.education.fr/louvre/default.htm

[5] Est-il besoin de rappeler qu’à tous les services étudiés ici, il faut ajouter ceux qui relèvent de l’institution éducative, nationale et académique.

[6] Le service Espace-Ecoles de l’éditeur Jériko appartient à cette catégorie de services.