Depuis plus d'un an, nous travaillons avec les étudiants des trois sections (Primaire, Secondaire et Graduat en Bibliothéconomie).
Les activités développées tournent autour de trois grandes préoccupations
La formation est principalement axée sur l'apprentissage et la maîtrise du traitement de texte et ce pour plusieurs raisons :
Outre le traitement de texte, ils reçoivent une formation aux bases de données et à l'utilisation d'un tableur.
L'exploration de ces grands " classiques " de la culture informatique permet également de remettre les étudiants sur un pied d'égalité, car de grandes disparités de connaissances sont constatées en début de formation : néophytes et experts se retrouvant souvent dans une même classe.
Réel outil de travail ou tarte à la crème ?
Je serais tenté de pencher de plus en plus vers la première alternative, car on peut constater le phénomène suivant :
Après quelques heures de navigation en ligne, les étudiants délaissent vite la recherche des sites de leurs groupes musicaux favoris, des Simpson et autres URL un peu creuses pour utiliser Internet comme un véritable outil.
Quelques exemples :
- Nous avons la chance de posséder un ordinateur (Macintosh 6500) qui permet de faire du montage vidéo numérique. Les étudiants de 3e ENS et de 2e ENP doivent, dans le cadre du cours d'audiovisuel, concevoir des leçons qui intègrent la vidéo. Il s'agit d'un travail effectué en interdisciplinarité puisque chaque groupe d'étudiants choisit un sujet pour lequel un professeur de branche interviendra en ce qui concerne le fond, un professeur de psychopédagogie en ce qui concerne la conception de la leçon et le professeur de NTIC pour l'aspect technique de la réalisation. L'extrême facilité d'utilisation du programme de vidéo numérique (Avid Cinéma) permet aux étudiants de réaliser des vidéos de qualité, intégrant à la fois images scannées, textes, commentaires micros, musique et vidéo mais sans devoir passer des heures à l'apprentissage du programme proprement dit.
L'an passé, nous avons (Alain Bultot, Vincent Engelen et moi-même) utilisé intensément, avec nos étudiants respectifs, le programme Hyper Studio.
Notre idée de départ était de faire concevoir par les étudiants, des activités d'enseignement ou de remédiations sur des sujets très divers (cours de langue, apprentissage des nombres négatifs, utilisation de la boussole, programmes de statistiques ...).
Nous nous sommes vite aperçus que le résultat final était souvent décevant : à moins d'y consacrer plus d'une centaine d'heures de travail, ce genre de réalisation ne soutenait guère la comparaison avec des moyens d'apprentissage plus traditionnels ; sans oublier que l'enseignement assisté par ordinateur a montré ses limites dans le passé.
Par contre, ce qui est apparu, c'est que la nécessité de concevoir l'activité, faire un plan du projet, prévoir les réponses des utilisateurs... a donné lieu à une intense démarche de structuration dans le chef des étudiants.
Un des concepteurs d'une des piles les plus élaborées vient d'ailleurs d'être engagé chez IBM.
Donc, ce n'est pas tant le produit final que la démarche utilisée pour le concevoir qui a été bénéfique aux étudiants ; ce qui rend l'expérience globalement positive.
Je crois que dans l'avenir, l'arrivée sur le marché de programmes de conception à la fois plus puissants aussi plus simples à manipuler (comme le programme de montage vidéo), rendront les produits finis plus attractifs qu'ils ne le sont à l'heure actuelle.
Cette année, j'ai décidé de ne plus consacrer le peu d'heures d'informatique dont je dispose pour concevoir des piles Hyper Studio, vu que les priorités vont d'abord et tout naturellement à une relative maîtrise des grands logiciels standards. Néanmoins, il me semble toujours intéressant de développer des projets multimédia avec les étudiants. Une réforme du cours d'informatique me semble nécessaire pour les années à venir.
Outre le socle de base (traitement de texte, bases de données, tableur), les étudiants devraient pouvoir choisir parmi un certain nombre d'options de perfectionnement. Ces options comporteraient notamment un perfectionnement dans les logiciels précités, un module programmation, un module INTERNET (création de pages Web, maintenance d'un site ....) et un module multimédia.
En ce qui concerne ce dernier, je pense que l'on pourrait, avec un plus petit nombre d'étudiants mais réellement motivés par un projet précis, aller beaucoup plus loin et concevoir des produits pédagogiques commercialisables.
Cette année, je réalise avec Renaud Degrez, un cédérom sur la Tapisserie de Bayeux, puisqu'il s'est avéré lors des recherches qu'il a effectuées pour son TFE, qu'un tel produit n'existait pas encore.
C'est également un travail interdisciplinaire vu qu'il implique à la fois le professeur d'histoire, promoteur du TFE (Michel Lenoble) et moi-même.
Nous le réalisons avec le programme Apple Media Tool à la fois pour la plate-forme Macintosh et pour Windows 95.
Je pense, et j'espère, que ce type de production théorique, mais débouchant également sur un produit fini multimédia, connaîtra un succès croissant auprès de nos étudiants dans les prochaines années.
Je pense que l'introduction des NTIC au département pédagogique de Malonne favorise non seulement la création d'un nouveau type de travaux d'étudiants (piles multimédia, cédéroms, vidéos ...) - mais ceci ne serait que la partie visible de l'iceberg.
Elle favorise, plus fondamentalement , l'acquisition de nouvelles compétences : structuration accrue, intégration de nouvelles techniques de recherche de l'information, conception et maîtrise de produits qui sont plus proches du monde de l'image dans lequel vivent, plus qu'hier et moins que demain, les élèves auxquels nos étudiants vont devoir enseigner pendant les trente prochaines années.
Elle induit des modifications dans la relation professeur/élève. De nouveaux rapports s'établissent : dans les faits, l'enseignant devient plus un partenaire qu'un dispensateur de savoir. Je pense qu'il peut déclarer plus aisément : " Je ne sais pas ! - mais on va chercher ensemble ". Ceci implique une reconstruction, tant de sa part que de celle des étudiants, de l'image de l'enseignant .
La pratique des NTIC implique également une modification de la conception de l'apprentissage chez les étudiants.
Ce changement, qui est à mon avis fondamental, n'est pas facilement quantifiable. Il ne se perçoit qu'au travers de micro-pratiques qui ne dévoileront leur portée que dans plusieurs années. Néanmoins, les activités, telles que nous les privilégions aujourd'hui, sont, il me semble, beaucoup plus intéressantes à long terme que la production de réalisations clinquantes mais souvent creuses.
Il n'est toutefois possible qu'à un certain nombre de conditions :
Je pense que ces conditions sont réunies à Malonne et que d'ici quelques années, nous verrons sur le terrain, les fruits de notre engagement sur la voie du multimédia.
Tout ceci n'aurait évidemment pas été possible sans l'aide inestimable de nos partenaires : Apple et Belgacom.
Alain Pire