OBSERVATOIRE DES TECHNOLOGIES
POUR L'EDUCATION EN EUROPE
OBSERVATORY OF TECHNOLOGY FOR EDUCATION IN EUROPE
OBSERVATORIO DE TECNOLOGIAS PARA LA EDUCACION EN EUROPA

Outils de l'enseignement à distance
et
les nouveaux choix technologiques pour rentabiliser et améliorer la formation

Serge Pouts-Lajus

Observatoire des Technologies pour l'Education en Europe (OTE)

La contribution des technologies à l'enseignement à distance n'est pas une question nouvelle. Elle se pose depuis presque vingt ans ; ce n'est pas une longue histoire, mais elle suffit à donner matière à enseignement. Que nous apprennent donc les expériences du passé, les nombreux échecs et les rares réussites qui l'ont marqué ?

Par rapport aux promesses faites, les technologies dans la formation, et on pourrait dire la même chose de l'éducation, n'ont pas tenu leurs promesses ; les espoirs que beaucoup y avaient mis ont été déçus. A l'enthousiasme des années quatre-vingts a succédé un reflux progressif mais net, en France et dans tous les pays qui avaient tenté des expériences semblables. En tous cas, l'explosion annoncée n'a pas eu lieu. Pourquoi ? Question difficile qui appelle des réponses certainement multiples. S'il fallait en garder une seule, je suggérerais celle-ci : au cours de cette première vague de technologies, l'image la plus prégnante reposait sur l'idée que l'apprentissage peut résulter de l'interaction d'un individu avec un logiciel. Ce n'est pas une idée fausse ; mais on s'est appuyé sur elle pour en déduire des idées qui, elles, se sont révélées fausses ou irréalistes. Par exemple que l'apprentissage entièrement médiatisé pouvait être plus efficace que l'apprentissage présentiel traditionnel et que, d'une façon ou d'une autre, et même lorsque l'on s'en défendait, ce dispositif d'interaction entre un individu et un logiciel, pouvait aboutir à la substitution, au moins partielle, d'un formateur par une machine.

Car les qualités des technologies pour l'éducation et la formation ne sont que potentielles ; jusqu'à présent, les entreprises (banques notamment) qui ont tenté la substitution brutale de la formation traditionnelle par une formation "informatisée" ont toujours échoué et ont fini par renoncer.

Mais après le reflux, voici peut-être l'heure du réveil ; un Prince Charmant se penche sur notre Belle endormie : c'est le réseau, c'est Internet. Et à nouveau les technologies, "en-ligne" cette fois, apparaissent comme l'outil d'avenir de la formation professionnelle, de l'éducation, de la diffusion du savoir en général.

L'histoire va-t-elle se répéter ? En jurant, la main sur le coeur que nous ne commettrons plus les même erreurs, ne nous apprêtons-nous pas simplement à en commettre d'autres, avec le même enthousiasme ? Certains signes et certains discours pourraient le faire craindre. Et pourtant, non ; je ne le crois pas ; la situation actuelle présente des différences notables avec la précédente. Il faut appréhender les nouvelles circonstances avec prudence mais en les analysant dans le détail, dans leur spécificité, sans oublier les leçons du passé mais aussi sans préjugés. Je vais évoquer quelques-unes des raisons qui me rendent plutôt optimiste et je pense qu'à la fin de cette journée, nous en aurons trouvé de nouvelles.

On retrouve avec les réseaux de télé-communication pour la formation et l'enseignement à distance, les vertus potentielles bien connues des technologies appliquées à l'éducation et à la formation : une meilleure qualité grâce à l'individualisation, à la flexibilité (la bonne formation, au bon moment, à la bonne personne, au bon endroit) et au mode pédagogique (learning by doing) ; une meilleure productivité grâce à l'augmentation de la qualité (des gens mieux formés en moins de temps) et la baisse des charges (moins de formateurs en face à face).

Un nouvel outil au service de la formation

Il ne faut plus chercher à transformer la formation mais à mettre un nouvel outil à sa disposition, en négociant avec ses responsables les fonctions de l'outil et son usage (c'est-à-dire aussi son contrôle). Les nouveaux outils technologiques, ceux qui vont nous être présentés au cours de cette journée, sont des outils au service de la formation. Et pour bien se convaincre que ce ne sont pas des mots en l'air, et que l'histoire ne se répétera pas, il faudrait insister sur le fait que l'outil en question possède pour la formation une qualité très particulière que n'avaient pas les traditionnels systèmes informatiques, les ordinateurs à enseigner : c'est un réseau. Or le réseau est la technologie qui respecte la dimension sociale (interpersonnelle) de l'apprentissage (on n'apprend pas tout seul).

Pourquoi alors ne pas rêver à un programme de choix technologiques et stratégiques pour la formation ouverte et à distance, pour reprendre les termes même de l'intitulé de ce colloque, qui se fonderait sur un principe pédagogique ? On redécouvre depuis quelques années toute la richesse d'une école de pensée psychologique et pédagogique qui fait des relations interpersonnelles, relations entre pairs et relations de tutelle avec l'enseignant, le formateur, le tuteur, le coeur du processus d'apprentissage. Tant qu'elles demeuraient hors-lignes, les technologies ne parvenaient que de façon marginale à servir les pratiques pédagogiques épousant ce point de vue. Avec le développement des usages en-ligne, c'est comme si le paysage s'éclairait brutalement. Pour de nombreux organismes de formation qui s'y sont essayés, la messagerie électronique, les forums, le Web, les visioconférences, et tous les outils de travail collaboratif, ont comme effet immédiat d'étendre les ramifications de la communauté d'apprentissage mais aussi, et de façon plus fondamentale, de renforcer sa cohérence et son "rendement" éducatif.


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