- Laura, comment travaillez-vous pour enseigner
les langues à vos étudiants ?
- Je travaille avec le Web.
- Vous enseignez l'espagnol en utilisant les techniques
du multimédia avec vos étudiants, en faisant un
travail transdisciplinaire. Qu'est ce que vous pouvez nous en
dire ?
- Je travaille avec mes élèves en profitant
de tous ce qu'ils savent déjà dans d'autres matières
ou dans d'autres sujets qui ne soient pas l'apprentissage ou la
pédagogie de l'espagnol, et en profitant de toutes les
connaissances que les élèves ont acquis pendant
des années. Je détermine un point de départ
et à partir de ce point les élèves construisent
eux-mêmes leurs propres parcours d'apprentissage. Moi, je
les suis dans ce parcours en les dirigeant afin qu'ils apprennent
la langue espagnole, la grammaire, le vocabulaire et tous ce qui
est nécessaire pour pouvoir parler une langue étrangère.
- Dans ce que vous venez de dire est-ce une méthode
ou une absence de méthode ?
- Je pense que dans un futur proche il y aura des méthodes et pas uniquement une méthode. En fait, je tiens compte de ce que l'on appelle l'intelligence collective. Au début de l'année, je propose aux élèves avant de commencer, de pouvoir travailler de deux façons différentes. D'une façon traditionnelle, telle qu'ils l'ont toujours fait, et d'une nouvelle façon. Je leur explique ensuite comme procéder:
Il faut d'abord qu'ils se regroupent par équipe,
par affinité ou par " équipe de compétences
différentes ". Il faut quelqu'un qui connaisse
un peu le Web ou l'informatique. Même chose pour les sujets
qu'ils devront choisir et autour desquels ils vont travailler,
il est préférable qu'ils aient des connaissances
sur ces thèmes. Je demande en principe qu'il n'y ait pas
plus de 4 personnes par équipe afin d'éviter tous
problèmes, 5 personnes étant vraiment le maximum.
Je leur demande ensuite de me rédiger une ou quelques pages
de leurs projets. Pour ma part je leur fournis une page de directive
à ce niveau.
- Donc, il y a un travail préalable de
préparation ?
- Oui, il y déjà un travail de préparation
avant d'effectuer des recherches sur le Web afin de déterminer
plus précisément leurs sujets de recherche. Ensuite,
ils vont voir sur le Web en utilisant des moteurs de recherche
en espagnol et enfin ils me donnent un sujet précis.
- D'accord, donc avant de choisir le sujet, il
y a un travail de recherche documentaire sur le Web ?
- Oui, et bien sur je leur donne tous les éléments
pour qu'ils puissent faire cette recherche.
- Et ensuite vous intervenez en tant qu'enseignant
sur ce premier travail de recherche ?
- Je leur donne 4 ou 5 pages d'adresses, ensuite
je les laisse libres. Par exemple des élèves voulaient
faire un musée et voulaient y mettre beaucoup de tableaux.
Je leur ai expliqué qu'il ne s'agissait pas de faire un
musée mais d'apprendre l'espagnol; je les ai laissés
faire et un mois plus tard ils sont venus me voir et m'ont dit
que j'avais raison. Une fois qu'ils ont vu ce qu'ils peuvent faire,
on peut vraiment commencer à travailler mais autrement.
Je leur donne alors des directives plus précises, ainsi
que des cours par rapport à l'image, comme par exemple
comment analyser une uvre d'art, du vocabulaire par rapport
à l'uvre d'art et un plan pédagogique pour
qu'ils puissent analyser l'image.
- Ce que vous leur donnez là, est-ce en
fonction du travail qu'ils ont fait que vous l'élaborez
pour eux ?
- Oui, bien sur à chaque fois je fais un travaille
par rapport à ce que mes élèves font et non
l'inverse.
- En fait, c'est un énorme travail pour
l'enseignant ?
- Oui c'est un travail de titan, il faut vraiment
aimer ça.
- Et vous pouvez suivre et accompagner combien
de groupes de 4 élèves en même temps?
- Cela dépend du temps que vous voulez y consacrer.
Cette année, j'avais 9 heures de cours par tranche d'une
heure et demi et je pense que j'avais 5 groupes et dans chaque
groupe il y avait déjà 5 ou 6 groupes.
- Et avec à chaque fois une proposition
pédagogique sur l'espagnol adaptée au projet ?
- Oui.
- Et ils sont tous différents ?
- Oui, car parfois même si les élèves
choisissent des sujets approchants, le sujet n'est jamais traité
de la même façon. Par exemple, 3 groupes ont choisi
le sport et parmi ceux-ci, 2 groupes ont choisi le football; même
dans ce cas le football n'est pas traité de la même
façon. Par contre, pour l'autre équipe qui a choisi
le sport en général et surtout la moto, le travail
est diffèrent. Un autre groupe a choisi l'équitation
et là c'est encore une autre approche
- Mais, quel est le point commun dans votre démarche
pédagogique avec des groupes qui vous proposent des sujets
aussi différents? L'espagnol ?
- C'est l'espagnol et c'est la façon d'enseigner.
C'est à dire que ce n'est pas moi qui construit leur propre
parcours d'apprentissage, mais en les regardant faire je peux
construire mon cours par rapport à leurs besoins.
- Les étudiants que vous aviez ne parlaient
pas l'espagnol au départ ?
- Oui, j'ai choisi de commencer avec des élèves
moyens ou forts en espagnol. On peut le faire aussi avec des débutants,
mais pour cette première expérience que j'ai mené
depuis 1 an et demi, j'ai choisi ceux que j'ai estimé les
plus fiables. Avec des débutants, cela requiert un travail
plus guidé; on ne peut pas leur demander de choisir un
thème de cette façon, il faut changer complètement
la pédagogie.
- C'est donc une démarche qui est adaptée
à des élèves qui connaissent bien la langue?
- Non , qui connaissent un peu la langue espagnole.
- Quel âge ont vos élèves
?
- Des étudiants de 18 à 25 ans, mais
il serait aussi intéressant de le faire avec des enfants
car ils sont plus imaginatifs et plus créatifs. Pour les
débutants, je suis en train de créer des cours sur
le Web au sein de l'université virtuelle, mais à
ce niveau, la méthode sera différente tout au moins
la première année.
- Est-ce que vous pouvez nous en parler ?
- La première année c'est le professeur
qui doit construire la méthode puisque l'élève
ne connaît rien. Il faut tout de même avoir des cours
déjà construits sinon l'élève ne s'y
retrouvera pas. On peut déjà intégrer une
logique pour que l'élève soit autonome et qu'il
puisse par la suite construire lui-même son propre apprentissage.
On peut notamment lui demander de proposer des activités,
des exercices ou des sujets en rapport avec sa culture, même
si cela se fait à moitié en français et à
moitié en espagnol. C'est ce que l'on fait dans l'université
virtuelle depuis le mois d'août de l'année dernière.
Il existe une activité qui s'appelle " C'est ton tour "
où on leur demande de proposer des activités ludiques
ou autres.
- Votre proposition est d'inverser la proposition
au bout d'un moment. D'une approche volontariste, où vous
proposez un parcours guidé d'apprentissage de l'espagnol,
vous faite en sorte que vos élèves se prennent en
main pour construire eux-mêmes leur propre parcours pédagogique
?
- Tout à fait, et je pense que ce n'est pas
uniquement valable pour l'espagnol. C'est une démarche
qui existe depuis des années mais qui ne s'est jamais vraiment
développée. On parle d'autonomie mais on ne s'y
met pas d'une façon pratique.
- Quels sont pour vous les freins à une
telle démarche pédagogique ?
- Les freins sont surtout au niveau des intermédiaires
ou des institutions.
- C'est à dire qu'il faut faire bouger
les choses établies ?
- Je pense que, comme je l'ai déjà
dit dans des colloques, le sommet a compris, une certaine partie
de la base aussi, mais les intermédiaires n'ont pas, ou
ont trop bien compris, et ils ont peur de perdre leur pouvoir.
- Les enseignants se sentent remis en cause ?
- Non, pour moi les enseignants ne sont pas les intermédiaires.
Les élèves et les enseignants constituent la base.
Ce sont surtout les élèves qui ont bien compris
puisque ce sont eux qui m'ont le plus suivi. Evidemment, quand
les élèves et les intermédiaires sont d'accord,
cela ne pose pas de problème, mais, il est vrai que sous
la pression de certains professeurs, cela n'avance pas et c'est
ce qui se passe actuellement. Les intermédiaires cèdent
à la pression de certains enseignants; j'insiste sur "certains"
car il y a bien des enseignants travaillent déjà
de cette façon.
- A propos de l'intervention du Web et des nouvelles
technologies dans votre pédagogie, est-ce que c'est au
centre du dispositif, à la périphérie ou
est-ce que cela aurait pu fonctionner sans? Qu'est ce que cela
apporte de plus d'utiliser les nouvelles technologies, les réseaux
de communications, Internet dans votre approche pédagogique
?
- Le Web et les nouvelles technologies vont vraiment
nous permettre de faire en sorte que l'on puisse économiser
de l'argent et du temps. On dit que les nouvelles technologies
vont enlever des postes aux professeurs, je crois plutôt
que ce sera le contraire. Par exemple, si dans l'université
il y a 1 heure et demi de cours d'espagnol cela est totalement
insuffisant pour apprendre la langue, surtout dans le cadre où
nous le faisons actuellement cela ne sert strictement à
rien. D'autant plus que l'élève n'a jamais le temps
pour travailler ensuite pendant la semaine. Avec les nouvelles
technologies nous pouvons avoir 1 heure et demi de cours présentiel
et 1 heure et demi de cours à distance. Pour son autonomie
l'élève peut aller dans un centre de langue ou dans
un centre de ressource ou même chez lui (s'il en a la possibilité)
en complément de ses cours présentiels. Je ne suis
pas convaincue que le Web et les nouvelles technologies vont remplacer
les professeurs : c'est impossible. Il n'y a aucune machine
qui les remplacera, puisque sans homme il n'y a pas de vraie communication.
Pour moi ce n'est pas seulement la communication en soi, c'est
tout ce que l'on véhicule à travers les mots, les
gestes, la voix. C'est plus facile de comprendre une langue que
l'on ne parle pas bien quand on est en face à face. Au
téléphone c'est déjà plus difficile.
Je suis sûre que s'il n'y a pas de cours présentiels,
cela est impossible.
- D'accord, dans le cadre d'une formation à
longue échéance, avec le support des cours disponibles
en ligne. Mais aujourd'hui dans la pratique, comment pouvez vous
évaluer, par rapport à ce que vous faisiez auparavant,
l'apport des nouvelles technologies de l'information et de la
communication dans votre pratique vers l'autonomie sur des projets
transversaux ? Qu'est ce qui fait que cela fonctionne mieux ou
moins bien ?
- Je vais vous donner un exemple. Quand j'ai commencé
en tant que professeur, j'ai travaillé pour la formation
continue. Il y a 30 ans, enseigner l'espagnol était intéressant.
Nous n'avions pas de groupes de 40 élèves; on pouvait
avoir l'impression que l'on apprenait quelque chose. J'ai été
aussi professeur dans une grande université française,
il y a maintenant 15 ans et c'était aussi très intéressant.
Nous avions de petits groupes de 15 personnes maximum. Les élèves
étaient contents et moi aussi ; il existait un échange
entre les élèves et les professeurs qui était
très enrichissant. Je reçois d'ailleurs toujours
des lettres de ces élèves des années plus
tard. Avec la massification de l'université, il y a eu
un changement radical au niveau de l'enseignement. J'ai pu constater
la différence entre 15 et 45 élèves. Des
que les nouvelles technologies sont arrivées j'ai vu que
ces 40 élèves pouvaient faire la moitié de
leur travail grâce à ces nouvelles technologies en
divisant le groupe en 2, 3, 4 ou 10 à la limite.
- Est-ce que pour vous les nouvelles technologies
permettent l'individualisation de la formation, du savoir ou du
rapport avec l'enseignant, ce qui finalement peut être une
solution à la massification dont vous parliez au sein de
l'université ?
- Je ne crois pas que l'on puisse transmettre quoi
que ce soit du professeur à l'élève ou bien
de l'élève au professeur si vous avez en face de
vous une foule. La transmission du savoir ne peut se faire dans
un amphi. S'il y a un savoir à transmettre, parce qu'on
met en doute maintenant qu'il puisse y avoir quelque chose à
transmettre, cela ne doit pas se faire à sens unique comme
on le pensait auparavant. Le professeur était " Dieu "
et avait le savoir. J'ai toujours pensé que le professeur
avait un savoir mais les élèves aussi ont le leur.
Nous avons peut être eu ce savoir mais nous l'avons perdu
peu à peu pour en acquérir un autre. Avec le contact
de ces élèves on redevient plus jeune, ils nous
apportent cela et nous leur apportons notre expérience.
Les élèves m'ont beaucoup appris. J'ai beaucoup
travaillé et je crois avoir beaucoup apporté puisqu'ils
me l'ont dit et écrit eux-mêmes. Pour moi le savoir
c'est ça, c'est un échange. S'il n'y a pas échange
c'est que quelque chose ne fonctionne pas. Ceci est valable pour
l'enseignement mais aussi pour les autres domaines.
- L'utilisation d'Internet dans l'enseignement
des langues est considéré par certains comme une
expérience nouvelle, une expérience pédagogique
intéressante. Qu'est ce que vous en pensez ?
- C'était une expérience pour moi en 1994. J'ai dirigé la première expérience de télé-enseignement en langues totalement interactive, ce que de nos jours nous appelons le travail coopératif et la visioconférence. Par la suite cela ne devrait plus être une expérience mais une réalité.
Pour moi la démarche passe par l'observation,
c'est à dire que je mets en pratique les résultats
et les expériences que j'ai fait pendant des années
avec mes élèves, notamment en matière d'autonomie
des élèves et du parcours pédagogique.
- Pouvez vous formuler en 2 ou 3 points l'apport
du multimédia, des nouvelles technologies, dans votre pratique
de la pédagogie des langues ?
- Je ne suis pas le professeur qui a un savoir unique
et merveilleux. Nous sommes à deux et une langue doit se
partager. La pédagogie des langues est un partage. La salle
de classe ne devrait pas être comme elle est traditionnellement.
Pour les langues, il devrait y avoir au centre de la classe les
élèves eux-mêmes et non pas le professeur.
- Mettre les élèves au centre du
dispositif ?
- C'est ce qu'il faut faire. Je l'ai fait bien avant
les nouvelles technologies, ce qui m'a causé beaucoup d'ennuis.
- En quoi les nouvelles technologies aident à
ça ?
- Tout d'abord, l'élève n'est pas quelque
chose de secondaire mais d'important. On le savait avant les nouvelles
technologies mais celles-ci vont permettre de rendre plus efficace
le temps d'enseignement et le temps d'apprentissage.
- L'outil informatique fait se recentrer le groupe
autour de l'écran et finalement oblige l'étudiant
à s'impliquer, car s'il ne bouge pas la souris il ne se
passe rien ?
- Non, je ne dirais pas que le groupe doit se recentrer
sur la souris.
- Autour de l'écran ?
- Non, je fais de telle sorte que le groupe se centre
sur lui-même pour transmettre ce qu'il a de riche pour le
transposer sur la souris ce qui est diffèrent. Ce sont
eux qui transmettent leur propre savoir et leur expérience.
Les nouvelles technologies et l'informatique sont un point de
rencontre.
- Ce n'est pas un point de focalisation, c'est
un lien ?
- C'est un lien uniquement.
- Au niveau du temps passé, vous semble-t-il
plus efficace ?
- Oui, il est plus efficace car nous n'avons pas
les contraintes de temps et d'espace et on peut enseigner n'importe
où et à n'importe quelle moment, puisque nous avons
cette possibilité de pouvoir travailler à distance.
L'élève qui n'est disponible qu'à 20 heures
par exemple, peut travailler à ce moment là.
- Vous voulez dire que vous cassez la disposition
habituelle du dispositif enseignant et vous cassez aussi la disposition
temporaire de la leçon dans un cadre donné ?
- Par exemple on me reproche que mes élèves
travaillent trop pour l'espagnol à l'université.
Les responsables auraient du plutôt être contents
qu'ils soient aussi motivés et intéressés
par l'espagnol et par cette nouvelle façon d'apprendre;
c'est pour cela qu'ils y consacraient beaucoup de temps. Malgré
les désagréments que cela pouvait engendrer pour
eux car certains ont du recommencer 2 ou 3 fois le même
travail qui avait disparu du disque dur de l'ordinateur.
- Donc les problèmes de la technique ne
les ont pas rebutés dans leur apprentissage ?
- Non, pas du tout. Il n'y a eu qu'un seul élève
qui après avoir recommencé pour la deuxième
fois son travail en a eu assez. En revanche, d'autres élèves
sont venus en dehors des cours pour poursuivre leur travail en
bousculant ainsi l'institution. Si cette façon de travailler
a pu se faire ce n'est pas grâce à l'institution
mais grâce aux professeurs et aux élèves.
- Autrement dit, les nouvelles technologies, par
l'autonomie qu'elles permettent, incitent à un plus grand
investissement personnel des élèves ?
- Oui, car cela les intéresse. Ce n'est pas
un savoir qui vient d'ailleurs, mais c'est un savoir qu'ils ont
déjà dès le départ. Ils voient dès
le début qu'ils savent quelque chose. Dans un cours traditionnel,
l'élève se croit ignorant. Là, ils comprennent
qu'ils savent des choses et pas uniquement en espagnol. Une des
choses que l'on me dit souvent c'est " merci madame, car
grâce à vous on a appris l'espagnol, mais on a aussi
appris autre chose".
- De quoi s'agit-il ?
- Ils apprennent la culture, la peinture et en travaillant
en équipe ils apprennent beaucoup de leurs camarades.
- Si on fait le point, les nouvelles technologies
cassent la disposition technique dans la salle, cassent la disposition
physique au niveau du temps et ouvrent à une culture plus
générale, et en plus elles sont un facteur de motivation
personnelle. Est-ce que ces 4 ou 5 points vous semblent être
le fruit du hasard et de l'expérience, ou est-ce que vous
l'aviez prévu au départ de votre pratique avec les
élèves ?
- En 1994 c'était pour moi une expérience
et je ne l'avais pas prévu. Depuis cette date se sont des
choses plus pensées et réfléchies. Même
si cela avait l'air d'être dû au hasard, ce n'était
pas du tout le cas. C'était fait de façon telle
que l'élève n'ait pas peur et qu'il puisse avoir
la liberté d'aller là où il voulait. Il ne
fallait surtout pas les diriger, car il est évident qu'avec
un projet de ce type on ne sait pas où l'on va puisque
ce sont les élèves qui vont décider. L'enseignant
est juste là pour contrôler leurs connaissances et
pour ce qu'on peut leur apporter en plus. Evidemment, je parle
parfaitement espagnol puisque je suis Espagnole. J'ai fait des
études de didactique en langue espagnole; j'ai un certain
savoir mais ce n'est pas grâce à ça qu'ils
vont apprendre l'espagnol. Il faut qu'eux-mêmes trouvent
un intérêt à apprendre cette langue et cet
intérêt ils l'ont trouvé à travers
le sujet qu'ils ont choisi. A travers ce parcours, ils ont également
fait parfois des exercices traditionnels, par exemple des Questions
à Choix Multiples. Cela n'élimine pas la façon
traditionnelle d'enseigner. Les exercices de grammaire sont devenus
des exercices multimédia autour de cette approche traditionnelle,
et ils l'ont fait de façon plus efficace.
- Les élèves s'approprient aussi
les outils des didactitiens ?
- Oui, ils ont presque fait les didactitiens avec
le Web.
- Que vont devenir les enseignant si les élèves
se mettent à utiliser leurs propres outils ?
- Je suppose qu'au début il y aura des problèmes,
mais on ne peut pas aller contre le progrès. Si ce n'est
pas dans 2 ou 5 ans, ce sera dans 10 ans. Mais, si les enseignants
ne prennent pas conscience qu'il faut qu'ils s'approprient cela,
ce seront les marchands de " soupes " et les
commerciaux qui se l'approprieront. C'est aux enseignants de faire
des produits, du multimédia avec leur élèves,
ce n'est pas aux " commerçants " qui
ne possèdent pas le savoir-faire pédagogique. Des
enseignants n'ont pas encore compris qu'ils sont en train de se
faire voler leur emploi et qu'ils sont en train de tuer le métier
d'enseignant.
- Les enseignants ne doivent pas se laisser prendre
leur métier de formateur par des gens qui font des CD-Rom
de formation aux langues par exemple. Aujourd'hui, l'enseignant
qui est prêt a passer au multimédia est en fait un
distributeur de CD-Rom. On leur demande donc uniquement de choisir
et de démissionner de leur position. Alors, dites-nous
quelle est pour vous la position de l'enseignant à l'heure
des nouvelles technologies, puisque la pédagogie est remise
en cause ?
- Quand on m'a demandé de choisir des CD-Rom,
j'ai volontairement refusé de les utiliser. Le seul que
j'ai choisi était un conte pour enfant car c'était
le seul où vous pouviez vous-même raconter votre
propre conte. J'étais une des rares enseignantes de mon
université à refuser d'utiliser des titres de CD-Rom
déjà construits. Dans le département d'anglais,
ils ont inséré le CD-Rom d'anglais dans la machine,
et se sont dit ainsi qu'ils avaient introduits les nouvelles technologies.
Cela coûte cher à l'institution et cela ne sert à
rien. Il n'y a aucun apport nouveau dans l'enseignement des langues
à travers ces CD-Rom. Le véritable apport se fera
quand l'enseignant se rendra compte qu'il doit revenir à
ce qu'était le métier de professeur il y a très
longtemps. Il ne doit pas être un répétiteur,
car la machine peut très bien le faire.
- Pour vous le métier d'enseignement c'est
quoi ?
- Le métier d'enseignant est comme un levier.
Ce n'est pas quelqu'un qui a un grand savoir, c'est quelqu'un
qui doit tenir compte de chaque élève personnellement
pour l'aider à progresser. Si vous avez 40 élèves
dans un cours vous ne pouvez pas suivre chaque élève.
Les nouvelles technologies permettent que chaque groupe se prenne
en charge lui-même. La première chose que je dis
dans mon cours est qu'il est nécessaire de s'aider pour
faire le parcours ensemble et s'il y en a un qui tombe vous êtes
dans l'obligation de l'aider. De cette façon, on peut apprendre
si les élèves sont en accord avec cette méthode.
En ce qui concerne la notation, il n'y aura pas la même
note pour tout le monde, mais il y aura quand même une note
de groupe. Il faut tenir compte de l'effort que chaque personne
a fourni pour que cette équipe gagne. Quand vous êtes
dans une entreprise il faut travailler en équipe pour qu'elle
puisse marcher; dans un cours de langues c'est la même chose;
une langue se partage
- Vous changez la disposition spatiale de la classe,
le temps, la motivation des élèves, la place du
professeur et aussi la façon de noter. Avez vous l'impression
d'être perçue comme quelqu'un qui a des idées
novatrices que l'on a envie de suivre ou est-ce que ces idées
sont rejetées ?
- Il y a une minorité de gens qui ont compris et qui admirent le courage des professeurs pionniers et entreprenants, surtout les élèves et j'en suis très heureuse.